Dimanche 19 mars : « Donne-moi à boire. »

Lire le texte de l’évangile sur le site de l’AELF

     Nous quittons Matthieu, et c’est Jean qui nous accompagne, cette semaine et les deux suivantes, dans notre montée vers Pâques. Changement de témoin, changement de point de vue : une magnifique occasion de nous ouvrir aussi à ceux autour de nous qui n’ont pas le même point de vue que nous sur Jésus ! Aujourd’hui, c’est ce magnifique épisode de la Samaritaine qui nous est offert.

     Pourquoi donc ce changement, et cet épisode ? C’est que cette année, nous avons la grâce de retrouver les grands évangiles que la tradition liturgique a sélectionné pour l’ultime chemin vers le baptême des catéchumènes. Réorientation ? Alors il n’est plus question de montée vers Pâques pour nous autres, si nous sommes déjà baptisés ? Bien au contraire : c’est l’occasion de renouveler notre propre baptême, qui est notre expérience fondamentale de Dieu en Jésus-Christ, celle où tout nous a été donné, celle que tout nous fait approfondir. Mais pourquoi cet évangile ? Sans doute parce qu’il y est question de l’eau, d’une eau qui devient en nous « source d’eau jaillissant en vie éternelle« .

     On a aussi rapproché l’épisode de la rencontre avec la Samaritaine de la Pâque de Jésus : cette fois, Jésus est fatigué et il s’est assis, « tel quel, à la source« . Or, « c’était vers la sixième heure« , et c’est à cette heure-même que Jésus dit à la Samaritaine : « Donne-moi à boire« . C’est à la même heure, la sixième, que durant sa passion, du haut de la croix, il dit : « J’ai soif« . Deux soifs, l’une banale dans un moment banal; l’autre atroce dans un moment atroce. Et l’une fait écho à l’autre. Au Golgotha, la soif de Jésus dit l’imminence de sa mort; le troisième jour, ce sera sa résurrection. Jésus attendra ses disciples sur la plage avec, sur le feu, « du menu fretin, et du pain » (Jn.21,9). La soif sera donc signe de sa mort, la nourriture qu’il donne signe de sa vie.

     Et si, dans notre rencontre « à la source de Jacob » avec la femme de Samarie, les mêmes signes suggéraient les mêmes choses ? Jésus, « fatigué par l’étape« , « assis tel quel« , demande à boire. Réduit, diminué, mortel. Mais plus tard, les disciples sont revenus : « Rabbi, mange !« , et lui de répondre : « Moi j’ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas. » Réveillé, ravigoré, ressuscité. Du reste, après cet épisode, la suite du texte de Jean continue : « Après les deux jours [où il est resté en ce lieu], il sort de là pour la Galilée » : après les deux jours, donc le troisième jour…

     Et qu’est-ce qui a ressuscité Jésus ? Une rencontre. Et si, nous aussi, nous commencions à ressusciter avec lui par des rencontres ? Et une rencontre avec qui ? Pour lui, c’est avec celle que nous appelons LA Samaritaine : Jésus « arrive donc à une ville de la Samarie« . A son tour « arrive une femme [issue] de la Samarie pour puiser de l’eau« . Rencontre étonnante, et qui va étonner. Pourquoi étonnante ? Il y a plusieurs titres à cette étonnement.

     D’abord, Jésus est un Rabbi, un maître. Dans les habitudes de ce temps, un Rabbi n’enseigne et ne parle qu’à un cercle restreint de personnes triées sur le volet, c’est là un signe de la valeur de son enseignement. Plus son enseignement est estimé, plus les auditeurs sont triés sur le volet, et doivent même parfois justifier d’études préalables. De là, dans d’autres évangiles, le mouvement réflexe des Douze d’écarter les petits enfants : il ne s’agit pas d’une détestation des enfants (ils en avaient probablement eux-mêmes !), mais d’un respect pour la parole et l’enseignement de Jésus. Donc, pour Jésus, une rencontre qui va au-delà des « classes » de la société.

     Ensuite, Jésus s’adresse à une femme. Cela va choquer les disciples. « Ils s’étonnaient qu’il parle à une femme, pourtant aucun ne dit « que cherches-tu ? » ou « Pourquoi lui parles-tu ? » Bien des questions qu’ils auraient envie de poser, mais sans doute n’osent-ils pas exiger de Jésus qu’il se justifie. C’est bien parce que c’est lui… Contre les habitudes du temps, Jésus a cette manie. C’est même à des femmes que le premier message de la résurrection est confié ! A une femme, Marie-Madeleine, que la première rencontre avec le Ressuscité est réservée ! Si je peux me permettre une petite malice : quand tous les aspects de l’Evangile sont sensés avoir une conséquence dans la vie de l’Eglise, on attend toujours la conséquence de cet aspect-là ! Mais pour Jésus, une rencontre qui passe outre les préjugés des autres et même de ses proches choisis.

     Enfin, mais tous ne le sauront pas, Jésus s’adresse à une Samaritaine, et dont la vie n’est pas en tous points dans les règles. Le premier de ces aspects étonne la femme elle-même : « Comment ! Toi qui es Juif, tu demandes à boire à moi, qui suis femme samaritaine ! » Il fallait se tenir éloigné des « hérétiques » samaritains. Mais Jésus, non seulement s’adresse à elle, mais lui demande quelque chose ! Mieux encore, comme l’étonnement de cette femme la conduit à une forme de dérision qui tourne autour du pot, Jésus finit par la toucher où elle n’a plus envie de se moquer : « Je n’ai pas de mari. -Tu as eu cinq maris et maintenant celui que tu as n’es pas ton mari. Là tu dis vrai ! » Jésus vit une rencontre qui franchit les barrières religieuses aussi bien théoriques que pratiques.

     Et voilà ce qui le fait ressusciter, lui. Se faisant demandeur, partageant d’abord sa faiblesse et manifestant son besoin de l’autre, il va à celle qui est là, celle que lui offre la rencontre d’aujourd’hui, « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour« . Et cette rencontre devient son pain, sa nourriture. Son désir rencontre le désir de cette femme, pourtant bien enfoui et bien protégé derrière des défenses de dérision ou des grandes considérations théoriques (« où faut-il adorer ? »). Et nous, quelles barrières allons-nous franchir ? Quel est notre pain de ce jour, en termes de rencontres ? Grâce à qui allons-nous ressusciter, avec Jésus et comme lui ?

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