Appel à sortir : dimanche 3 mai.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Pour situer le texte :

     Nous retournons dans l’évangile de saint-Jean. Je ne m’habituerai jamais à ces va-et-viens incessants d’un univers à un autre… Nous sommes à la suite de l’épisode de l’aveugle-né, que nous avons rencontré il y a peu de temps. Jésus vient d’accueillir cet ex-aveugle que les Pharisiens ont jeté dehors, précisément parce qu’ils ne voulaient pas reconnaître que Jésus ait pu le guérir. Ce dernier file maintenant un discours où il est justement question de berger et de brebis, mais aussi et peut-être d’abord d’entrer et de sortir. Je dis « d’abord », parce que lien logique avec ce qui précède est là : on n’a pas laissé entrer un homme, on l’a même rejeté de la synagogue. Voici donc comment Jésus procède à propos de faire entrer.

     Ce discours est fait d’une première comparaison mais dont la portée n’est pas saisie (Jn.10,1-6) : elle est suivie alors d’un  double développement, le premier sur le thème de la porte (vv.7-10), le deuxième sur le thème du berger (vv.11-18). Ce discours supplémentaire entraîne néanmoins des dissensions plus grandes encore parmi les auditeurs (vv.19-20). La même thématique sera reprise, mais en plein hiver, avant que Jésus ne préfère s’éloigner de Jérusalem parce que les nouveaux développements conduisent à vouloir le lapider pour blasphème. Nous avons, dans notre texte d’aujourd’hui, la première comparaison et le premier développement sur la porte. Un découpage purement quantitatif, et non pas eu égard au sens (mais qu’importe, nous sommes habitués). Pour les curieux, j’avais déjà commenté ce passage il y a trois ans, sur le thème de entrer et sortir. Je voudrais cette fois ne m’attacher qu’à la première comparaison.

Mon modeste commentaire :

     « Amen amen je vous dis :… » La formule est solennelle. C’est la formule des révélations. Mais pourquoi maintenant une révélation ? Que s’est-il donc passé de si extraordinaire qui conduise maintenant à une découverte, à une nouveauté insoupçonnée ? C’est que les Pharisiens viennent de « jeter-hors dehors » [ekbaloo exoo] celui qui, né aveugle, voyait maintenant. Lui ne pouvait pas voir, et maintenant il voit ; mais eux ne voulaient pas voir qu’avant il ne voyait pas. Sur le moment, Jésus en a conclu paradoxalement : « C’est pour un jugement que je suis venu en ce monde : que les non-voyants voient, et que les voyants deviennent aveugles. » Mais ce paradoxe en cache un autre : c’est parce qu’il a été jeté dehors, à l’extérieur ([exoo]) de la synagogue, que cet homme a vu Jésus pour la première fois. Il l’avait rencontré alors qu’il était aveugle, et sans qu’il demande rien, Jésus avait fait d’inhabituelles manipulations et l’avait renvoyé pour qu’il aille se laver : et là, il avait recouvré la vue.

     Il y a là un parallèle très étonnant, il semble en effet que chaque fois que cet homme est renvoyé, il en tire bénéfice. La première fois, Jésus le renvoie : et il recouvre la vue. La deuxième fois, les pharisiens le renvoient, et il voit Jésus et se prosterne devant le « Fils de l’homme » en confessant sa foi. Etre exclu de la synagogue, c’est grave. Cela veut dire que, par décision des autorités compétentes et légitimes, quelqu’un est exclu de la communauté du peuple porteur de la promesse, du peuple de Dieu. Il est exclu de la communion divine, qui a priori est établie à jamais avec ce peuple. Terrible sanction. Mais ces deux « renvois », celui de Jésus et celui des pharisiens, sont-ils exactement les mêmes ? Et comment se fait-il qu’ils se concluent l’un et l’autre par un bénéfice ? Faut-il donc être seul, ou plutôt isolé, pour progresser ? Faut-il être « mis dehors » pour avancer ? Faut-il être expulsé pour vivre –car, c’est la condition même de la naissance ! En ce moment où nous voudrions tous sortir, car le confinement étouffe et tue la vie, la question nous apparaît cruciale : oui, peut-être bien qu’il faut, amen, amen, une révélation à ce point…

     « …celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis, mais grimpe au contraire par ailleurs, celui-là est voleur et bandit ; … »  Il est d’abord question d’entrer ! Le mot « celui-qui-entre » est formé sur sur le verbe [éïs-erkhomaï], littéralement « venir à l’intérieur« . C’est à dire que celui qui l’emploie se situe lui-même « à l’intérieur ». Ne passons pas trop vite sur ce point qui est loin d’être un détail. C’est peut-être même là que commence la « révélation » annoncée : les pharisiens se sont comportés comme la référence, c’est par rapport à eux-mêmes, à leur lecture de la loi, à leur fonction (qu’ils se sont eux-mêmes arrogés, soit dit en passant, même si la plupart l’acceptent ou du moins la subissent), qu’ils ont réagi. On est « dehors » quand on n’est plus parmi eux, avec eux. Mais ici, dès le début, Jésus laisse entendre que tel n’est pas son point de vue. Les « brebis« , dans l’image qu’il utilise, sont la référence. On est à l’intérieur quand on est avec elles, on est à l’extérieur quand on ne l’est pas.

     Or cet intérieur est une [aolèè], c’est-à-dire un espace à l’air libre, généralement la cour d’une maison. Il ne faut pas avoir en tête ces enclos, de montagne ou des grands espaces, où les bergers mettent leurs troupeaux le temps de soigner leurs bêtes, de les compter ou d’en faire le tri. Nous sommes bien « à la maison », mais pas dans les lieux abrités d’un toit : ceux-ci jouxtent généralement cette [aolèè], et ouvrent sur elle. Mais il y a aussi d’autres bâtiments. Dans cet espace, on accède normalement par une porte, une porte assez large puisque c’est celle pour faire entrer et sortir les troupeaux.

     Or voilà que l’usage de cette porte est discriminant : quiconque passe par ailleurs (avec l’idée de passer par-dessus quelque chose) est réputé [kléptèès] et [lèèstèès]. Le [kléptèès] est d’abord un voleur, par extension c’est celui qui dérobe ou dissimule y compris une pensée, un fourbe. Le [lèèstèès] est aussi un voleur, un brigand, un usurpateur, un pirate. Le premier mot est surtout relatif aux réalités soustraites à d’autres, le second à la manière violente et transgressive. Mais pourquoi de tels qualificatifs  pour le seul fait de ne pas emprunter la porte ? Tout se passe comme si, dans la comparaison que Jésus bâtit de manière impromptue, les brebis étaient lésées et agressées du seul fait qu’on ne passe pas par la porte pour venir à elles. C’est fort bien observé, notons-le : les bêtes ont des habitudes, elles sont rassurées par des comportements (humains en particulier, mais pas seulement) dont elles ont l’habitude, et dont elles savent le sens et peuvent « prédire » (le mot est mal choisi) la portée ou l’intention. Mais elles sont immanquablement troublées devant des comportements inhabituels.

     Or ce comportement particulier de passer « par le haut », par-dessus, d’arriver en surplomb, est une agression pour les brebis. On ne sait pas encore, dans cette comparaison, qui est qui. On ne le saura pas, d’ailleurs. Il ne s’agit pas d’un texte à clé, qui dénonce sans le dire certaines personnes. Il s’agit d’une révélation, donc d’un éclairage bien plus profond et de principe. Les brebis, nous ne savons pas qui elles sont. Mais nous savons d’ores et déjà qu’elles sont au centre des préoccupations de Jésus, au centre de son discours, et que tout se règle par rapport à elles. Il y a des comportements qui les rassurent, et il y a des comportements qui les agressent : et se comporter avec elles comme « du dessus » est de ces comportements.

     « …celui qui entre par la porte est berger des brebis. » Le comportement inverse reçoit un autre qualificatif, celui de [poïmèèn], de berger, de bouvier, ou de toute personne qui dirige ou conduit. Pour guider les fameuses brebis, il faut se mettre à leur hauteur, être sur la même « planète », fouler le même sol (ne pas être « hors-sol » !), et adopter ce comportement qui les rassure, où elles ne sont pas prises par surprise, où elles comprennent aussi ce qui va se passer, ou du moins sont disposées à ce qu’il se passe quelque chose sans en être inquiétées, au contraire. Il est bien question de comportements très généraux, non pas de personnages : ces noms de voleur, brigand et berger sont employés sans article, ils ne désignent pas une ou des personnes déterminées. Ainsi, toute personne qui adopte telle ou telle attitude se voit qualifiée soit de voleur ou brigand, soit de berger. On ne sait pas qui sont les brebis, on ne sait pas quelle est cette maison pourvue d’une cour, on ne sait pas quelle est cette porte. Mais on a déjà des attitudes, des modes d’entrée en relation. Dans tous les cas, il s’agit de personnes qui ne sont pas des brebis : mais intégrer le troupeau, sans être l’une des bêtes, est soit pour le profit de celles-ci soit non.

     « A celui-ci le portier ouvre et les brebis entendent son appel et il appelle ses propres brebis d’après leur nom et il les conduit dehors. » Qui adopte vis-à-vis des brebis ce comportement à hauteur et déchiffrable, ce comportement apaisant, se voit ouvrir par le portier. Qui est ce nouveau personnage ? Peu importe, sans doute. Il suffit qu’il soit là, que ce soit sa fonction. Il ouvre. Mais comment ouvre-t-il, puisque celui qui est maintenant réputé berger  s’est montré tel justement en entrant par la porte ? N’est-elle pas déjà ouverte ? Là n’est manifestement pas tout-à-fait la pointe de ce qui est dit. Celui qui vient conduire les bêtes a pu fort bien être embauché pour ce faire. Il n’est pas forcément « de la maison », on peut l’avoir fait venir pour cet office. Mais il est légitime, et sa légitimité est reconnue. Celui dont l’office est d’ouvrir aux brebis (se sont toujours elles qui sont au centre de la comparaison) ouvre aussi au berger pour celles-ci, pour qu’elles puissent sortir. La confiance n’est pas seulement accordée par les brebis, qui pourraient le faire à tort, elle l’est aussi par le maître des brebis, le maître de maison, et partant par tous les serviteurs de la maison.

Julien Dupré le berger et son troupeau
Julien Dupré, Le berger et son troupeau, Huile sur toile, collection particulière.                                 La porte est ouverte, au fond. Les bêtes sont toutes sorties. Le berger est à leur tête, mais il marche à leur allure : déjà elles souhaitent s’arrêter, et lui ne force en rien. Il est à leur hauteur, à leur rythme. Il s’agit simplement qu’elles vivent, et la vie est dehors.

     Alors le berger fait entendre sa [fonè], sa voix, son chant, son appel, son « yep ! yep ! yep! », son sifflement, que sais-je ? Chaque berger a sa manière d’interpeller les bêtes, d’appeler leur attention. C’est cela, sa [fonè]. Elles ne l’ont peut-être jamais vu encore,  car il a été embauché cette saison. J’ai vu un très beau reportage sur un berger, dans le Vercors, embauché par plusieurs fermiers, pour prendre tous leurs troupeaux ensemble, parce qu’il a la réputation et l’art de savoir faire dans un terrain où le loup est bien présent. Tel peut être notre berger : les bêtes ne l’ont encore jamais vu, mais elles savent tout de suite, en entendant son appel, qu’il les appelle. Et soudain voici le premier rapport que je vois avec ce qui a précédé  notre texte : l’aveugle guéri n’avait jamais vu non plus Jésus. Mais il a obéi docilement à sa voix quand celui-ci, après d’inhabituelles manipulations (où il s’est laissé faire), lui a dit d’aller se laver à la piscine de Siloé. Il ne l’avait jamais vu quand, exclu de la synagogue, celui-ci est venu à lui et lui a demandé « Crois-tu au Fils de l’homme ?« , mais il lui a répondu, et l’a reconnu pour son seigneur.

     Ce berger de notre texte est entendu des brebis. Mieux, il les appelle selon leur nom. Non seulement il fait retentir un appel à partir, que toutes reconnaissent pour tel : le contenu du bruit qu’il émet est aisément déchiffrable, le sens est saisi ; mais encore cet appel résonne pour chacune selon ce qu’elle est. C’est parfaitement adapté. On est loin de la grande norme générale, genre « loi de confinement » ou de « dé-confinement », valable partout sans tenir compte de rien ! Au contraire, le souci de chacun, des personnes, prime ici. Et c’est ainsi qu’il les conduit dehors, [exagoo], conduire dans le dehors. Et voilà les brebis dehors. Non pas « jetées dehors« , [ekballoo], mais conduites. Et nouvelle révélation : la différence n’est pas dans le « dehors » : cela, c’est la destination pour tout le monde ! C’est la manière : jeter ou conduire.

     Manifestement, se retrouver « dehors » est bien une nécessité vitale : comme souligné au début, c’est une condition de la naissance. J’ai appris tout récemment de ma fille sage-femme qu’elles notent alors le bébé BAVE : pour Bonne Adaptation à la Vie Extra-utérine. L’acronyme fait rire ! Mais c’est surtout capital. Il s’agit de sortir : mais conduit dehors, l’adaptation se fera bien. Jeté dehors, c’est beaucoup moins sûr. Parfois ce sera tout de même le cas : et notre aveugle guéri a été fort bien « récupéré », car de toutes façons il fallait qu’il sorte ! La première fois, il a été conduit vers la piscine de Siloé. Une indication et un ordre ont suffit, pas besoin de le prendre par la main, il savait s’y rendre, il avait l’habitude dans son obscurité. La deuxième fois, il a été jeté avec violence, au terme de tout un processus où, commençant par répondre et témoigner, il a peu à peu pris confiance en soi et s’est mis à tenir tête, à soutenir et affirmer sa « vérité ». Il n’a pas cherché, mais il n’a pas non plus évité le conflit. Et la conséquence de celui-ci a été la rencontre.

     Oui, sortir, quitter la sécurité de la « maison », entrer dans l’aventure de la vie, est une nécessité. L’aventure de la vie, c’est celle qui nous fait découvrir le « nom que nul ne connait sinon celui qui le reçoit » et qui est « écrit sur un caillou blanc » (cf. Ap.2,17) : chacun de nous est appelé par la vie, appelé à devenir. Le berger qui nous fait sortir, c’est celui qui travaille à nous révéler notre nom nouveau, notre nom véritable, qui nous sommes vraiment. C’est de ce nom que déjà il nous appelle, et c’est cela qui fait sortir : quitter notre lieu d’origine, là d’où nous venons, nos repères de départ, pour s’ouvrir à ce que nous sommes vraiment, à qui nous sommes vraiment. Une vie qui comporte des déplacements, des marches à l’aveugle, mais aussi des luttes, des combats, des prises de position. Une vie pour découvrir qui nous sommes, une vie vers laquelle il faut sortir de soi, de ses zones de confort, de ses sécurités. On n’y va pas seul, il faut être aidé, accompagné, soutenu. Voilà comment je comprends « faire sortir les brebis ».

     Et c’est bien une aventure que de sortir ! En ce moment même, combien nous sommes impatients de « sortir », de pouvoir à nouveau sortir de chez nous, circuler, rencontrer les autres.  …Rencontrer les autres, vraiment ? Et là, nous voyons soudain que rien n’est simple, qu’il y a là une véritable aventure, parce qu’il y a un risque et une inconnue. Les mesures de confinement ont instillé en nous la peur, la peur pour notre vie. Mais vivre enfermés, est-ce vraiment vivre ? Dehors la mort rôde… N’était-ce pas le cas auparavant, différemment ? Les autres sont devenus un danger, ils peuvent être porteurs d’un virus. Oui : et seulement cela ? Ne sont-ils porteurs que de virus ? … On voit, on sent bien aussi, qu’il y a une aventure à sortir de la situation. Qui va nous conduire « dehors » ? En qui aurons-nous suffisamment confiance pour nous laisser conduire « dehors » ? Et allons-nous le choisir, et au nom de quoi, et en faisant quels choix ? Et si le cri, l’appel, de notre berger était : « Lazare, viens dehors !« … Car la vie, c’est aussi choisir de vivre.

     « Quand il a mis dehors toutes les siennes, il voyage en avant d’elles et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent son appel : un autre, jamais elles ne le suivront, mais elles le fuient au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas l’appel des autres. » Cette fois-ci, c’est bien « mis dehors« , avec le verbe [ekballoo]. C’est donc qu’à la fin du processus, et pour qu’il vaille pour tous, il y a aussi un « jeter ». Peut-être un « rejeté ». Comme pour l’aveugle guéri. Le fait d’être « dehors » est sans doute une condition plus importante pour la vie que la manière dont cela se passe, et pour certains cela se fera avec une certaine violence. Mais sortir n’est pas tout : il y a encore un voyage, tout un voyage. Et celui qui a aidé les bêtes à sortir effectue avec elles ce voyage, [emprosthén], c’est-à-dire à la fois devant et avant elles. Il passe le premier par les expériences qu’elles vont traverser. Il indique la route en même temps qu’il l’éprouve. Et les bêtes l’accompagnent : [akolouthéoo] (qui donne nos « acolytes ») c’est à la fois suivre et accompagner, c’est marcher avec quelqu’un tout en se réglant sur lui, au sens propre comme au sens figuré. Autrement dit, l’aventure ne fait que commencer avec le fait de sortir : il y a encore tant à découvrir après, à chaque pas, dans cette aventure partagée. Mais le berger est là, à chaque instant : le tout est de continuer à écouter son appel, son chant, son cri…

     Il me semble que si la « sortie » est l’enjeu majeur de cette comparaison, l’appel en est la condition majeure et permanente. Nous allons sortir, cela se prépare. A la naissance, nous n’avons pas eu le choix, cette fois cela ne se fait pas sans nous. A la naissance nous avons crié et pleuré : mais c’était le signe le plus rassurant que l’adaptation de l’eau à l’air libre était bien faite. Ce pour quoi nous avons quelques jours devant nous, c’est bien d’écouter le chant, la [fonè], que nous allons suivre, de discerner laquelle est lancée à notre hauteur, sans nous faire peur, mais qui nous invite et nous donne envie de bouger et d’aller.

 

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