Des femmes disciples (Mc.15,40-41)

Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

« Or il y avait aussi des femmes… » Les ténèbres se lèvent sans doute, puisque Marc nous a dit qu’elles s’étaient établies depuis la sixième jusqu’à la neuvième heure. Et voilà qu’elles laissent apparaître un groupe dont il n’a pas du tout été question jusqu’à présent.

La mort de Jésus et le déchirement du rideau du sanctuaire ont donné la parole à un non-Juif, ils jettent maintenant la lumière sur des femmes. Comme si l’on faisait désormais le tour de ce qui, jusqu’à présent, ne comptait pas.

« … qui regardaient depuis loin [depuis longtemps],… » Ces femmes n’étaient pas dans le champ, jusqu’à présent. Elles regardaient : Marc le dit avec le verbe [théooréoo], qui est employé pour les spectateurs aux jeux, pour une inspection, pour l’examen d’une idée : il s’agit d’un type regard qui approfondi, qui admire, qui cherche à comprendre, qui relève les détails, qui conduit la réflexion mais aussi est conduit par elle.

Ces femmes, nous dit Marc, regardaient [makrothén], adverbe construit à partir de l’adjectif [makros], long, qui signifie de loin ou depuis longtemps. Et Marc augmente encore cette distance en le faisant précéder de la préposition [apo], à partir de, en partant de : on comprend que le groupe des femmes a été tenu à distance, qu’il se serait autrement approché mais que cela ne lui a pas été permis.

Les femmes n’ont, elles, pas eu peur de se manifester, même si elles sont restées impuissantes à empêcher quoi que ce soit. Peut-être que leur insignifiance sociale (c’est la réalité du temps) rendait leur identification moins risquée ? Néanmoins, de là où elles étaient, les femmes n’ont perdu aucun détail.

« … parmi lesquelles et Marie la Magdaléène, et Marie la mère de Jacques le mineur et de Joset, et Salomé,… » Trois femmes en particulier sont nommées, comme si leur présence comptait particulièrement. La première d’entre elles, « Marie la Magdaleine« , est nommée ici pour la première fois : le lecteur ne peut qu’être surpris d’un nom qu’il n’a jamais rencontré, comme lecteur du moins. La deuxième, « Marie la mère de Jacques le petit et de Joset« , est peut-être à rapprocher de celle que nomment les habitants de Nazareth : « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? » (Mc.6,3) En ce cas, il s’agirait de la mère de Jésus, sur laquelle Marc reste généralement discret, voire distant comme on l’a déjà constaté, avec le souci de privilégier la communauté de foi sur les liens du sang. La troisième, « Salomé« , comme la première, n’a pas été précédemment nommée.

En fait, il s’agit d’une anticipation : ces trois sont surtout distinguées par la suite, et Marc prépare son lecteur.

« … qui lorsqu’il était en Galilée le suivaient et le servaient,… » Marc nous dévoile à présent quelque chose qu’il ne nous avait absolument pas dit in situ, à savoir que ces trois femmes, pendant tout le déroulement de son ministère en Galilée, étaient elles aussi de son itinérance.

Elles le suivaient , ce qui est très exactement le mot quasi « technique » pour ceux qui sont devenus disciples de Jésus, et elles le servaient , ce qui laisse entendre un dévouement aux tâches pratiques de la vie quotidienne.

Cette indication rétrospective de Marc révèle qu’il y a des choses qu’il a choisi de taire, ou du moins de réserver. Il faudrait donc adjoindre ces femmes au nombre des disciples itinérants, il faudrait reprendre tous les moments et se les ré-représenter avec ces femmes dans le groupe. Le groupe autour de Jesus apparaît rétrospectivement plus novateur qu’il n’y paraissait : mais Marc a gardé jusqu’à présent le dévoilement de cela, comme si l’ouverture aux non-Juifs (avec le Centurion) et aux femmes faisait partie des nouveautés déclenchées par la mort de Jesus.

« …et de nombreuses autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem. » Il y a ces trois-là, mais pas seulement : et elles sont nombreuses, les femmes. Et elles le sont devenues d’autant plus quand il est monté à Jérusalem. On se souvient dans quel contexte, dans quel pressentiment du danger mais aussi dans quel volonté de l’affronter et de tout tenter, au grand effroi de ses disciples, Jesus avait choisi de prendre la direction de Jérusalem. Eh bien les femmes étaient là, et l’on découvre maintenant qu’elles se sont faites encore plus nombreuses avec lui dans ce choix résolu. Discrètes, passées jusqu’à présent sous silence, et peut-être réservées pour l’heure ultime, les femmes se révèlent maintenant comme des disciples d’une trempe tout-à-fait remarquable !

En se retirant après la mort de Jésus, les ténèbres laissent désormais voir tout ce à quoi nous étions restés aveugles.

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