Vive l’amitié ! : dimanche 9 mai.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

J’ai donné déjà quelques précisions sur ce texte, notamment sur le sens des mots. Je suis frappé par les comparaisons nombreuses qui sont présentes en si peu de lignes.

Si je regroupe les passages où Jésus parle de son père, et de sa relation à celui-ci, j’obtiens ceci : « Le père m’a aimé. J’ai gardé les instructions de mon père, et je demeure dans son amour. » Cela fait ressortir, à un moment crucial (nous sommes, chez Jean, entre le lavement des pieds et l’arrestation de Jésus), ce qui est au cœur de la relation entre Jésus et son père : une relation dont le père a l’initiative -il est père !- et à laquelle il répond par l’obéissance, ou l’observation ponctuelle de ce que celui-ci lui a appris. C’est là une correspondance classique dans les Ecritures : « Dieu dit à Abraham : pars ! Abraham partit. » Pas un mot de plus, pas un mot de moins : une correspondance parfaite entre le dieu qui est à l’origine est celui auquel il s’adresse, voilà qui dessine une alliance totale. Il en est de même entre Jésus et son père.

Maintenant, si je regroupe les passages où il est question du rapport entre Jésus et ses disciples, j’obtiens ceci : «  Je vous ai aimé : demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Ces choses, je vous les ai dites afin que la joie, la mienne, demeure en vous, et que votre joie soit entière. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande : je ne dis plus que vous êtes esclaves, parce que l’esclave ne sait pas ce que fait son seigneur ; mais vous, je vous ai appelé amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. Cela je vous commande, que vous vous aimiez les uns les autres. » La relation de Jésus à ses disciples imite sa propre relation à son père, à ceci près que cette fois, c’est lui qui est est l’origine, c’est lui qui a l’initiative.

Et puis il détaille plus les conséquences pour les disciples : les voilà en passe d’être remplis de joie, les voilà au bord d’être « amis », et non plus seulement « esclaves ». Les voilà donc qui peuvent changer de statut, pour peu qu’eux aussi entrent dans cette correspondance parfaite qui imite celle de Jésus vis-à-vis de son père. Ouf ! Voilà une perspective redoutable ! Est-ce seulement possible ? Eh bien il semble que oui, et ce n’est peut-être pas aussi « compliqué » qu’il n’y paraît. En effet, « je vous ai appelé amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon père, je vous l’ai fait connaître. » Tout commence par une parole entendue, écoutée, accueillie. Deuxième étape, cette parole suscite la joie : « Ces choses, je vous les ai dites afin que la joie, la mienne, demeure en vous, et que votre joie soit entière. » Et voilà sans doute qui devient opératoire, car la joie fait agir presque sans y penser, d’un manière qui est toute naturelle. N’est-ce pas que, chaque fois que nous remercions une personne pour un bienfait, cette personne répond que la chose était « normale », « naturelle » ? Je crois que c’est exactement cela : la joie fait agir avec naturel, comme si c’était naturel. C’est sans doute cela, la « grâce » : agir comme disciple, comme si c’était naturel. Alors voilà : accueillir la parole, puis laisser la joie nous envahir, et agir en conséquence. C’est cela, être « amis » avec lui.

Et puis il y a un autre niveau, encore, qui est celui des disciples entre eux : « Ceci est l’instruction, la mienne : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. un amour plus grand que celui-là, personne ne l’a : que quelqu’un dispose sa vie en faveur de ses amis. » Ici, les disciples sont appelés à se redonner les uns aux autres cette parole qu’ils ont reçue, puisque tout commence par elle, et puisque c’est ainsi d’abord qu’ils sont aimés par Jésus. Ils sont appelés à se communiquer la joie. Et sans doute est-ce ainsi que, progressivement, nos vies se trouvent disposées en faveurs autres. Or dans ce cercle, la dimension verticale se trouve à son tour fichée, depuis le point originel : « Tout ce que vous demanderez au père, il vous le donnera. » C’est comme si, à l’aboutissement de tout, dans notre amitié même, se trouvait le lien avec le père, l’ouverture à lui, la possibilité indéfinie de lui demander -et comment ne serait-ce pas justement en faveur des amis ?

C’est étonnant : quand on lit ce passage, il a quelque chose d’éternel, d’infini, par le retour des mêmes mots, mais disposés un peu autrement, par les effets de circulation qu’il y a à travers ce texte. Il y a un premier cercle, originel : celui de Jésus et son père. Et puis il y a un deuxième cercle, celui de Jésus et ses disciples : et celui-ci vise à être comme une extension du premier. Et puis il y a un troisième cercle : celui des disciples entre eux, le plus accessible, le plus extensible, celui qui se diffuse à travers le monde avec le plus de facilité, parce que par les voies les plus simples et les plus appréciées, celles de l’amitié. Et il me semble que cela donne une portée toute nouvelle à nos « cercles », à nos amitiés. Elles sont le lieu précieux où se trouve vécu un amour qui vient d’en-haut, de tout en-haut et qui nous y ramène par des chemins de joie. Vive l’amitié !

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