Etre ou ne pas être… de la communauté (dimanche 26 septembre).

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Notre texte fait suite à celui de dimanche dernier : celui-ci abordait la question des hiérarchies dans la communauté. Maintenant, il est en quelque sorte question des contours de cette communauté, ou de l’appartenance à cette communauté, ou des conditions d’appartenance : Marc le fait, comme je l’ai déjà signalé en commentant ce même passage, en tissant entre eux des « dits » sans doute indépendants à l’origine.

Il y a d’abord un premier principe qui est tout d’ouverture, à l’encontre de ce que Jean voudrait faire, à savoir réserver à certains l’usage du « nom de Jésus ». « Il n’est personne qui réalise une œuvre du fait de mon nom et puisse tout de suite mal parler de moi. » Qu’on se souvienne qu’à l’orée de cette nouvelle partie de l’évangile de Marc, Jésus demandait ce que l’on disait de lui. Voilà une nouvelle manière, qui n’est pas tant en mots qu’en faits accomplis. ll s’agit de faire des choses « puissantes » ou énergiques » ([dunamis]), des œuvres « fortes », qui parlent d’elles mêmes.

Ces œuvres sont faites non pas [én onomati mou] (en mon nom), selon la formule habituellement employée, mais [épi onomati mou] : sur la base de mon nom. Une œuvre qui trouve un appui, qui fait référence à, qui repose en partie sur…. La vision est extrêmement large ! Si je pense à ce qui se passe aujourd’hui, il y a un « plateau » extraordinairement large de personnes qui peuvent se référer à Jésus pour ce qu’elles font, elles ne se réfèrent d’ailleurs pas nécessairement exclusivement à lui, mais elles se retrouvent aussi dans ce qu’il est ou représente. Cela par le fruit de leur propre recherche, et pas forcément parce qu’elles « suivent » (comme le dit Jean dans notre texte) tel ou tel, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une institution. Eh bien, tout cela il faut le laisser faire : la « communauté » n’est pas envisagée avant tout par Marc comme une « organisation », mais plutôt comme le vaste océan des personnes qui se réfèrent à Jésus d’une manière ou d’une autre.

Je le dis au passage : il y a dans l’Eglise catholique un pouvoir très fort, depuis longtemps, qui est le pouvoir d’exclure. Le premier qui se situe en censeur de la foi, de ce qui est foi droite ou non, se réserve par le fait même le droit de prononcer des sentences d’admission ou d’exclusion. On excommunie avec facilité. Et l’on craint un tel pouvoir. Mais notre petit verset de l’évangile de Marc invalide un tel pouvoir : il suffit de référer ([épi], et pas [én]) ce que l’on fait à Jésus, de son propre chef et sans passer par la case « vérification » occupée par d’autres, pour être admis par lui dans la communauté. N’est-ce pas merveilleux ? N’est-ce pas une phrase qui devrait faire école ? Ici les intégristes sont balayés par les épitégristes (qui n’existent pas !!!).

Vient ensuite toute une série de sentences qui commencent par « celui qui », autrement dit qui examinent par de petits faits symboliques ou significatifs l’appartenance à la communauté.

« Celui qui n’est pas contre nous est en faveur de nous » : il suffit de ne pas agir « contre« , [kata], avec cette idée du mouvement qui tombe, de la chose qui cherche à abattre, à faire tomber. Là encore, vision très positive et très large : du moment qu’on ne s’oppose pas ouvertement et activement à Jésus et aux siens, c’est bon. La vie peut croître et se développer, dès lors que rien ne l’étouffe.

« Celui qui vous abreuverait d’une coupe d’eau au nom [du fait] que vous êtes au Christ, amen je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense. » C’est plus que ne pas être contre, comme précédemment : c’est un tout petit acte fait pour aider bien humblement et bien simplement. Aimer le Christ et ceux qui lui appartiennent. Les aimer concrètement, avec ce verre d’eau donné. Il ne s’agit pas, là encore, d’œuvrer dans l’organisation des disciples, il s’agit simplement d’apporter un soutien concret, même modeste, à quelqu’un qui se réfère au Christ dans ce qu’il fait, et d’accorder ce soutien à cause de cela. On reste dans le large océan.

Mais il y a aussi l’envers du décor : « Celui qui fait chuter un seul de ces petits qui croient, il vaut mieux pour lui qu’on lui attache une meule d’âne au cou et qu’il soit jeté à la mer. » Voilà ce qui exclut de la communauté. La parole est nette et tranchée. Je ne peux m’empêcher de penser à ces fauteurs de scandale, à ces criminels, qui profitent d’une position dans la communauté, dans le clergé, dans la hiérarchie, pour perpétrer leurs crimes. Et quand je pense qu’on se contente de les déplacer, qu’on tait leurs agissements, qu’on fait tant pour les « garder »… alors qu’au terme de ce petit verset d’évangile, le jugement est déjà tombé !!! La fidélité à l’évangile, n’est-ce pas de protéger avant tout ces « petits qui croient » ??!!!… Je préfère ne pas poursuivre sur ce thème, j’avoue que cela fait trop mal et me fait chuter aussi.

Et puis il y a cette histoire de mutilation : si ta main, si ton pied, si ton oeil…. te fait chuter, coupe-la, coupe-le, arrache-le. Mieux vaut entrer mutilé dans le royaume qu’aller à la géhenne intègre. Revoilà l’intégrité. La première chose que je comprends ici, étant donné le thème que nous suivons, c’est qu’il n’y a pas ceux qui sont « de la communauté » et ceux qui sont « hors de la communauté » : mais la frontière entre ce qui est de la communauté et ce qui ne l’est pas passe par chacun de nos êtres, de nos cœurs, et même de nos corps. Il y a en moi des choses qui tendent à m’arracher au royaume. Et il m’appartient de mettre cela au clair : à moi et à nul autre. Ce n’est la mission de personne ni de me couper une main, ni de me couper un pied ni de m’arracher un œil. Mais c’est à moi : et de prendre conscience de l’ambiguïté qui m’habite, et de prendre les décisions qui s’imposent.

Décisions qui n’ont pas à être prises au sens littéral, me semble-t-il : je ne crois pas que l’évangile incite à l’auto-mutilation. Celle-ci est en général plutôt une fuite d’une douleur plus intérieure ou d’une culpabilité -mais il s’agit manifestement ici de faire face-, ou d’une dévalorisation de soi -mais ce n’est pas du tout le sujet ici, au contraire il s’agit de prendre au sérieux une invitation personnelle à entrer dans le royaume-, ou encore de faire savoir à d’autres que quelque chose ne va pas -mais l’on est mis ici face à soi et c’est tout-. Mais l’image est forte, elle suggère l’énergie de la décision et la détermination dans le choix.

Je comprends aussi une deuxième chose : c’est que la communauté et le royaume ne sont pas exactement superposables. Et même qu’il ne faut pas les confondre. L’appartenance à la communauté des disciples, telle qu’elle a été développée dans l’ensemble du passage, implique une vision large de celle-ci. Elle fait de cette communauté quelque chose qui n’est pas entièrement visible : toujours, ceux qui se retrouvent et se reconnaissent comme disciples devront se dire qu’ils ne sont pas les seuls à porter légitimement ce titre, que bien des personnes qu’ils côtoient sont aussi légitimés par l’évangile et peut-être à leur insu. De ce fait, l’énergie de chacun est mobilisée non tant pour entrer dans la communauté -ou dans ce qui se proclame tel- que dans le royaume. La communauté est faite de ceux qui se réfèrent au christ, à celui qui a reçu l’onction du père. Le royaume est ce que ce même christ est venu inaugurer au nom de ce père, le lieu où ce père doit régner. Ce n’est pas la même chose, même si ce n’est pas sans lien.

Et c’est une bonne nouvelle….

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