Expérience de parents : dimanche 2 février.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Pour situer le texte :

     Encore un changement de planète ! Chandeleur (ou « Fête de la Présentation » pour l’Occident chrétien, « Fête de la Rencontre » pour l’Orient chrétien) oblige, nous est offert cette semaine un texte de… (roulement de tambour : and the winner is…) saint Luc. Et qui plus est, retour dans les « évangiles de l’enfance », puisque ce texte vient de cette partie-là de l’évangile de Luc.

       Dans cette première partie de l’évangile de Luc, nous sommes après la naissance de Jésus : il y a eu d’abord le récit de cette naissance elle-même (Lc.2,1-7), puis le récit de l’annonce aux bergers, la nuit-même de la naissance (Lc.2,8-20). Suit le récit de la circoncision, huit jours plus tard (Lc.2,21), le récit de la purification, ou présentation au temple, quarante jours plus tard (Lc.2,22-40) et enfin un récit de pèlerinage au temple à douze ans (Lc.2,41-52). On voit que, dans la construction de Luc, le temps peu à peu se dilate. C’est le récit de la purification qui est notre texte d’aujourd’hui.

     Ce récit lui-même se développe en quatre temps : d’abord une présentation de la démarche religieuse des parents avec leur nouveau-né (vv.22-24); ensuite un évènement inattendu : le vieillard Syméon intervient avec une dimension prophétique (vv.25-35); puis c’est une prophétesse, Anne, qui intervient au sujet de l’enfant (vv.36-38); enfin, une petite conclusion généraliste (vv.39-40). Ce récit est long et vaste, je voudrais m’attacher cette fois à suivre le point de vue des parents : un choix très partiel, un point de vue spécifique, mais c’est une manière d’entrer dans ce récit (et qui n’exclut pas d’autres approches !).

Mon modeste commentaire :

     « Et quand sont accomplis les jours de leur purification selon la loi de Moïse, ils le font monter à Jérusalem pour le mettre à disposition du seigneur, comme il est écrit dans la loi du seigneur que tout mâle ouvrant la matrice sera appelé saint pour le seigneur, et pour donner en sacrifice selon ce qui est dit dans la loi du seigneur, une paire de tourterelles ou deux poussins de colombes. » Voilà un contexte précis et fourni, où s’entremêlent des dispositions et prescriptions légales d’une part, et un projet particulier d’autre part.

     Le contexte légal est d’abord celui de la purification : le Livre du Lévitique (12,6-8) s’exprime ainsi :  » L’Éternel parla à Moïse en ces termes : « Parle ainsi aux enfants d’Israël : lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de sa souffrance. Au huitième jour, on circoncira l’excroissance de l’enfant. Puis, trente-trois jours durant, la femme restera dans le sang de purification : elle ne touchera à rien de consacré, elle n’entrera point dans le saint lieu, que les jours de sa purification ne soient accomplis. Si c’est une fille qu’elle met au monde, elle sera impure deux semaines, comme lors de son isolement; puis, durant soixante-six jours, elle restera dans le sang de purification. Quand sera accompli le temps de sa purification, pour un garçon ou pour une fille, elle apportera un agneau d’un an comme holocauste, et une jeune colombe ou une tourterelle comme expiatoire, à l’entrée de la Tente d’assignation, et les remettra au pontife. Celui-ci les offrira devant le Seigneur, fera expiation pour elle, et elle sera purifiée du flux de son sang. Telle est la règle de la femme qui enfante, qu’il s’agisse d’un garçon ou qu’il s’agisse d’une fille. Si ses moyens ne lui permettent pas d’offrir un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes colombes, l’une pour holocauste, l’autre pour expiatoire; et le pontife fera expiation pour elle, et elle sera purifiée. » Pardon pour cette citation un peu longue et, il faut bien le dire, austère. Peut-être même choquante pour nos oreilles d’aujourd’hui. Mais cela nous donne le contexte. Il s’agit de dispositions légales concernant la pureté rituelle : l’idée de fond, on le voit, est qu’une naissance rend « impure » la femme qui a donné naissance, et que cette « impureté » est liée au « sang » dans lequel se fait la naissance. Il y a donc ici un rituel très archaïque dans lequel le sang, la vue du sang, le fait que le sang coule, provoque l’effroi. Et le sang doit être racheté par le sang : d’où des sacrifices (sanglants) pour mettre fin à cette « impureté ». Notons aussi un autre archaïsme : « l’impureté » contractée par la mise au monde d’une fille est double de celle contractée par la mise au monde d’un garçon !

     (nb: il y a aussi, avec la mention du « mâle premier-né », une allusion à l’Exode : le rituel archaïque et agraire de l’offrande des prémices s’est augmenté d’une signification liée à la libération d’Egypte, on peut aller voir Ex.13. Mais je ne vais pas m’en occuper cette fois-ci, j’avoue que cela fait trop…)

     Peut-on essayer de comprendre ce que dit ce rituel archaïque ? Il me semble que l’importance centrale donnée au sang est un indice fort. Le sang est toujours signe de la vie. L’expérience de tous -toujours valable- autour de la naissance est que l’apparition de la vie, si elle est un événement majeur et qui dépasse tout le monde, se fait dans une frontière entre la vie et la mort : ce moment fondateur de la naissance met précisément en péril la vie, celle de l’enfant comme celle de la mère. C’est un paradoxe déconcertant et constant. C’est d’ailleurs une des questions qui est au cœur de celui qui écrit dans la Genèse le récit de la première faute : il ne s’explique pas comment il se fait que donner la vie puisse entraîner la mort, d’où le trop fameux « tu enfanteras avec douleur » (dont on a lamentablement tiré bien des conséquences fausses, aussi archaïques parfois que ces récits fondateurs). En fait, cet auteur cherche la cause ou la raison de ce paradoxe déconcertant, que la vie soit dans son apparition même menacée voire conditionnée par la mort.

     Mais pourquoi alors le sang rend-il rituellement « impur » ? Rituellement, c’est-à-dire symboliquement. Faisons un détour : c’est le cas aussi pour la nourriture : après le déluge, il est prescrit à Noé, dans le redémarrage de l’univers à une vie nouvelle, de « ne pas manger la chair avec le sang » : le sang est le signe de la vie qui n’appartient qu’à dieu. Or cette prescription, qui conclut en quelque sorte le cycle du déluge, vient porter un remède d’ordre symbolique à ce qui a été la cause du déluge, à savoir chez l’homme la confusion avec dieu (ou les dieux) : les hommes et les dieux sont retournés par des unions sexuelles à la confusion, alors que toute l’oeuvre de création est séparation et mise à part. On trouvera tout cela en Gn.6,1-8. Fin du détour, éclairant j’espère : ne pas manger la chair avec le sang, c’est symboliquement ne pas confondre les hommes (la chair) et les dieux (le sang).

     L’impureté rituelle est constituée par le fait ou le risque de ne pas tenir sa place, symboliquement, devant le dieu : la naissance se fait « dans le sang » (il coule), elle consiste aussi à produire au jour un être « de son sang ». Mais la sang est la vie sur laquelle le dieu seul a pouvoir. A lui la vie, à lui le don de la vie, à lui le pouvoir de l’enlever. L’homme ne peut usurper ce rôle. Le sens du rituel serait alors une proclamation que le dieu seul est l’auteur de la vie. Outre les forts et indéniables a priori dépréciatifs vis-à-vis des femmes, il y aurait alors un sens supplémentaire à la mesure double donnée en cas de naissance d’une fille : donner vie à un être humain qui pourra à son tour donner vie est un risque de  confusion double ! L’être humain pourrait se croire encore plus origine de la vie. Il me semble que ce rituel de la « purification » a pour but d’affirmer symboliquement : ce n’est pas d’abord toi qui a donné la vie, c’est d’abord le dieu. La personne humaine est mise en « quarantaine » (c’est le cas de le dire !), peut-être (pour ce qui est de la durée) jusqu’à ce que soit écarté tout risque de mort liée à l’accouchement, mais (pour ce qui est de la symbolique) le temps aussi que soit écarté tout risque de confusion entre l’auteur de la vie et l’être humain.

     Dans notre texte, il faut remarquer alors un élément bien extraordinaire : « …quand sont accomplis les jours de leur purification… », les parents se montrent ici solidaires, ce qui n’est pas du tout le cas dans le Lévitique où la femme seule est concernée. Il me semble que Luc a ici une vision moins archaïque, ou en tous cas montre une belle unité des parents. Ils se considèrent ensemble atteints par l’interdit religieux, symbolique. Et si ce que j’ai dit auparavant est juste, ils se considèrent ensemble comme devant être remis à leur place : ils ne sont pas les premiers auteurs de la vie de leur enfant, de la vie de Jésus. Ils veulent en faire l’aveu. Ils veulent se reconnaître ensemble petits devant la vie et l’enfant qui leur sont confiés. Il me semble qu’ici, tous les parents peuvent se sentir concernés : c’est un projet merveilleux et grandiose que d’être parents, mais combien petits sommes-nous devant la vie, devant une vie. Et combien il faut s’ouvrir au mystère d’un être que l’on « connaît comme si on l’avait fait », mais dont aussi on ignore tout, dont on découvre au fur et à mesure les goûts, les envies, le caractère, puis un jour les projets, les aspirations, les priorités, et dont on ne peut à jamais que soupçonner les inspirations profondes. Et puis les parents ne sont-ils pas les mieux placés pour savoir que l’enfant aussi les fait naître, en les faisant advenir à leur statut de père ou de mère ? Ne sont-ils pas les mieux placés pour constater ces nouvelles régions du cœur ouvertes en eux par l’arrivée de ce petit être entièrement dépendant ? Ne sont-ils pas les mieux placés pour éprouver la nouveauté dans leur relation même apportée par une naissance, lorsqu’ils se découvrent l’un l’autre comme père et comme mère ? Oui, il me semble que ce texte nous appelle à renouveler, nous parents, cet aveu que nos enfants ne sont pas nôtres, qu’ils viennent « d’ailleurs », qu’il y a en tout cela quelque chose qui est tellement plus grand que nous.

     Par ailleurs, dans ce contexte fortement ritualisé, Luc mentionne un projet particulier des parents : « …ils le font monter à Jérusalem pour le mettre à disposition du seigneur… » Ce projet particulier n’est pas inclus dans le rite de la purification. Mais tout le texte de Luc va se construire autour : on ne verra pas de prêtre, on ne verra pas le sacrifice. Mais on va suivre les parents dans leur projet particulier. Ils « conduisent vers le haut » leur enfant : c’est ce que veut dire le verbe [anagoo]. C’est un beau projet : conduire son enfant « vers le haut », élever, au premier sens du terme. Ils vont le faire entrer dans Jérusalem (ce que dit la préposition), mais il y a une destination précise et particulière dans ce voyage, exprimée par le verbe [paristèmi] et que j’ai traduit par mettre à disposition. [paristèmi], c’est établir auprès, mettre à la disposition de,  offrir, comparer, faire comparaître, mettre sous les yeux. L’idée fondamentale est de placer debout, fixer [istèmi] à côté ou chez [para-] quelqu’un. Ici, les parents vont placer leur enfant « chez » ou « à côté » du seigneur : c’est à la fois lui trouver une place, faire de lui un familier, l’établir dans une relation durable et spéciale, attirer sur lui l’attention. Peut-être veulent-ils le « consacrer ». Dans le fond, dans leur demande de baptême pour leur enfant, beaucoup de parents ont cette démarche-là, à la fois vague et déterminée. Il y a ici, sous-jacente, la question de l’avenir de l’enfant. Les parents ont cette préoccupation à titre personnel, non rituel. Ainsi donc, ce voyage à Jérusalem concerne tout le monde : pour les parents d’abord, il y a une démarche légale et rituelle pour faire l’aveu de n’être pas l’origine première de la vie de leur enfant, et pour l’enfant ensuite, il y a une démarche des parents pour le mettre sans tarder dans la proximité du dieu.

     Mais voici de l’inattendu : « et dans l’introduction par les parents de l’enfant Jésus pour lui faire selon la coutume de la loi à son sujet, le [vieillard Syméon] le prend dans le creux de ses bras et bénit dieu et dit… » Dans le moment même où les parents vont faire ce qu’ils ont prévu se produit de l’imprévu. Je n’arrive pas bien à savoir ce qu’est cette fameuse coutume dont parle Luc ici : peut-être une consécration d’enfant ? Il y en a d’autres dans l’Ecriture… En tous cas, c’est au moment où les parents font entrer leur enfant qu’un vieux bonhomme se saisit de lui et le prend dans le creux de ses bras. Luc a présenté Syméon dans les phrases qui précèdent (et que je n’ai pas reproduites), donc il n’est pas totalement inconnu pour le lecteur. Mais il faut se représenter le point de vue des parents ! Je ne sais pas quelle mère consentirait de bon cœur qu’on arrache de ses bras son nouveau-né de quarante jours ! J’en connais plus d’une qui se ferait panthère noire ! Il y a tant de proches indélicats qui « prennent » ainsi un tout petit des bras de sa mère, alors qu’elle seule peut décider quand et à qui elle veut le confier. Les deux, la mère et l’enfant, sont très fusionnels et c’est heureux ! Et là, ce n’est pas un proche, c’est un vieil inconnu.

     Pourtant, il n’y a pas de bataille. Il me semble que, pour Luc, la démarche projetée par les parents est en train de se faire, mais non « selon la coutume », d’une manière au contraire fort inaccoutumée. C’est comme si les parents étaient ouverts à cela, qu’il y avait en eux une disposition à remettre leur enfant au dieu, et comprenaient presque immédiatement que cela s’accomplissait. Ils voient dans un vieillard inconnu (ou en tous cas, Luc le voit) le signe du dieu auprès duquel ils voulaient remettre leur enfant. Si l’on voit les choses ainsi, le « creux des bras » est une image magnifique : pour les lecteurs de Luc, dans le monde hellénisé et romanisé, le geste de prendre l’enfant dans ses bras, voire de le soulever, c’est le geste même de l’acceptation du père et de la prise pour sien d’un enfant.

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Beato Angelico, « La Présentation au Temple » (1440), fresque 171 x 116, couvent San Marco, Florence. Les parents surpris se voient soudain face à leur enfant, qui est dans les bras d’un vieillard comme dans ceux de dieu le père. Et l’espace autour de la mère, devant comme derrière elle, prend soudain la forme d’une épée, et ses mains sont vides devant les flammes du « feu sacré ». Et l’enfant paraît être la source de lumière de l’image.

     Les mots de Syméon sont très forts : il parle de cet enfant en terme de « salut« , de « lumière en vue d’une révélation aux [autres] nations« et de « gloire du peuple d’Israël« . Voilà qui renvoie à des perspectives qui dépassent, et de beaucoup, l’instant présent et les personnes présentes : l’enfant, dans les paroles de Syméon, prend une dimension centrale dans l’histoire du salut et l’unité du monde ! « Et ils étaient, son père et sa mère, en train de s’étonner à propos de ce qui était formulé à son sujet. » On les comprend ! Le verbe [taoumadzoo] signifie s’étonner, admirer : l’étonnement n’est pas à mauvaise part, il ne provoque pas chez les parents de réticence. Je ne pense pas non plus que le propos de Luc soit de nous montrer des parents se rengorgeant : non, il s’agit bien d’admiration. Ils sont ouverts au mystère de leur enfant, c’est même dans cette ouverture qu’ils accomplissent toute cette démarche. Du coup, ils sont prêts à entendre ces vocables qui les dépassent.

     Mais Syméon se tourne vers eux dans leur étonnement admiratif et les bénit comme il a béni précédemment le dieu en s’adressant à lui (le verbe est exactement le même), et il s’adresse à eux maintenant. Il leur annonce que leur enfant est un « signe de contestation« . Et, codicille, il dit à sa mère « ton âme sera transpercée par une épée. » L’enfant est « posé » comme signe : le verbe qui commande cette expression, [kéïmaï], signifie bien sûr être placé, être établi, être dans tel état, mais en général c’est lorsqu’il est employé à propos d’une chose. Lorsque c’est en parlant d’une personne, le verbe signifie plutôt être étendu immobile, être au repos, être mourant, être mort, être délaissé, être inactif, être dans le malheur. Sinistre présage, soudain ! Nous voilà apparemment loin du salut et de la lumière.

     La phrase mise dans la bouche de Syméon à partir de ce verbe est en deux temps : « Voici que celui-ci (l’enfant) est étendu là (1°) en [éïs] chute et résurrection de beaucoup en Israël et (2°) en [éïs] signe de contestation. » On peut penser qu’il s’agit de deux énoncés qui se complètent, qui s’ajoutent, mais il me semble que le grec aurait alors employé, comme il le fait très facilement, un [mèn…dé…], « d’une part… d’autre part…« . Je pense plutôt qu’il faut voir ici deux énoncés parallèles, en miroir, de la même chose. Deux manières d’énoncer la même réalité. Ainsi, s’il est signe de contestation, c’est précisément parce qu’il provoque chute et résurrection de beaucoup. Le signe ([sèméione]), c’est la marque distinctivela preuve, le présage, la marque de reconnaissance, ou le signe pour faire quelque chose. L’autre mot, [antilégoo], c’est contredire, être en désaccord, opposer une parole ou un argument, répliquer, contester. Ainsi, pour cet enfant, la marque distinctive, ce qui le rendra différent de tous, c’est une parole de contre-pied et d’opposition, un « non ».  Et cela atteindra sa mère elle-même, dont l’âme sera littéralement traversée ou séparée par une épée. Voilà de l’inattendu dans l’inattendu.

      Pour les parents, et la mère en particulier, c’est l’annonce d’un déchirement profond et terrible. Oui cet enfant sera fort et unique, mais qui dit être unique dit être seul : à un certain moment, nul ne pourra l’accompagner, nul ne pourra plus être avec lui. Quand il sera étendu là, immobile, mort, délaissé, il ira seul un chemin que nul ne sait, il affrontera seul un combat que nul ne peut. Et sa mère même, dans un immense déchirement, ne pourra le suivre dans ce chemin unique. Ici aussi, me semble-t-il, même si ce n’est pas aussi dramatique et absolu, il y a une expérience forte de parents : laisser aller son chemin à l’enfant, au prix de déchirements intérieurs. Quand les enfants partent, quand ils affrontent leur vie, celle-ci ne les épargne pas : et quelle mère, quelle père, ne voudrait pouvoir épargner son enfant ? Mais c’est le prix de leur grandeur que d’être uniques, non seulement uniques chacun pour leurs parents, mais uniques en eux-mêmes, et donc aussi seuls dans une certaine mesure. Etre seul n’est pas être isolé, certes. C’est même très différent. Mais tout de même, c’est être seul. Dans le fond, remettre son enfant au dieu, c’est l’ouvrir à des perspectives de vie qui dépassent complètement les parents, à l’inattendu et à la grandeur d’une destinée, à ne pas être dans la pure reproduction de ce qu’ont été les parents (salut, lumière…), mais c’est aussi assumer les déchirements et les souffrances qui naîtront de cet itinéraire unique (l’épée).

     Au terme de cet épisode, voilà toute la famille qui s’en retourne à Nazareth, « dans leur ville« . Et l’enfant « croissait et se fortifiait rempli de sagesse et la grâce du dieu était sur lui. » Les parents rentrent avec lui dans la grisaille du quotidien où se construit, sans qu’on le sache, sans qu’on le voie, cette étonnante destinée qui a été, prophétiquement et de manière contrastée, évoquée dans le temple. Les parents sont venus avouer leur petitesse devant la mission et la vie qui leur est confiée, ils sont venus remettre leur enfant dans la proximité du dieu, et l’avenir se construit maintenant avec eux et par eux, mais pas seulement. Le « savoir« , la « sagesse« , ce sont eux qui la transmettent, l’éveillent, la nourrissent. Eux et ceux qu’ils choisissent ou mandatent pour cela. A eux de rester fidèles à leur propos, de garder en tête ce qu’ils ont d’abord voulu pour leur enfant et de rester dans l’ouverture à son mystère, pour qu’il advienne à lui-même et au monde. Mais la « grâce » ou la « joie » du dieu, c’est ce dernier qui la donne et qui œuvre. Et voilà les parents dans une constante expérience de responsabilité et de dépossession.

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