Dimanche 6 mai : l’école de l’amour.

Lire le texte de l’évangile sur le site de l’AELF

     L’évangile de ce jour fait immédiatement suite à celui de dimanche dernier. Le développement continue, qui avait été inauguré par l’allégorie de la vigne.

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      Et c’est d’abord une comparaison, procédé d’écriture familier à s. Jean, qui ouvre notre passage. [Kathôs], comme. « Comme le père m’a aimé, ainsi moi je vous ai aimé« . La comparaison porte sur le rapport : le rapport père-Jésus est la base et le modèle du rapport Jésus-disciples. Et ceci, dans le registre de l’amour. Le verbe reprend le mot [agapè], dont nous avons déjà dit ailleurs qu’il était un des mots grecs pour dire l’amour, mais avait cet avantage d’être à l’époque plutôt délaissé -et donc disponible pour y introduire un nouveau sens. Cela veut dire que Jésus se situe pour ses disciples dans un rapport paternel. Il l’a dit un peu plus tôt à Philippe : « Qui me voit, voit le père » : ce n’est sans doute pas l’unique sens de cette affirmation, mais c’est bien une partie de ce sens. Il n’y a pas d’autre chemin au disciple pour se tourner vers le père, que de se tourner vers Jésus. Vivre avec lui dans un registre d’amour, c’est ni plus ni moins que partager déjà la relation qui unit le père et le fils, qui unit Jésus à son père. En tous cas, cette affirmation  « Comme le père m’a aimé, ainsi moi je vous ai aimé » sonne comme une invitation : l’initiative de la relation, Jésus l’a prise avec ses disciples. Il dépend d’eux, de chacun, de répondre à cette invitation pour entrer dans ce qui fait la relation même de Jésus à son père.

     Et c’est bien sa recommandation : « demeurez dans l’amour, le mien« . On peut entendre cela autant sur le plan du lien avec lui que de l’exercice de l’amour. Laissez-vous aimer de moi, et répondez à cet amour; et aussi, à votre tour aimez avec mon amour, aimez comme je vous aime. Trouvez ici l’école pour aimer. Mais comment « demeurer » dans cet amour ? Concrètement, en quoi cela consiste-t-il ? « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » : à défaut d’explication, il y a au moins un instrument de mesure, une jauge. [entolè], c’est l’ordrel’instruction. C’est peut-être mieux que « commandement », qui renvoie trop spontanément aux « dix commandements », alors qu’ici n’est sans doute pas l’allusion, quoique le mot soit au pluriel. Jésus fait tout simplement allusion à tout le temps qui a précédé : le temps qu’il a passé avec ses disciples, est désormais résumé en un sens peut-être inattendu. C’était une école de l’amour. En vivant avec Jésus, en le regardant faire, parler, se taire, réagir, affronter, partir, etc., les disciples ont appris à aimer. Ils sont appris à rester avec lui, en restant dans sa manière. Finalement, il s’agit de vivre « à la Jésus ». Et cette référence est toujours valable, Jésus se l’applique immédiatement à lui-même : « …comme moi, j’ai gardé les instructions de mon père, et je demeure dans son amour. » Mais lisons aussi à travers les lignes : cela veut bien dire aussi que Jésus a vécu parmi nous « à la père », qu’il a été, et parfaitement, une image et une imitation de son père. Le lien est toujours direct, il est entièrement médiateur.

     « Ces choses, je vous les ai dites afin que la joie, la mienne, demeure en vous, et que votre joie soit accomplie. » Ces instructions ont un caractère gratuit. Il ne s’agit pas d’une suite de préceptes : tu feras ci, tu ne feras pas ça… Non, ces paroles ont été dites pour la joie, [khara]. C’est la joie, le plaisir, ce qui réjouit le coeur. Vivre « à la Jésus », c’est se trouver bien, se sentir bien, être en joie, trouver le plaisir de vivre. En tous cas,  le même plaisir à vivre qu’a Jésus lui-même, puisqu’il parle de « sa joie » qui demeure dans les disciples. J’ai failli écrire « dans le disciple », mais avez-vous remarqué que c’est toujours au pluriel ? Jésus a fait choix dès le début de ne pas être seul, et de même, sa joie et sa manière de vivre, c’est une existence dans un collectif. Vivre au pluriel. La joie suppose la pluralité : une joie qui ne peut pas se partager n’est pas une joie, tout simplement.

     « Ceci est l’instruction, la mienne : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Le collectif, la vie au pluriel, de Jésus et ses disciples a été un échange entre eux. Il y a eu école, certes : mais les disciples ne sont pas restés des observateurs extérieurs, regardant Jésus vivant et réagissant avec d’autres. Combien de fois ne sont-ils pas impliqués dans ces mêmes rapports ? Combien de fois se sont-ils retrouvés entre eux pour mieux comprendre, pour approfondir ? Combien de fois leur a-t-il dit qu’ils étaient pour lui plus que sa famille ? De lui, ils ont appris à aimer. Et dans la Pâque imminente, ils vont encore apprendre : jusqu’où va l’amour. En son absence perceptible, leur groupe devra rester soudé par le même amour. Mais toujours avec la référence à Jésus.

     Or, « un amour plus grand que celui-là, personne ne l’a : que quelqu’un dispose sa vie en faveur de ses amis. » L’expression « disposer sa vie » est la même que celle employée par Jean dans le discours du « bon berger ». C’est cette manière de disposer tous les aspects de sa vie en fonction de quelqu’un, ou de quelques-uns. Et, en cas extrême, la préférence pour leur vie au prix de la sienne. Cette disposition, c’est, à l’ecole d’amour de Jésus, le plus grand amour. « Vous, vous êtes mes amis, si vous faites ce dont je vous instruis. » Il y a une circularité. Si les disciples mettent en œuvre, pratiquent, ce qu’ils ont appris à l’ecole d’amour de Jésus, il les considère comme ses amis, c’est-à-dire comme ceux pour lesquels il « dispose sa vie ». L’amour mutuel que les disciples vont maintenir et faire vivre entre eux, sera soutenu et animé de l’interieur par l’amour de Jésus pour eux. Il n’est pas qu’une référence exemplaire, il est l’âme de l’amour mutuel des disciples.

     « Je ne dis plus que vous êtes esclaves, parce que l’esclave ne sait pas ce que fait son seigneur; mais vous, je vous ai appelé amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon père, je vous l’ai fait connaître. » Le rapport n’est plus un rapport maître-esclave, mais ami-ami. Un rapport d’égalité s’est substitué à un rapport strictement hiérarchique. Et cela, pour une raison supplémentaire à toute la circularité sus-évoquée. C’est que le cercle n’est pas clôt sur lui-même : il trouve son origine dans le père, et il mène à lui. La gratuité de l’amour de Jésus, son authenticité aussi, tient aussi à ceci qu’il n’attire pas à lui-même, mais mène à un autre. Le rapport nouveau d’amitié et d’égalité entre Jésus et ses disciples trouve son origine par le fait d’une révélation, celle de l’amour de Jésus et son père. Le premier cercle, en quelque sorte. Et révélation n’est pas ici notification, mais communication : la réalité même est non seulement notifiée, mais donnée, livrée, communiquée. Apprendre à aimer, c’est rendre concret dans la vie et dans les relations, le rapport d’amour et d’égalité qui est celui-même du père et de Jésus.

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