Dimanche 15 juillet : témoins sans pouvoir.

Lire le texte de l’évangile sur le site de l’AELF

     Nous sommes dans la suite de l’évangile de Marc, mais c’est bien une nouvelle section qui commence : dans la quatrième partie de son œuvre où il nous montre Jésus enseignant et guérisant, Marc a d’abord bâti une première section où ces actions de Jésus se font par choix devant des situations variées et parfois des oppositions, et où ces mêmes actions mettent les spectateurs et auditeurs devant des choix à effectuer. C’est maintenant une seconde section de cette quatrième partie, avec un autre aspect des paroles et signes accomplis par Jésus : même ceux qui adhèrent sont dépassés, on ne saisit pas tout, et loin s’en faut, de ce que Jésus fait et dit. De façon significative, cette section commence par un premier temps autour des témoins : témoins choisis ou volontaires, témoins involontaires, témoins par leurs réussites ou leurs échecs, être témoin est tout aussi incompréhensible que celui dont on témoigne !

     « Et il appelle à lui les Douze et il commence à les envoyer deux à deux, et il leur donne autorité sur les esprits, les impurs. » Trois « et » rythment cette première affirmation, ces trois actions : appeler à soi, commencer à envoyer, donner autorité. Et tout, y compris la suite du texte qui entre dans les conditions de réalisation, invite à envisager ces trois actions comme trois aspects d’une seule et même action. Voilà qui invite à réfléchir : être appelé, ce n’est pas autre chose qu’être envoyé ni que recevoir autorité ; être envoyé, ce n’est pas autre chose qu’être appelé ni que recevoir autorité ; recevoir autorité, ce n’est pas autre chose qu’être appelé ni qu’être envoyé.

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     Toutefois il y a des précisions et des limites : être appelé, par exemple, ce n’est pas être appelé seul, mais bien en « corps constitué ». Pas moyen de se dire appelé sans une appartenance, sans être nommément inscrit dans un groupe constitué. Dans la  vision de Marc, l’appel vise ou concerne un collectif ; d’autre part, cet appel suit la mise en place d’institutions, il ne la précède pas. Cela prend à revers nos pratiques, où une succession d’appels individuels constitue un groupe, nécessairement alors plus « faible » que chaque individualité. Car chacun peut revendiquer contre le groupe auquel il appartient l’originalité de son propre appel. Cela pose évidemment la question : à quel groupe est-ce que j’appartiens ? Les Douze, chez Marc, sont caractérisés par leur nombre (c’est une évidence, et c’est aussi ce qui fait ce groupe unique), par le fait que Jésus les constitue « pour être avec lui et pour les envoyer », et enfin par le fait qu’ils sont tous connus (et se connaissent tous) par leur nom, dans leur diversité. Voilà des critères pour, analogiquement, découvrir les groupes auxquels nous appartenons (car il y en a toujours plusieurs !) : être plusieurs, être différents, se connaître par le nom. La tendance d’aujourd’hui à l’entre-soi, à éviter la différence, se trouve mise à mal….

     Et surtout, l’appel n’est pas un appel à faire ceci ou cela, l’appel ne concerne pas une fonction ! Il appelle à lui, le groupe constitué doit rejoindre celui qui l’appelle, simplement. Mais, direz-vous, on vient de dire plus haut qu’être appelé n’est pas autre chose qu’être envoyé ! Bien sûr, mais avec les nuances, précisions et limites que nous sommes en train de découvrir, et qui nous interdisent de généraliser comme nous avons semblé le faire au départ. Il faut dire maintenant qu’être appelé à lui n’est pas autre chose qu’être envoyé (à d’autres). Dans la mesure où je me rapproche des autres, je me rapproche de lui. L’aventure qui m’expulse de moi-même à la rencontre des autres est la mesure de ma réponse à l’appel qui s’adresse, non à « moi tout seul », mais au corps dont je fais partie, et même aux corps dont je fais partie.

     Mais ici aussi il y a des précisions : d’abord l’envoi n’en est qu’à ses débuts : « il commence à les envoyer ». Quelque chose de nouveau est inauguré ici. Et on ne peut s’empêcher de repenser à l’expérience sur laquelle la section précédente de l’évangile s’est terminée : l’incrédulité des siens, l’impossibilité de dévoiler tout son mystère à ceux qui étaient pourtant le mieux à même d’en percevoir l’originalité. Et cette nouveauté la voici : « deux à deux ». L’appel est collectif, l’envoi aussi. Qu’il s’agisse d’une fonction ou d’une simple ouverture aux autres, il y a un collectif. Être deux signifie une dépossession. Aucune mission authentique quand elle est accomplie « à ma manière » ou « comme je le sens » : il y aura échange, débat (peut-être vif), désappropriation, mise en œuvre de ce dont moi, seul, n’avait pas idée … Donc, pour aller à Jésus comme pour accomplir sa mission, je dois aussi me demander avec qui ! Et éventuellement chercher avec qui, si je veux qu’elle soit authentique.

     Dernière nuance ou limite, enfin : l’autorité reçue est sur les esprits, mais pas n’importe lesquels : sur les impurs. Nous avons déjà croisé bien des fois cet adjectif [akatharos] : l’idée est celle du « pas sans mélange », du « pas chimiquement pur ». Ce sont ceux qui ne sont pas unifiés, voire qui divisent. Aucune autorité sur les cœurs simples, ni sur ceux qui construisent l’unité, serait-ce d’une manière qui m’échappe (rappelez-vous : désappropriation !). Autrement dit l’autorité n’est pas l’instance qui confisque la construction de l’unité, mais l’instance qui combat ce qui l’empêche. L’unité quant à elle se construit, c’est l’œuvre de tous et de personne : et c’est ce qui fait qu’elle est ce qu’elle est !

     Ainsi donc, être témoin de Jésus s’envisage sous un triple aspect dont aucun n’est moins important : aller à lui, mais pas indépendamment du corps auquel on appartient et même mieux, en corps ; aller aux autres, mais avec au moins un autre, dans la désappropriation ; lutter contre la désunion, mais laisser l’unité se faire et les autres actions constructives s’exercer sans la moindre censure. Que dire de plus ? Les conditions précisées ensuite établissent la mission sous le signe de la précarité et de la dépendance. Et ce qu’ils font est la même chose que ce que fait Jésus : annonce et guérisons.

 

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