Dimanche 30 septembre : communauté ouverte.

Lire le texte de l’évangile sur le site de l’AELF

     La réaction des disciples, et spécialement celle des Douze, à la deuxième annonce par Jésus de l’issue fatale de son action et de sa parole, a provoqué un enseignement conséquent : ils ont laissé paraître leur avidité de pouvoir, il leur a indiqué comment résister à cette tentation grâce à la mise en place de contraintes pratiques. Lesquelles, soit dit en passant, n’ont pas reçues d’application concrète connue. Marc profite de cette entrée en matière pour ajouter en cet endroit plusieurs dits de Jésus, qui ont probablement eu lieu dans d’autres contextes, mais qui permettent de construire chez le lecteur une certaine idée de la communauté des disciples.

     Le premier de ces dits est rapporté avec son contexte : « Jean lui dit : « Maître, nous en avons vu un qui, en ton nom, jette dehors les démons ! Et nous l’empêchions, parce qu’il ne nous suivait pas. » ce contexte est aussi clair que non circonstancié : « nous en avons vu un« , qui ? et dans quelles circonstances ? on ne sait pas, mais justement la question n’est pas là. Le fait est qu’il peut y avoir des gens qui « chassent des démons » -celui-là était en train de le faire, donc « ça marche », comme on dit familièrement- et qui le font « en ton nom« . Cela, c’est la mission même que Jésus a confié aux Douze quand il les a choisi : il les a choisi « pour être avec lui » et « pour les envoyer prêcher avec pouvoir de guérir et de chasser les démons« . Or, non seulement cette mission a été confiée en propre aux Douze, mais il y a peu, lorsqu’ils se sont retrouvés après la Transfiguration sur la montagne, ceux des Douze qui attendaient en bas étaient face à un « démon » qu’ils ne parvenaient pas à chasser au nom de Jésus ! Et voilà qu’un inconnu fait ce qu’ils ont reçu de faire et ne parviennent pas toujours à faire. Jean est l’un de ces Douze. Quelle a été sa réaction ?

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     « Nous l’empêchions, puisqu’il ne nous suivait pas. » Selon Jean, passe encore qu’un autre que l’un des Douze accomplisse cette oeuvre, mais il faudrait tout au moins qu’il les suive ! Jean dit « nous« , manifestement il n’était pas tout seul. Et l’autre « nous » (il ne nous suivait pas) est probablement le même, même s’il n’est pas impossible qu’il ait un sens plus vaste et signifie « toi, maître, et nous tes disciples ». Il y a une sorte de consensus chez les Douze : pour agir au nom de Jésus, il faut être avec eux, et même derrière eux. Ils suivent Jésus, il faut les suivre aussi pour suivre Jésus. Comme ce n’était pas le cas pour cet inconnu, « nous l’empêchions« , on ne sait pas comment… Ils ont été jusqu’à mettre obstacle à l’action de cet homme. La question posée est immense et cruciale : tout homme peut-il librement agir au nom de Jésus, ou n’est-ce légitime que subordonné aux Douze ? Le « nom » de Jésus est-il une marque déposée à usage exclusif, ou est-il « libre de droit » ?

     La réponse de Jésus est catégorique : « Jésus dit : « Ne l’empêchez pas ! » Il reprend exactement le mot employé par Jean. Vous l’empêchiez ? Ne l’empêchez pas ! Cela tranche la question très clairement : le nom de Jésus n’est pas une « propriété » des Douze, il n’ont pas l’exclusive d’agir en son nom. Voilà qui appelle une belle ouverture, un beau regard émerveillé sur le monde et les personnes qui nous entourent. Peut-être sont-elles nombreuse à agir « au nom de Jésus », et avec des résultats bien meilleurs. Le maître ajoute une explication : « Car il n’est personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse vite mal parler de moi. » Faire un miracle est une traduction possible, mot à mot c’est faire un pouvoir, ce qu’on pourrait rendre aussi par accomplir une chose qu’il peut ou encore accomplir une chose qui peut, une chose qui change quelquechose. L’explication est apaisante, elle conforte l’émerveillement du regard, elle précise dans le même temps la tâche précise des Douze dans ce nouveau contexte : la manière dont on parle de Jésus. Ne pas mal parler de lui, faire en sorte qu’on ne parle pas mal de lui. [kakologuéô] c’est injurier, dire du mal, maudire : les Douze ne seront pas les seuls à parler de Jésus, mais ils doivent veiller à ce qu’aucune action faite en son nom ne conduise quiconque à le maudire. J’ai peur qu’il y ait aujourd’hui une grave faillite en ce domaine… Marc joint un autre adage, à la perspective tout aussi ouverte et positive : « Qui n’est pas contre nous est pour nous. » On voit que la communauté n’est pas définie, limitée positivement, c’est l’ensemble des personnes qui « ne sont pas contre » Jésus. C’est vaste, avec bien des inconnus ou des insoupçonnés…

     Tout aussi vaste l’adage suivant dessine-t-il la communauté, mais par un autre biais : « Oui, qui vous abreuve d’une coupe d’eau au nom de votre appartenance au messie, amen je vous le dis : il ne perdra pas son salaire. » Il s’agit cette fois d’actes d’amour, même modestes, même à l’endroit des disciples identifiés. A vrai dire, l’enchaînement des adages construit par Marc appelle une interprétation encore plus large : un simple verre d’eau offert à quelqu’un parce qu’il n’est « pas contre » Jésus vaut aux yeux de celui-ci. Autrement dit, le moindre acte d’amour ou de service, s’il n’est pas accompli volontairement contre Jésus et à cause de cela, « ne perdra pas sa récompense ».

     Mais nouvel avertissement, non seulement aux Douze mais à tous semble-t-il : « Qui sera occasion de chute pour un de ces petits qui croient, il est meilleur pour lui que soit mise une meule d’âne autour de son cou, et qu’il soit jeté à la mer. » Avertissement imagé, pittoresque, bien dans l’art de Marc ; avertissement terrible  pour quiconque viendra blesser ou dresser « contre Jésus » un de ceux qui n’étaient pas contre lui. A agir « au nom de Jésus » d’une manière que celui-ci désavouerait, on dresse contre lui des êtres de bonne volonté. C’est peut-être trop dire : disons qu’on les tient loin de lui, en dressant de lui un portrait perverti. C’est dans ce sens que Marc ajoute les précisions suivantes, afin que ceux qui agissent, ou marchent, ou regardent, « au nom de Jésus » de manière identifiable ou revendiquée , afin donc que ceux-là renoncent à agir, marcher ou voir plutôt que de risquer de tenir quiconque loin de Jésus : « Si ta main est pour toi occasion de chute, coupe-la : il est bon pour toi d’entrer mutilé dans la vie, plutôt qu’avec les deux mains t’en aller dans la géhenne, dans le feu jamais éteint. Et si ton pied est pour toi occasion de chute, coupe-le : il est bon pour toi d’entrer dans la vie boiteux, plutôt qu’avec les deux pieds être jeté dans la géhenne. Et si ton oeil est pour toi occasion de chute, jette-le dehors : il est bon pour toi avec un seul oeil d’entrer dans le royaume de Dieu, plutôt qu’avec deux yeux être jeté dans la géhenne, où leur ver ne périt, et le feu ne s’éteint. ». La responsabilité de partager la mission du Maître est décidément bien lourde, elle requiert les plus grandes précautions et un immense travail sur soi.

    PS : Une pétition vient de voir le jour, demandant en France une enquête parlementaire sur les crimes pédophiles dans l’Eglise de France. En voici le lien : pétition Je partage l’affirmation selon laquelle « Il nous importe non pas de faire éclater des scandales mais d’en faire cesser un, immense, celui du silence assourdissant de la hiérarchie catholique devant des souffrances qu’elle a, pour l’essentiel, sciemment ignorées ou même cachées pendant trop longtemps. Le retour de la crédibilité est à ce prix. » Je crois que l’authenticité évangélique de l’Eglise Catholique est gravement en cause. Mais l’Eglise, ce ne sont pas seulement, ni même d’abord, des évêques. Pie XII affirmait : « Les laïcs sont l’Eglise« . Si des chrétiens (et pas seulement, d’ailleurs) agissent contre les défaillances de leurs évêques, ce n’est pas « agir contre l’Eglise » ou « faire du mal à l’Eglise » —car le mal est déjà fait !—; au contraire, c’est l’Eglise qui réagit.

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