Dévoiler et unir : dimanche 18 novembre

Lire le texte de l’évangile sur le site de l’AELF

Pour situer le texte (on peut aller directement au commentaire !)

Toujours dans l’avant-dernière grande partie de l’évangile de Marc, nous sommes maintenant loin dans sa seconde section, le discours sur la fin des temps. Marc a mis en scène ce discours de manière indépendante et en deux temps : il faut garder à l’esprit que le temple est effectivement détruit en 70, lors de la guerre menée par le futur empereur Titus. Ainsi, toute cette mise en scène du discours peut être l’écho d’une actualité, ou d’un passé très récent, au moment où Marc écrit. Dans la bible, toutes les prophéties sont toujours rédigées après coup, c’est une manière de donner des évènements survenus une interprétation d’autant plus convaincante : voilà pourquoi telle chose devait arriver.

     Premier temps, un disciple admire le bâtiment-Temple au moment où il en sort avec Jésus, qui réplique du tac-au-tac par l’annonce de la destruction complète de celui-ci : c’est là un sinistre présage à l’immense portée, puisque ce temple est au centre de toute la vie religieuse du peuple d’Israël. Son sens est celui de l’habitation à jamais du dieu d’Israël avec son peuple, sa destruction signifie donc en quelque sorte la fin de l’alliance. En tous cas, c’est nécessairement la fin du culte dans la forme où il existe grâce à ce bâtiment unique.

     Deuxième temps, assis hors des murs de Jérusalem, sur les pentes du mont des Oliviers, quatre des apôtres interrogent Jésus à part sur les temps : quand cela arrivera-t-il ? Quel sera le signe que tout cela va s’achever ? On peut comprendre leur angoisse, même si savoir ne changerait pas grand chose… Et là commence un long discours ininterrompu. Quant aux signes précurseurs, le discours commence par une mise en garde, un sujet a priori si angoissant étant un terrain rêvé pour les manipulations, il continue par l’évocation de catastrophes de grande ampleur (guerres, séismes, famines), puis par l’évocation de poursuites mortelles contre les disciples, puis encore par l’évocation d’un évènement totalement contraire sur le plan religieux. Enfin, retour sur le thème de la mise en garde et de la manipulation.

     Après tout cette question des signes vient en contraste le thème de la venue du fils de l’homme, puis une conclusion en trois temps : la leçon du figuier, qui constitue le fameux signe demandé, une réponse à la question quand ? et enfin un appel insistant à la vigilance. Notre texte d’aujourd’hui est constitué par cette annonce de la venue du fils de l’homme, et par les deux premiers temps de la conclusion. Découpage bancal encore une fois. Est-ce un effet des bouleversements dont il est ici question ??

Mon modeste commentaire.

     « Mais en ces jours-là, après cette affliction… » : quand Jésus aborde le thème de la venue du fils de l’homme, il le fait en contraste avec tout ce qui précède, [alla], « Mais…« . Il s’agit bien d’une conjonction adversative, c’est-à-dire dont le but est de dire autre chose que ce qui précède. En grec, « autre » se dit [allos] : on voit nettement le rapport linguistique. Cette opposition est soulignée grâce aux deux prépositions employées immédiatement : « en » d’une part, « après » d’autre part. Ces deux prépositions, dont l’une marque une réalité dans laquelle on se trouve, l’autre une réalité dépassée, sont d’autant plus en contraste que le même adjectif démonstratif [ékéïnos] les suit l’une et l’autre, adjectif qui marque une personne ou une chose éloignée, ou célèbre, ou éminente. Nous sommes placés désormais « en ces jours-là« , « en ces jours exceptionnels« , mais « après cette pression, (ou compression, ou oppression : c’est le sens du mot [thlipsis]) exceptionnelle« , « au-delà de cette oppression exceptionnelle« .

     Je m’attarde sur ce point, parce qu’il me semble bien plus important qu’on ne l’imagine et qu’on n’y a pas assez, à mon sens, fait attention. Tout ce qui précède dans le discours énonce finalement deux choses, provoquées par l’annonce par Jésus de la destruction du temple : premièrement, il y a aura bien des catastrophes majeures, aussi bien pour l’humanité entière que pour l’intégrité des croyants, ou l’intégrité de la « religion » elle-même. C’est le cœur de la partie précédente du discours. Deuxièmement, ces catastrophes diverses et majeures seront le prétexte à de nombreuses manipulations, ou tentatives, ou à de nombreuses impostures. C’est le cadre, le début et la fin, de la partie précédente du discours. Notre « mais » prend alors une portée énorme, il fait ressortir nettement le but recherché dans cette première partie du discours : non, la fin des temps ne consiste pas en une catastrophe, ni en une série de catastrophes, quelle qu’en soit la nature. Des catastrophes, il y en avait déjà eu, et il y en a encore, et hélas il y en aura encore. Mais cela n’a rien à voir avec la fin (puisque c’est la question posée au départ), et faire croire le contraire est clairement dénoncé comme une imposture. Bonne nouvelle, [éou-ang’guélion], la fin du monde n’est pas une catastrophe !

     Marc construit en revanche cette nouvelle partie du discours, « dans ces jours exceptionnels« , à partir d’un maillage serré de citations prophétiques, tirées d’Isaïe, d’Ezéchiel, de Joël et de Daniel, qui évoquent des signes cosmiques : soleil, lune, étoiles… Là aussi, ce n’est pas un fait sans importance, bien au contraire, et à plusieurs titres. D’abord, Jésus assume une eschatologie, c’est-à-dire une doctrine de la fin. Fin est un mot à double sens : il signifie le coup d’arrêt définitif, il signifie aussi le but poursuivi. La bible, le discours prophétique en particulier, a construit peu à peu une approche du temps qui est orientée. On peut avoir une approche du temps qui soit purement cyclique : les choses recommencent indéfiniment, cycle des jours et des nuits, cycle des saisons, etc. Pas de vrai changement à attendre, juste des opportunités. On peut aussi avoir une approche du temps qui soit purement linéaire, indéfinie d’un côté comme de l’autre : les choses se succèdent depuis toujours, sans se reproduire réellement, et sans que cela mène nulle part. Un changement constant, mais sans que rien soit jamais acquis. On peut enfin avoir une approche du temps qui combine les deux, un peu en tire-bouchon, et avec l’idée d’une origine et d’un aboutissement. Une aventure unique, faite de recommencements et de nouveautés, avec sans doute une recherche à mener pour percer le secret du temps et de son sens, avec des combats à mener pour aller dans ce sens. C’est cela qu’ont construit les prophètes, et c’est cela que Jésus assume, et c’est cela que Marc nous montre avec ce maillage serré de citations prophétiques.

     Ensuite, quant au contenu de ces citations prophétiques, les évènements cosmiques n’ont pas pour sens de montrer une destruction, mais bien un renouvellement profond. C’est une nouveau monde qui est en gestation, et ce qui tombe, ce sont des « rois-soleils », des « vieilles lunes » et des « stars ». Le créateur prépare un monde nouveau, et il nous y prépare. A son initiative du début répondra son initiative de la fin : il fera émerger une autre réalité. C’est le sens des deux « alors‘, [toté] : alors, à ce moment, à ce temps précis, incluant le sens de dans l’autre cas. Ainsi donc, par contraste, on verra (clairement) le « fils de l’homme venir sur les nuées du ciel » (une vision à la portée de tous, une évidence sans obstacle), et les « choisis » seront rassemblés de toute la terre.

     Ce que je retiens, c’est la double idée d’évidence et d’unité. C’est dire que pour œuvrer dans le même sens que celui où va le monde, il faut travailler à la mise en évidence du fils de l’homme, ainsi qu’à l’unité. Et ce, quelle que soient les vicissitudes traversées. Il y a là un fil rouge auquel se raccrocher. Soit dit entre parenthèses, un agir dont le ressort est de cacher est exactement contraire à l’évangile…

Bourgeon-figuier-Acanthis

     Pour conforter ses auditeurs dans ce sens, Jésus offre une « parabole », c’est-à-dire encore une fois qu’il nous invite à un pas de côté pour mieux saisir l’évidence. Et c’est le figuier. « Dès que sa branche devient tendre et que poussent les feuilles, vous connaissez que proche est l’été. » Pour ceux qui ont tant de choses à faire, ils s’aperçoivent soudain que c’est l’été, qu’il y a des feuilles aux arbres, qu’il fait plus chaud. Mais pour ceux qui guettent, qui attendent, le verdissement du bout des branches des figuiers, l’éclosion des bourgeons en feuilles, sont le signe de la poussée de sève, secrète à l’arbre, et due à des changements que l’homme ne perçoit pas encore mais auquel le végétal est déjà sensible.

     Nous est-il donc recommandé d’observer les figuiers ? Pas tout-à-fait : c’est une analogie. « De même, vous aussi : quand vous verrez ces choses en train d’arriver, vous connaîtrez que c’est tout proche, aux portes. » Les disciples voulaient les signes annonciateurs d’une catastrophe : ils se retrouvent avec un appel à guetter les débuts de la manifestation du fils de l’homme et du rassemblement, de l’unité, des croyants. Et sans doute pas seulement à regarder, mais à œuvrer eux aussi : là est la début d’un nouveau monde, de ce vers quoi marche infailliblement le monde, même si c’est par des chemins qui semblent largement détournés. On comprend qu’il y a là un appel à la foi ! Et aussi un appel à l’implication, pour combattre les calamités ou y mettre de l’humanité, pour transformer le monde avec ces repères simples. « Amen je vous dis : cet âge ne passera pas avant que tout cela n’arrive. » Et en effet, le fils de l’homme sera visible sous peu contre les nuées, élevé qu’il sera sur la croix, entre ciel et terre, au vu et au su de tous. Et c’est dès ce moment que commence ce nouveau monde.

     L’heure ? Le moment ? Là, Jésus ne donne pas de réponse, ce n’est pas dans sa mission. C’est l’initiative du Père.

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