Venez tous ! Ouvrez-vous à tous ! : dimanche 11 octobre.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder cette parabole, de la situer, et de tenter d’en suivre le mouvement à partir de ce qu’est un mariage oriental -princier qui plus est, ici.

Je suis frappé cette année de la « déviation », de l’infléchissement, que semble subir cette parabole en cours de route ! Car, s’adressant une fois encore aux grands prêtres et aux pharisiens, on voit bien que tout les vise dans disons les deux tiers de la parabole : ils sont invités, réinvités, priés de se rendre, jusqu’à ce que finalement, dans l’imminence de la célébration de ce mariage, le rois ordonne à ses serviteurs d’aller par les chemins inviter « tous ceux que vous trouverez« . Jusqu’à ce point-là, tout est bien clair : ce sont eux qui se refusent encore à répondre à l’appel répété de tous les serviteurs envoyés par le grand Roi pour les noces de son fils. Et la conclusion serait limpide si on s’en tenait là : restez disponibles pour l’invitation du grand Roi, ne refusez pas son invitation, ou bien finalement il se détournera de vous. Cela invite à réfléchir à sa propre disponibilité, à tous ces moments de notre vie qui sont peut-être des invitations venue d’en-haut, mais qui exigent de notre part que l’on quitte pour y répondre ce que l’on est en train de faire, ce qui nous préoccupe à l’instant, ce que nous nous étions proposés de faire. Ces moments sont tellement nombreux, simplement dans une vie de couple !

Mais à partir de ce moment, la parabole prend une autre direction : le roi entre observer les convives, en trouve un qui est venu mais sans se disposer, et il se fait rejeter. Manifestement, le roi ne veut personne qui soit là par contrainte, contre sa volonté : si l’on n’est pas disposé, si l’on n’entre pas avec son cœur dans la fête, mieux vaut ne pas être là. Et à l’issue de cela, il y a cette conclusion qui sonne de manière à être retenue d’un seul coup (indice de son authenticité !), mais qui n’est pas si simple à comprendre -du moins pour moi : [polloï gar éïsin klètoï, oligoï dé ékléktoï]. Allons-y doucement.

[gar], c’est car ou en effet. [éïsin], c’est sont. [dé], c’est un de ces petits mots qui marquent une étape dans la pensée, pas vraiment une opposition mais qu’un membre de phrase affirme un autre aspect des choses. Nous voilà donc avec deux affirmations en miroir, dont la forme est tout-à-fait semblable, sinon que la deuxième fait l’élipse de [éïsin], sont. Deux mots se répondent parfaitement, ce sont [polloï] et [oligoï], beaucoup et peu. On a donc pour le moment, « Beaucoup en effet sont [klètoï], quand peu (sont)[ékléktoï]. » Nous reste à regarder de plus près ces deux mots qui sont mis en miroir.

[klètoï] est le pluriel de l’adjectif [klètos] qui signifie appelé, convié, invité, convoqué, et parfois même choisi. [ékléktoï] est le pluriel de l’adjectif [éklektos] qui signifie choisi, remarquable, d’un caractère particulier. Les choses se compliquent, ces deux adjectifs sont presque interchangeables !!! Il va nous falloir aller plus loin…

[klètos] est de la famille du verbe [kaléoo], qui signifie fondamentalement appeler, par son nom ou autrement : convoquer, inviter, nommer, mander. Le verbe se combine avec une foule de préverbes, mais il porte toujours cette idée d’appel lancé et visant quelqu’un en particulier, une ouverture manifeste faite par une personne en direction d’une autre.

[éklektos] vient du verbe [ek-légoo] : [légoo] c’est à la base rassembler, cueillir. C’est de là que vient le sens, plus courant pour ce verbe, de dire : on voit bien l’idée, pas seulement parler, mais choisir ses mots, construire sa pensée et sa parole. Avec le préverbe [ék-] ou [ex-], on a bien l’idée de cueillir parmi, de sélectionner dans un plus vaste ensemble. Ainsi, l’anglais out-picked correspondrait assez bien à [éklektos] ; en français, j’aime assez sélectionné. Ce peut-être par l’effet du choix d’un autre, ce peut être aussi parce qu’une personne ou une chose se distingue, se détache d’elle-même, qu’elle est outstanding. Finalement, c’est l’idée de sortir du lot.

Dans notre parabole, Le premier mot revient bien des fois: les serviteurs sont envoyés appeler les déjà-appelés, plusieurs fois. Ceux-ci, les invités, sont toujours désignés ainsi, même quand c’est pour conclure qu’ils n’étaient pas dignes. Le nouvel ordre donné aux serviteurs est bien d’aller sur les chemins pour appeler ou inviter aux noces quiconque sera rencontré : c’est toujours le mot [kaléoo] qui revient sous diverse formes, avec divers dérivés. L’autre mot n’apparaît jamais. Alors comment comprendre ? Il y a pourtant un indice, et plutôt fort en fait : les invités sont nombreux, à travers toute la parabole : ce ne sont pas toujours les mêmes, mais en effet ils sont nombreux, au point que « la salle fut remplie de convives« . Peu nombreux en revanche, et même réduits à un seul, sont ceux qui sont out-picked, remarqués ou retirés : un seul, en fait, qui n’avait pas l’habit.

Alors sans doute faut-il comprendre cette conclusion comme une évidence, et ne plus se laisser tromper par l’habituel « Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus« , qui est …. sibyllin !!! Non, il vaut mieux traduire : « Beaucoup en effet sont invités, quand peu sont retirés« , ou en collant un peu moins au texte : « La multitude est invitée, et très peu seront rejetés« . Une conclusion très optimiste, très large, qui invite à avoir le cœur tout aussi large.

Au fond, c’est le rapport à l’autre qui est déterminant, et sans doute révélateur. L’appel lancé par le dieu, le grand Roi, est une ouverture à tous. C’est une affirmation qui prend toujours à rebours ceux qui ont une approche avant tout exclusive, ceux qui voudraient sélectionner. La parabole précise même que dans la salle de noces sont « les bons et les méchants« , une chose que les oreilles des pharisiens et des grands-prêtres ne pouvaient entendre ni admettre. Vouloir entrer dans le royaume ne peut consister à sélectionner les « bons » ou rejeter les « mauvais » : il faut au contraire se préparer à côtoyer des voisins tout-à-fait surprenants ! La seule chose qui pourrait empêcher d’entre, ou plutôt qui pourrait provoquer le rejet, c’est l’absence d’adhésion, la non-ouverture à la fête, à toute cette foule bigarrée et grouillante, pas différente et pour cause de celle que nous croisons à tout instant sur nos chemins. Car ce sont biens touts ces hommes et ces femmes qui sont par les chemins, par nos chemins, qui entrent dans le royaume, sans exclusion aucune. Rien qui nous prépare mieux à la vie du royaume que ce tout-venant de tous les jours ! Quelle merveille !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s