Les portes d’Hadès : dimanche 23 août.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Une fois encore nous sautons plus loin dans l’évangile selon S. Matthieu : il faut pourtant tenir compte de ce qui se passe entre temps, pour saisir la question que pose Jésus à ses disciples. J’ai déjà re-situé ce texte dans son contexte, notamment celui d’un polémique grandissante avec les Pharisiens, et ai commenté ce questionnement de Jésus ainsi que la réponse que fait Simon-Pierre. Je m’étais en revanche arrêté au seuil de l’initiative que prend Jésus à l’égard de Simon-Pierre.

Je m’étonne cette fois-ci de la manière dont Jésus parle de « son Eglise« , ou « son assemblée« , en ajoutant « et les portes d’Hadès ne l’emporteront pas sur elle. » Cette histoire d’Hadès est fort inattendue, en vérité. Il y a d’autres mots en grec pour nommer les morts, ou la mort. Mais pourquoi y aurait-il une rivalité, voire une  combat, entre l »assemblée de Jésus, (« l’Eglise ») et l’Hadès ?

La_puerta_del_Infierno_

Faisons tout de suite justice de cette histoire de portes. C’est une expression biblique, un hébraïsme : « Ta descendance possèdera la porte de ses ennemis » (Gn.22, 17), promesse faite à Abraham, signifie qu’elle en « occupera les places fortes« . De même, quand Samson s’échappe de Gaza en emportant ses portes, c’est bien un symbole de victoire totale. Car les portes permettent le contrôle d’une cité, elles régulent la vie des hommes qui lui appartiennent. Jésus en vient à dire lui-même : « Je suis la porte des brebis » (Jn.10, 7.9). Donc il s’agit ici de la puissance d’Hadès, de son pouvoir de régulation sur ceux qui appartiennent à sa cité.

Mais que vient faire Hadès ici ? Hadès, c’est le frère de Zeus, chargé par lui de régner sur le monde souterrain. A lui les mines, les richesses du sous-sol, mais aussi le contenu des volcans, et surtout le monde des morts, les ombres, ce qui reste de chacun une fois la mort survenue. Et dans ce sens, les portes d’Hadès sont surtout à un seul sens : on les franchit pour entrer, selon un processus que tous connaissent. Mais on ne les franchit pas pour sortir, et telle est bien leur fonction principale : empêcher que les morts ne reviennent ! Car c’est là la terreur des vivants… Hadès, donc, rassemble en son royaume, dans ses portes, tous les vivants, tous ceux qui l’ont été, pour autant qu’on leur ait rendu les honneurs funèbres -faute de quoi les morts sont condamnés à errer à la surface, et justement ils viendront tourmenter ceux qui auraient dû leur rendre ces honneurs jusqu’à obtenir satisfaction.

Cela veut dire que les portes d’Hadès rassemblent potentiellement tous les hommes, sans aucun exception, puisque tous meurent. Je reviens donc à ma première question, à mon premier étonnement : pourquoi y aurait-il conflit, combat, affrontement, entre l’assemblée de Jésus et les portes d’Hadès ? Les humains ne sont-ils pas membres de l’assemblée de Jésus tant qu’ils vivent, pour avoir entre eux des relations fraternelles, œuvrer à transformer le monde, vivre de la charité, puis une fois morts ne deviennent-ils pas membres de cette autre assemblée, celle d’Hadès ? Mais non : il va y avoir conflit, et nous savons bien pourquoi. L’Eglise de Jésus, son assemblée, a une autre prétention, c’est d’être définitive, de ne pas laisser ses membres dans la mort ! Il va falloir qu’Hadès ouvre ses portes pour les laisser partir, ce qu’il n’a jamais fait (sinon pour Orphée, mais qui y est entré vivant, et qui n’est pas parvenu à en tirer son Euridyce !).

La manière dont la chose est exprimée par Matthieu donne vraiment le sentiment que tout se passera d’une manière tellement impérieuse, que les portes d’Hadès, que la puissance d’Hadès, ne pourra rien. L’assemblée que Jésus va fonder (car cette parole est, à la base, au futur, ne l’oublions pas !) sera à ce point unifiante que nul ne pourra en être arraché ou cesser d’en faire partie. Aucun Cerbère ne pourra empêcher un membre mort d’y revenir, de cesser d’y appartenir. Comment cela se fera-t-il ? Par la résurrection de Jésus, justement : d’où le futur. C’est dans sa mort et sa résurrection que s’établira la victoire sur les portes d’Hadès.

Je tire de là deux pensées réconfortantes. La première : il me semble que cela nous invite à ré-évaluer le poids que nous accordons à certaines choses. Par exemple, en cette période de COVID, la pensée de la mort rôde, elle nous hante, elle tend à nous dicter nos comportements. Autant il me semble juste de ne jamais faire en sorte de mettre la vie d’un autre en danger (et donc de veiller pour les autres à ne pas être vecteur de virus), autant il me semble que la préservation de sa propre vie est moins importante que la construction de l’unité, que le lien à garder avec les autres, avec ceux que l’on aime. Et si du coup, moi, je contractais le virus ? Bien sûr, c’est un risque : mais que serait ma vie, quel sens aurait-elle, si vivre a pour condition de ne plus avoir de lien avec ceux que j’aime ? C’est ainsi que les portes d’Hadès seront moins fortes dans ma vie que l’assemblée de Jésus.

Deuxième pensée : il me semble qu’on ne peut pas être membre de l’assemblée de Jésus (l’Eglise) et avoir des tendances à en exclure d’autres, quel qu’en soit le prétexte. Quand même l’Hadès ne peut garder ses morts, qu’il est obligé de les céder sans coup férir à l’Eglise, comment celle-ci pourrait-elle se construire par la moindre exclusion ? Ce serait tout-à-fait antinomique ! Et je comprend que les clés dont il est question juste après sont des clés pour ouvrir et délivrer, desc lés pour que nul ne puisse s’arroger le pouvoir de refermer.

2 commentaires sur « Les portes d’Hadès : dimanche 23 août. »

  1. Merci Benoit de ton commentaire passionnant comme toujours,
    Une idée pour dans 3 ans, préciser le lien avec la dernière phrase et sa signification « Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » ….ton recours au grec pourrait peut-être en changer la compréhension, la phrase me parait illogique ….et de quelle notion de lien est-il question ? lien qui unit, lien qui emprisonne ??? le grec aide-t-il ? Et pour ce texte qui semble si connu, cela reste une immense interrogation …

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