A la rencontre de l’espérance (dimanche 12 décembre).

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Dans la suite (ou presque) du texte de la semaine passée, Luc nous met en présence du Baptiste dans l’exercice même de son ministère et dans son contact avec les foules. J’ai situé ce texte et l’ai commenté dans son ensemble sous le titre Justice sociale urgente.

Replaçons-nous dans la perspective générale selon laquelle ces textes sont choisis et nous sont donnés : ils dessinent et creusent une attente, celle d’une apparition ou d’une révélation comme nous l’avons découvert il y a deux semaines. Ce qui est donné à notre attente, c’est l’apparition du « Fils de l’homme » à travers toute créature, nous-même y compris. Et pour nous approprier cette attente, pour qu’elle trouve sa place au milieu de tous nos désirs (car nous sommes des êtres de désir, n’est-ce pas ?), Jean-Baptiste apparaît avec un message qui réveille nos attentes, qui les délivre en quelque sorte en nous remettant sur la piste d’un avenir possible et grand ouvert.

Manifestement cela fonctionne, puisque « les foules » l’interrogent. Et la question éveillée en elles, c’est « Que ferons-nous ? » Tout de suite, le désir réveillé veut se traduire en actes. L’attente qui se construit en nous en ces temps particuliers, ce n’est pas une attente passive, une attente de spectateur plus ou moins dans la crainte de ce qui pourrait survenir ; mais c’est une attente active, une attente d’acteur. L’espérance est une chose qui se construit : s’il s’agit d’une rencontre, il s’agit d’aller nous aussi à la rencontre, autant qu’il nous est possible. « Que ferons-nous ? » Ce « faire » est créatif, le verbe [poïéin] a donné notre « poésie« , c’est un « faire » qui fait du neuf, qui réorganise, qui fait apparaître et révèle lui aussi des réalités. L’énergie et l’envie sont donc là, bien réveillées : mais pour faire quoi ?

L’œuvre essentielle à laquelle invite le Baptiste, c’est l’égalité. C’est le partage. C’est la solidarité. Ouvrir les yeux pour s’apercevoir qu’il y a des inégalités : concrètement, qu’il y a des choses que j’ai, dont je dispose, et qu’un ou une autre à côté de moi n’a pas. Prise de conscience. Jean-Baptiste est très concret, il parle de vêtement et de nourriture, deux besoins fondamentaux. Autrement dit, son premier critère est dans les besoins vitaux de l’autre. Sans doute parce qu’une vie ne vaut pas plus qu’une autre vie (n’en déplaise aux assurances !), et que sur ce terrain je m’aperçois plus vite non seulement des besoins de l’autre mais du titre qu’il a à être aidé et secouru.

Le vêtement appelle sans doute aussi ce qui relève de la dignité : car le vêtement en est bien souvent le signe, le symbole. C’est le sens des uniformes ou des tenues particulières, soit qu’elles indiquent une fonction, soit qu’elles indiquent un statut. Nous changeons de vêtement selon les circonstances, ne mettons pas les mêmes selon les occasions ou selon les activités. Avec le mot employé par Luc, on vise plutôt la « tunique« , soit le vêtement de dessous, celui qui, dans l’antiquité, reste le même quelles que soient les circonstances, et par-dessus lequel on revêt éventuellement un autre vêtement. Il s’agit de la dignité « de base« , celle sans laquelle on n’est plus un humain. Jean-Baptiste nous appelle à agir dans le sens d’une meilleure reconnaissance par nous de la dignité de chacun.

« La charité de saint-Martin », cathédrale Saint-Gatien, Tours.

La nourriture, quant à elle, appelle tout ce qui donne force, vie, santé. C’est tout ce qui est assimilé par un être pour qu’il ou elle le transforme en soi-même. L’appel du Baptiste peut être aussi bien à partager notre avoir que notre savoir, que l’énergie qui nous anime, ou les passions et l’amour qui nous font vivre. En fait, si je me demande ce qui me nourrit, au sens le plus large possible, cela m’ouvre un champ immense pour regarder ensuite autour de moi et découvrir ce dont d’autres, peut-être, manquent.

En fait, ces mots du Baptiste nous apprennent aussi à recevoir. Car ses mots sont adressés à la foule, c’est-à-dire à une multitude de personnes. Parmi celles-ci, il y en a qui, en s’examinant ainsi, ont réalisé qu’elles avaient des choses que je n’ai pas, et souhaiteraient les partager avec moi : je perçois grâce au Baptiste ma richesse, mais aussi mon indigence, et je suis invité à m’ouvrir aux bienfaits apportés par d’autres, offerts gratuitement, à ne pas rester dans une auto-suffisance trompeuse, ce qu’on appelle justement la « suffisance » au sens moral.

Et soulignant que ces mots sont dits à une foule, force est de comprendre qu’ils doivent aussi recevoir une interprétation collective : un ensemble de personnes est aussi doué d’un certain nombre de biens qui le rend susceptible de partage. Les inégalités sont aussi des groupes entre eux, des peuples entre eux. A l’aune de cette invitation de Jean-Baptiste pouvons-nous regarder aussi notre attitude collective vis-à-vis des migrants, des réfugiés en particulier. Et là, force est de constater à notre honte que nous ne sommes pas, mais alors pas du tout, dans le partage ni la solidarité ! Le constater ne suffit pas : il faut agir : « Que ferons-nous ?« 

Je ne peux pas m’empêcher de noter que nous entrons, en France, dans une année électorale décisive. Je sais que tous mes lecteurs ne sont pas en France, mais beaucoup d’entre eux (pas tous hélas) auront à faire face aussi, à plus ou moins brève échéance, à des élections. Or, glisser son bulletin dans l’urne, c’est aussi agir. Les choix de société qui sont les miens et qui déterminent mon vote à ce moment-là relèvent aussi de l’appel de Jean-Baptiste à l’égalité et à la solidarité. Je ne fais campagne ici pour personne, mais je dis que l’évangile ne peut pas rester en dehors de mes critères de réflexion à ce moment-là. J’aurais aussi à en répondre au jour du jugement. Je ne peux pas déplorer certaines actions de mon pays puis les oublier dans ce choix-là. Bien sûr, nous savons tous qu’aucun candidat ne correspond jamais à l’ensemble de nos choix. Mais nous avons un devoir très exigeant de repérer en ces matières ce qui relève pour nous de la priorité ou non, afin de choisir ce qui en premier lieu nous paraît important. C’est une des actions importantes que nous avons la chance (la grâce) de faire pour aller à la rencontre du « Fils de l’homme », pour le faire advenir et apparaître mieux dans notre société et notre vie collective.

Je me rends compte que ces mots de Jean-Baptiste recouvrent les premiers de Jésus quand, dans l’évangile de Matthieu, il évoque le jugement : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez accueilli ; j’étais nu et vous m’avez habillé.. » (Mt.25,35-36). D’un bout à l’autre, les critères et les moyens d’action sont décidément les mêmes. Notre attitude vis-à-vis des autres est absolument décisive. Et cela vaut pour tous : même les « taxateurs« , même les « soldats« , c’est-à-dire ceux qui sont plus au service de la puissance étrangère que « de la foule » ou du peuple, demandent quoi faire, et reçoivent une indication. Tous les humains, quels que soient leurs rapports au peuple du dieu, sont réveillés dans leur espérance et trouvent une voie pour la rendre active. N’est-ce pas magnifique ?!

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