Chercher un sens à la mort : dimanche 21 mars.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Le texte, toujours tiré de l’évangile de Jean, qui nous est donné aujourd’hui est un texte en deux temps. J’avais commenté le premier temps il y a trois ans, et je devrais m’attaquer cette fois-ci au deuxième temps du texte.

Je voudrais tout de même revenir sur un point de ce premier temps où des « Grecs » (c’est-à-dire des pélerins venus au temple de Jérusalem depuis le monde hellénique -de la Grèce et ses environs ou de l’Asie mineure, ou encore d’Alexandrie et ses environs, bref de n’importe où dans l’Est du bassin méditerranéen, et peut-être même de plus loin puisque le grec est à cette époque parlé partout, mal, un peu comme l’anglais aujourd’hui-, et donc sans doute adeptes eux aussi de la religion juive), où des Grecs, donc, veulent « voir Jésus« , et où celui-ci réagit à cette demande. Il dit notamment dans sa réponse : « si la graine de blé en tombant dans la terre ne meurt pas, elle demeure seule; mais si elle meure, elle porte un fruit immense.« 

Je voudrais m’y arrêter un moment, parce qu’il me semble que cette parole a une terrible actualité. Je veux dire qu’avec la pandémie que nous subissons, la mort est revenue d’actualité. On ne peut pas en éviter la réalité, sauf à se boucher les yeux pour ne pas voir. Et cela nous ramène à questionner son sens, sa portée. Terrible question, qui nous amène à considérer ce qui se passe quand on meurt… ou à se demander s’il se passe quelque chose, ou si justement il ne se passe plus rien. Je suis quant à moi extrêmement choqué par la violence des protocoles hospitaliers, dans ces moments-là : une personne se retrouve en réanimation et, même consciente, ne peut plus voir aucun de ses proches ! Et comment se dire au-revoir ou adieu ? Comment aborder la séparation définitive, si l’on prend conscience qu’elle est probable ou inévitable ? Quel sens peut bien avoir ce moment, quand on est déjà séparés ? Et l’on pourrait sans doute multiplier les descriptions de situations….

La métaphore filée ici est celle de la graine de blé. C’est le processus mainte fois observable et sur lequel compte l’agriculteur, et non seulement lui mais tous ceux qui espèrent manger à leur faim. Une partie du grain est mangée, une autre est gardée pour être jetée en terre, semée, de sorte qu’elle produise une talle, c’est-à-dire un groupe de tiges qui vont porter à leur tour des épis. C’est-à-dire qu’une graine va en produire « trente, soixante, et même cent pour un« , si l’on s’en tient à la parabole du semeur. Les rendements d’aujourd’hui, m’avait dit il y a plusieurs années un ami qui travaillait dans l’expérimentation agricole, peuvent atteindre trois cent grains pour un. C’est énorme. Et cela veut dire que pour une graine perdue, jetée en terre au lieu d’être broyée en farine puis consommée, combien de personnes vont pouvoir tirer leur subsistance…!

Vous me direz : justement, cette graine n’est pas perdue puisqu’elle produit ! Vision de celui qui adopte ce système ; mais pour la graine, si l’on prend son point de vue, si : elle est perdue. Cette graine-ci meurt. Elle est vidée de tout ce qu’elle contient. Ce même ami avait tiré pour moi de la terre une talle de blé qui portait déjà du grain, en la déterrant soigneusement : on voyait très bien encore, à la base, les deux côtés de la coque désormais vide, complètement vidée, qui ne restaient là que comme des vestiges de leur contenu.

Ce qui reste d’un grain de millet…

La formulation par Jean de cette observation somme toute très commune est insistante, il dit « en tombant dans la terre » avec une préposition dynamique, qui signifie « entrer dans ». Par là même, il reprend la manière dont il parle souvent de la venue de Jésus lui-même. On sait bien que pour lui, la mise en croix a une portée symbolique très forte, très différente de ce qu’eût été la lapidation à laquelle l’accusation de blasphème de la loi juive condamnait Jésus. La lapidation l’ensevelissait sous les pierres, le cachait, le recouvrait. Mais la loi romaine l’élève, le fait monter au contraire, le montre à tous sur un poteau de condamné. Et Jean ne cesse d’y voir le début de son ascension, de son retour vers son père, vers son « ciel ». Être « jeté en terre » comme le grain de blé, c’est ce qui se passe pour lui dans le fait d’être « venu », « et le Verbe s’est fait chair…« . C’est là qu’il a pris la mortalité. Mais le moment même de la mort, c’est déjà la tige qui remonte vers le ciel. Les deux mouvements sont simultanés, perdre la vie et commencer son retour.

Il me semble que tout cela peut éclairer ces moments si douloureux et dramatiques que vivent nombre d’entre nous. Eclairer ne veut pas dire rendre moins dramatique ou moins douloureux. Eclairer, c’est seulement jeter une lumière, aider à voir. Une mort peut porter du fruit. Si la chose est vraie d’un grain de blé, elle peut être vraie d’une personne humaine. Parce que pour une personne humaine, sa mort n’est pas un seul moment, n’est pas l’instant T où les machines ne perçoivent plus de signal électrique de l’organisme. La mort est un processus en jeu dès notre naissance, dès que nous avons été nous aussi « jetés en terre ». Elle est à l’œuvre en nos vie déjà de bien des manières, chaque fois qu’un peu de nous devient coquille vide, se vide un peu, pour que d’autres vivent, ou vivent un peu plus. On peut atteindre le moment de sa « dernière mort »en étant déjà mort bien des fois, de bien des manières. C’est peut-être cette prise de conscience qui peut aider à aborder ces moments si difficiles. Le grain de blé est bien mort, mais on pourrait dire aussi que sa vie a passé dans la talle qui en est issue, et de là dans bien d’autres encore. C’est une diffusion. Et peut-être que ce qui compte, c’est de s’être diffusé.

Bon, j’ai déjà été long, et je me rends compte que je n’ai même pas commencé d’aborder la deuxième partie du texte, celle qui commence à « Maintenant ma vie est ébranlée, et que dirais-je ?… » Je crois qu’il est plus raisonnable de remettre cela à la prochaine rencontre de ce texte. Pardonne-moi, cher lecteur !

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