En harmonie avec le monde : dimanche 21 février.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Retour en arrière avec ce texte, carême oblige : nous sommes revenus dans la toute première partie de l’évangile selon s.Marc. Si l’on veut avoir une vue d’ensemble de notre passage, j’en ai donné déjà un commentaire général, et si l’on veut reprendre ce qui vient immédiatement avant, savoir le baptême de Jésus et ce que cela change pour lui, on pourra se reporter à ce qui en a été dit cette année.

Ce qui me frappe en premier cette année, c’est cette présence du désert. Nous venons de voir (c’est plus loin dans l’œuvre, entendons-nous bien !) que Jésus chasse, [ekballoo], les esprits mauvais. Et nous venons de voir aussi que l’absence de modération et d’obéissance du lépreux avait conduit son bienfaiteur à se retrouver dans la situation d’ostracisme où le lépreux se trouvait avant sa guérison, ne pouvant plus fréquenter les villes mais devant rester « au désert« . Or ici, sitôt baptisé, il est chassé [ekballoo], au désert, mais par l’Esprit -celui qui est venu en lui à son baptême. Rétrospectivement, on a l’impression qu’il y a ici comme un condensé de ce qui va suivre !
De ce fait, le « désert » prend une autre portée chez Marc. Certes les quarante jours vont être mentionnés, avec la référence qu’ils apportent à d’autres épisodes de l’histoire d’Israël telle qu’énoncée dans la Bible. Mais il me semble qu’en premier intervient cette idée, ou cette anticipation, que le ministère inauguré au baptême porte en soi la mise à l’écart, la prise sur soi de la condition des rejetés. Jésus est « jeté » d’emblée par l’Esprit dans la situation des marginalisés, dont les lépreux sont l’emblème. Il est avec ceux qu’on met à l’écart, qu’on ne fait pas monter dans le train de la « réussite ». Chaque fois qu’on oublie quelqu’un, il est du nombre. C’est vrai à l’échelle d’une société entière, quand mondialisation et financiarisation font tant d’oubliés et de parias ; c’est vrai aussi à l’échelle de nos vies, de notre réseau de relations, quand quelqu’un est mis de côté, omis, rejeté. Il est et sera toujours de ce nombre-là.

Peut-être qu’une première piste pour ce carême pourrait être celle-ci : faire le compte, le plus objectif possible, des personnes qui constituent notre réseau de relations, et vérifier que nul n’y soit, de fait, écarté, mis à part -pour ne pas laisser à part celui que nous voulons suivre. Notre réseau de relations : j’entends la famille, le milieu professionnel, le voisinage géographique, les contacts d’amitié ou de loisirs. Le plus difficile, c’est d’être objectif : car précisément, les personnes que nous ostracisons, nous ne les voyons même pas ! Elles passent sous notre radar, de sorte que nous avons tout lieu d’être satisfaits !

Je suis également frappé par ce que Jésus vit en ce désert. Nous avons une tendance spontanée, à cause de la récurrence tous les ans d’un des passages parallèles chez Matthieu ou chez Luc, de penser immédiatement « tentations ». Mais chez Marc, rien de tel. Non seulement il n’y a pas de mise en récit des tentations, avec un dialogue où le tentateur surenchérit, mais il y a plus ! Il y a trois éléments avancés avec le même poids : le satan, les bêtes sauvages et les anges. Il était « éprouvé » par le satan (verbe à la voix passive : là, il est passif, il subit), il « était » avec les bêtes sauvages (verbe d’état : c’est la condition fondamentale et la plus durable), les anges « le servaient » (verbe actif : c’est encore l’action d’autres, mais une action cette fois reçue, contrairement à celle du satan, de l’adversaire). La situation rappelle tout simplement celle d’Adam au jardin. Mais cette fois, d’un Adam qui serait resté sans atteinte de l’épreuve !

J-W Peter, dam und Eva im Paradies (vers 1780), Huile sur toile 247 x 336, Pinacothèque Vaticane, Musées du Vatican, Rome. Adam et Eve vivent au milieu des bêtes sauvage, eux aussi tentés… Ici, l’harmonie semble idéale. Une telle harmonie est-elle donc un rêve dépassé, ou bien au contraire une réalité à construire ?

Une sorte d’harmonie universelle se dessine, où toute créature terrestre se trouve en cohabitation sereine (ce que symbolise à mon avis le fait d’être avec les bêtes sauvages), et où les liens avec le monde de l’esprit est l’objet d’un choix bien ajusté, qui fait en bénéficier et ne pas en subir de dommage. Il me semble que là aussi, cela fait rêver, dans la situation où nous sommes ! Nous voyons notre planète si malmenée par nous que cela se retourne contre nous, notre cohabitation avec une toute petite bête sauvage qui s’appelle Coronavirus se passe très très mal, et semble-t-il surtout parce qu’il y a chez nous une désastreuse défaite de l’esprit : nous ne savons plus opérer collectivement les choix ajustés.

Alors peut-être y a-t-il ici une deuxième piste pour notre carême ? Une piste qui serait celle-ci : retrouver les chemins d’une cohabitation harmonieuse avec la nature, le cosmos, qui s’offre à nous, à notre échelle déjà, en s’ouvrant d’abord par une grande respiration aux beautés qui nous entourent, mais aussi en engageant une réflexion fouillée sur l’usage que nous faisons des choses, sur leur impact, sur leur justesse écologique. Il est vraiment intéressant de voir que « il était avec les bêtes sauvages » se trouve juste entre « eprouvé » par un esprit et qu’un autre le « sert » ! L’harmonie retrouvée est vraiment entre deux situations de l’esprit, ou plutôt entre deux attitudes devant des options d’esprit. Heureusement, nous avons quarante jours pour nous lancer, pour engager les bonnes pistes et les éprouver.

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