#she too (dimanche 3 avril).

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Le lecteur voudra bien me pardonner, mais je ne sais pas quoi faire d’autre que renvoyer à mon précédent commentaire, Se mettre à bonne hauteur : je ne sais pas quoi ajouter… Je ne dis pas qu’il n’y a rien à ajouter, sans doute trouveriez-vous bien des choses. Mais ce que j’avais dans le cœur de dire, je me suis rendu compte que je l’avais déjà fait. Alors mon indigence vous renvoie là.

Eero Järnefelt (1863-1937), Jésus et la femme adultère (1908, huile sur toile), église Saint-Pierre, Lieto (Finlande).

J’ajouterai juste une chose, cependant. Le hashtag Me too, qui tente de dénoncer les atteintes faites aux femmes pour les faire cesser, trouve ici un complément. Celui qui dit « Me Too », moi aussi, c’est Jésus : « Moi aussi (moi non plus), je ne te condamne pas« . C’est peut-être la réponse attendue à tant de souffrance et d’oppression ?

2 commentaires sur « #she too (dimanche 3 avril). »

  1. Merci beaucoup, cher Benoît (si vous permettez), pour ce commentaire que je découvre. Je n’avais pas saisi tous ces mouvements de haut et de bas, et c’est extrêmement parlant.
    Méditant moi-même cet évangile (qui m’a particulièrement saisi dimanche dernier, beaucoup plus que d’habitude), je me suis arrêté sur 2 points. Déformation professionnelle : il s’agit de points de droit.
    Le premier, c’est la place de la Loi, et sa relation à Jésus et l’évangile. Le second, lié au premier, c’est qu’on est au début devant une scène avec beaucoup de monde (tout le peuple, les scribes, les pharisiens, v.2-3). Et qu’on finit avec Jésus « seul » (v. 9) face à la femme.
    Je commence par ce second point. C’est étonnant que Jean souligne que c’est Jésus qui est seul, et non la femme : c’est elle qui a été saisie et amenée, Jésus était déjà là… Le mot me fait en outre penser à la Transfiguration (et va dans le sens de votre commentaire). Je note aussi que, si on continue l’évangile de Jean, Jésus précise juste après qu’il n’est jamais seul (8, 16), et relie cela aux conditions pour juger et à l’obligation d’avoir 2 témoins.
    Mais c’est aussi étonnant que Jean répète le « au milieu » (v. 3 et 9), alors qu’il n’y a justement plus personne à la fin ! Au milieu de quoi, a-t-on envie de dire ! Est-ce à dire que « tout le peuple » est resté, et ne sont partis que les scribes et pharisiens qui accusaient ? Cela va pourtant à l’encontre de Jésus « seul »… Je n’ai pas de réponse satisfaisante.
    J’en viens au premier point. Jésus est seul face à la femme qui a péché. Je ne méconnais pas la question de la responsabilité de l’homme : outre la violation de la Loi (qui demandait la mise à mort des deux ! cf Lv 20, 10 et Dt 22, 22), il me semble qu’on peut aussi y voir une réminiscence de Genèse 3 : ce sont les hommes qui accusent la femme, qui ne peut pas trop se défendre car il faut bien reconnaître les faits. Du coup, elle pourrait accuser le serpent (cf. v 44), mais c’est Jésus qui est DEJA dans la poussière, au sol…
    J’en reviens à Jésus seul : l’évangile va dans le sens d’une évacuation totale de toutes les médiations. Jésus, le Sauveur et nouveau Législateur (le doigt v. 6 ; le « Moi » v. 11), est directement et immédiatement face à la personne humaine. Les prêtres, les savants, Moïse, la Loi elle-même : tout a disparu.
    Or, aujourd’hui, l’Eglise et la loi morale n’ont pas disparu. On peut argumenter sur leur dépendance étroite au Christ et sur la notion de médiation, il n’en demeure pas moins qu’il y a une sorte de hiatus. Hiatus renforcé car je comprenais, avant ma méditation, que Jésus paraît récuser toute forme de loi morale ou, en tout cas, de capacité de juger sur son fondement. En effet, si le « désormais ne pèche plus » final maintient l’existence d’un péché, et donc une qualification morale, le tour de passe-passe de Jésus, si j’ose, (« que celui sans péché soit le premier à jeter la pierre ») relativise totalement tous les péchés et, dans l’évangile, fait obstacle à la capacité même de juger. Au regard de la Loi, les accusateurs auraient pu arguer que leurs péchés ne sont quand même pas aussi graves qu’un adultère et que, en tout état de cause, la Loi étant objectivement ce qu’elle est, la fonction de juger implique qu’on ne s’attarde pas aux péchés du juge (v. 9 // v. 46), sinon aucun jugement n’est jamais possible.
    J’ai alors découvert que Jésus, en réalité, n’interdit pas le jugement. Ou, plutôt, il laisse la qualification, mais interdit le jugement, en tant que celui-ci est d’abord affaire de sanction. Dans cet évangile, il n’y a aucune contestation du fait délictueux (l’infraction, en droit pénal) : le v. 4 ne laisse place à aucun doute, dès le début, et Jésus ratifie à la fin (v. 11) l’existence d’un fait moral défectueux. En revanche, ce qu’il bloque tout de suite, c’est le passage entre le v. 4 et le v. 5 : du fait à la sanction « en vertu de la Loi ». Lui se réserve le « vrai » jugement (cf. v. 15), c’est-à-dire l’éventuelle sanction. Et, en pratique, l’absence de toute sanction / condamnation : une libération et un envoi (« va »). Libération en raison d’une absence de sanction, la lapidation, qui retombe en revanche sur Jésus (v. 59), le Libérateur, car Fils (v. 36) venant de Dieu le Père (tout le chapitre).
    Que dire, sur cette base ? Qu’il me faut encore méditer tout ce chapitre 8. Le dialogue entre Jésus et les pharisiens sur le témoignage, le jugement et le péché, la connaissance de Dieu et la fidélité à sa Parole, la liberté et la vérité, le Père et le Fils, me semble étroitement lié à la scène inaugurale, qui illustre un jugement (Jésus assis, qui écrit, devant des témoins, des accusateurs). La Loi ne disparait donc pas tant que ça : elle est transfigurée dans la personne même du Fils, venant du Père, et dans la connaissance de Dieu et de sa Parole. Depuis très longtemps je pense à cette phrase de Jésus : « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes… » (Mt 5, 20).
    Un dernier point : la mention du Temple (v. 2, 20 et 59 de Jn 8). Avec cette précision médiane : « dans la salle du Trésor ». L’Ecriture mentionne parfois ce lieu (1 Chr 28, 11 ; Néh 10, 38 ; Mal 3, 10…). Cette salle n’est sans doute pas le lieu où il y avait pas les troncs, mentionné en Lc 21, 1, lieu qui était…dans la Cour des femmes,…où se tenait également un tribunal… Je pense toutefois que cette triple mention, si bien placée, du Temple, et cette localisation précise, ne sont pas sans signification, même si elle est aussi un simple élément de vraisemblance du récit. Car il me semble y avoir en Jn 8 un lien particulièrement fort tissé par Jésus même entre sa divinité, la reconnaissance de sa mission et de sa filiation du Père, et son statut de Législateur et Juge, miséricordieux et libérateur.
    Je serais intéressé de sa voir ce que vous en pensez.

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    1. Merci de ton commentaire développé : comme j’aimerais que ce site soit toujours à plusieurs voix ! Ce serait vraiment ce qu’il y a de plus fidèle au fait que les évangiles sont quatre, non un, et aucun écrit par Jésus !
      Je partage ton étonnement sur le « seul » pourtant « au milieu ». Peut-être faut-il se rappeler que [en méson] est aussi « comme intermédiaire » ou « comme médiateur » ?
      En te lisant, je me dis que c’est d’abord le sens du « péché » qui est ici entrouvert : [amartia], c’est d’abord la fausse piste, la sortie de route. Et du coup, ce qui compte, c’est de recommencer à vivre mais dans la bonne direction. J’étais quant à moi frappé par l’absence du mot « pardon » (ou d’un autre équivalent), mais j’ai renoncé à en écrire, ce n’était pas mûr et… trop difficile d’écrire sur une absence !!! Du coup, la « loi » reste valide en tant qu’elle révèle ces sorties de route, mais pas en tant qu’elle exige des sanctions (surtout si celles-ci mettent un terme à la vie au contraire d’y relancer). Mais sans doute ce qu’on appelle « loi » ici et ce qui porte ce nom dans ton beau métier, dans la société, n’est pas univoque…. Et partant, n’a pas le même rôle ?

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