S’émerveiller et se solidariser (dimanche 9 juillet)

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF

Ce texte apparaît plus loin que ceux précédemment lus, le discours aux Douze fini et un épisode long tournant autour de la personne et du ministère de Jean-Baptiste achevé. immédiatement avant notre passage, Matthieu a placé une fulmination « contre les villes où tant de miracles ont été faits, parce qu’elle ne se sont pas converties. » Dans un premier commentaire, Père et fils, je m’étais attaché à la première partie de notre passage. Dans un deuxième commentaire, Solidarité et dépossession, j’avais commenté plutôt la deuxième partie en la rapprochant de l’épisode du baptême.

Je dois dire qu’en ayant repéré que cette section de l’évangile de Matthieu dépend d’un nouveau regard de Jésus sur les foules, sur les souffrances physiques et morales dans lesquelles elles se trouvent, mais aussi où ils les considère comme une « moisson« , comme porteuses de tant de fruits qu’il n’est que temps de recueillir, ces paroles résonnent différemment, avec l’un et l’autre aspect de ce regard.

Peut-être est-ce pour cette raison que Matthieu a placé ici ce passage qui a tout d’un aérolithe. En ce sens, le « en ce temps-là« , où il ne s’agit pas du temps au sens de la chronologie, mais bien d’un [kaïros], d’un « temps favorable« , d’une occasion, d’une convenance. En fait, il convient bien que Jésus, dans ce « moment » de son ministère et de son rapport aux foules, lance ce cri de louange du père et d’appel aux foules.

Il voit dans les foules une moisson, et le fruit ici nommé est l’accueil d’une révélation. Un accueil qui est comparable à celui que fait un [nèpios], littéralement un enfant encore incapable de parler. La comparaison reviendra : « Si vous ne redevenez comme les petits-enfants, point n’entrerez dans le royaume des cieux ! » (Mt.18,3) et encore « Laissez les petit-enfants et ne les empêchez pas de venir à moi : car c’est à leurs pareils qu’est le royaume des cieux. » (Mt.19,14). Il ne s’agit pas de faire de l’infantilisme ni d’être puéril. C’est une question de confiance. Le tout-petit enfant sourit à qui lui est familier, et il s’abandonne entièrement aux bras qu’il reconnaît. Je ne veux pas dire qu’il n’ait jamais ses bouderies ou ses refus, mais la confiance n’est jamais remise en question, quand au contraire le visage étranger, aussi bonnes soient ses intentions, ne suscite que la méfiance.

Placez le tout-petit, à l’âge où il ne sait pas encore parler, sur quelque chose d’un peu élevé (restez prudent !) et tendez-lui les bras : il s’y jette dans un éclat de rire. Refaites l’expérience quand il a grandi un peu et qu’il sait user des mots : il vous sourit et vous signifie de vous rapprocher un peu. La confiance n’est plus la même. Pourquoi ? L’expérience lui a montré qu’il peut tomber, il est désormais plus précautionneux, et déjà la confiance qu’il vous fait ne balance plus tout-à-fait la crainte qui nait en lui. Ré-apprendre à faire confiance « comme un enfant » exige beaucoup plus : cela exige un choix, un choix qui fait passer en second sa propre expérience de la vie, derrière le choix premier de faire confiance à quelqu’un. C’est un choix très conscient du risque, où l’on se déprend de sa propre réaction devant le risque pour la confier à un autre. C’est confier sa vie.

Mais dans ces foules, manifestement, Jésus voit des personnes qui sont ainsi, qui ont fait ce pas Qui sont là pour cette raison. Et c’est une « moisson » qui l’émerveille, et c’est une louange à son père qui suscite de tels changements, de telles ouvertures.

Et il y a aussi ce regard sur les souffrances de cette foule, sur « vous tous qui êtes dégoûtés et êtes chargés d’un fardeau« . Le mot pour « charger d’un fardeau » fait partie du vocabulaire de la marine, c’est la charge d’un navire ! Les ressorts du moral sont cassés, la saturation physique est totale. Ce qu’il propose, c’est une autre charge, prendre son joug, s’atteler avec lui. Un poids de plus ? Mais non, il s’agit de porter avec lui, c’est-à-dire au contraire de se décharger sur lui.

Il me semble que cela vient compléter encore ce que nous avons déjà recueilli dans notre approche des autres : voir en eux la confiance dont ils sont capables, s’en émerveiller. Mais aussi s’offrir à la solidarité, porter avec eux les poids qui les écrasent. Nous sommes invités à dire comme lui, émerveillés devant la confiance réfléchie dont certains sont capables : « Je te confesse père, seigneur du ciel et de la terre, parce que tu caches ces choses à sages et intelligents et les révèle à enfants en bas-âge. Oui, père : parce que ça t’es venu comme ça ! » ; nous sommes invités à nous proposer à ceux qui souffrent : « Venez à moi, vous qui êtes dégoûtés et écrasés par la charge » et je porterai avec vous.

3 commentaires sur « S’émerveiller et se solidariser (dimanche 9 juillet) »

  1. Bonjour J’ai découvert par hasard tes cailloux blancs il y a quelques mois sans oser me manifester. C’est vraiment bien, avec l’étude des structures, des mots, des langues d’origine, sans quitter du regard Jésus qui me parle et l’éclairage spirituel et de vie. Je te remercie pour le grand travail que cela représente et que tu nous offres. C’était juste pour dire merci. Brigitte

    J’aime

Répondre à Brigitte Braconnier Annuler la réponse.