A quand le vrai changement ? : dimanche 27 septembre.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Notre texte est constitué en deux temps assez distincts, qui dépendent en fait d’un autre qui les précède : je me suis déjà expliqué là de-dessus et j’invite qui veut avoir une vue générale de notre passage à lire patiemment l’explication que j’en ai proposé ici.

Il me semble que ce petit passage est d’une grande actualité : il y a beaucoup de tension aujourd’hui dans l’Eglise à cause de cette question de « faire la volonté de Dieu ». Des personnes remettent en cause jusqu’à la plus haute autorité sous prétexte qu’elle opérerait des changements et que ces changements ne sont pas « ce que dieu veut ». Or précisément, la petite parabole que propose Jésus ne parle que de cela, de changer.

Dans la petite parabole, le premier des fils, celui qui dit « Je ne veux pas« , change d’avis. [métamélomaï] a le sens de se repentir, c’est un mot qui vient du verbe [méloo] qui porte l’idée du soin que l’on prend, que l’on apporte. Mais là, ce verbe est à la voix moyenne, qui marque l’implication du sujet, et précédé du préverbe [méta-], après : on voit se dessiner dans le mot lui-même l’idée d’un intérêt impliquant, mais après coup. C’est bien un changement d’avis, et peut-être pas seulement intellectuel : un changement d’intérêt, une manière de se commettre tout entier mais dans un deuxième temps.

L’autre fils dit « oui oui », mais il fait le contraire. On pourrait croire qu’il y a aussi changement, mais dans l’autre sens. Or pas du tout : si le premier prend le temps (et il y a le mot « après« , on ne sait d’ailleurs pas si c’est tout de suite après ou bien longtemps après : manifestement ce n’est pas du tout l’important !), le second enchaîne : le décalage entre les mots et les faits est immédiat. Les mots lui servent de prétexte à ne pas faire, son action est exactement contraire aux mots qu’il prononce.

Suite à cette parabole, Jésus demande à ses interlocuteurs qui a fait la volonté du père : la réponse est immédiate, le premier. Mais alors il les compare eux-mêmes aux publicains et aux esclaves que l’on prostitue, affirmant que ces derniers et dernières « vous poussent dans le royaume des cieux« . Pourquoi ? Parce qu’ils et elles ont cru à la prédication de Jean-Baptiste. Or eux ne veulent toujours pas croire : quand Jésus immédiatement auparavant leur a demandé d’où était le baptême de Jean, ils ont éludé la question par un « nous ne savons pas« , par peur de dire leur vraie conviction, à savoir qu’il n’était pas « de dieu« . Peur, parce que ce sont justement les réactions de personnes comme les publicains et les prostituées, et beaucoup d’autres encore, dont les grands-prêtres et les anciens craignent la réaction.

Ainsi donc, ce que Jésus débusque, c’est que ces prétendues « autorités religieuses » n’ont pas le courage du vrai, elles préfèrent assurer leur pouvoir et leur autorité en caressant le peuple dans le sens du poil ! Leur refus de croire les met dans une situation où elles sont bousculées : c’est exactement la stratégie de l’entrée à Jérusalem, c’est-à-dire montrer que le peuple tout entier adhère pour entraîner ses chefs. Mais ça n’a pas marché : « ce que voyant, vous n’avez pas changé d’avis, après, pour le croire« . La foi authentique aurait consisté à changer d’avis, à changer de sentiment. Mais non, grands-prêtres et anciens demeurent raides dans leur pensée et leurs convictions.

Gerard van Honthorst, Le Christ devant le Grand-Prêtre (1617) huile sur toile 272 x 183, National Gallery, Londres. Le grand prêtre, assis, immobile, installé, indique le ciel pour juger le Christ. Mais c’est de nuit, car il a peur de la lumière, la vraie. Et au-dessus de lui, prenant un bon tiers de la toile, le ciel est vide.

C’est cela, je trouve, qui est tellement d’actualité : le peuple chrétien, dans son immensité, aspire à bien des changements, il attend une parole où l’évangile parle au monde moderne. Pas forcément pour le conforter (la parole du Baptiste est un appel puissant à la conversion, justement), mais pour rejoindre le monde contemporain. Pour aborder les question qui sont aujourd’hui essentielles : le rapport à la planète, la fraternité avec les millions de déplacés, les terribles déséquilibres sociaux et financiers, le pouvoir illimité de l’argent. Mais non, certains continuent de camper sur des positions « de toujours », sans se préoccuper le moins du monde de ce qui est attendu. Seule la « loi », la « règle », immuable, compte. Et malheur à qui parait y contrevenir, fut-il le grand chef.

Les publicains et les prostituées, au moment où Jésus parle, sont toujours des publicains et des prostituées. Et c’est cela le drame. Le changement de leur condition ne dépend pas que d’eux ni d’elles. Les publicains, qui spéculent sur la puissance militaire romaine, certes s’en mettent plein les poches mais ils sont aussi dans un système qui se pérennise de lui-même et que nulle autorité ne vient dénoncer et contester. Les esclaves prostituées, qui sont contraintes d’être le jouet de ceux qui les « utilisent », et le payent parfois de leur vie, sont elles aussi dans un système que nulle autorité ne vient dénoncer ni contester. Ces deux genres de parias, à deux extrémités opposées de l’échelle sociale, dénoncent l’inaction, la démission même, des autorités religieuses, mandatées pour autre chose. Oui, plus que jamais, il me semble que nous attendons une parole collective aussi bien sur la puissance financière que sur les drames de l’oppression humaine. Un changement d’attitude, une vraie conversion des responsables. Et tant qu’ils ne changent pas, la suite de l’évangile nous fait voir que c’est le Christ lui-même qu’ils jugent.

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