Nos chutes ont un sens : dimanche 5 avril.

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

Pour situer le texte :

      Comme tous les ans à pareille époque, nous est proposé un des récits de la Passion. Comme tous les ans, je me contente d’en choisir un passage, parce qu’il est trop long et trop plein pour en faire un commentaire entier. Alors pour te satisfaire tout de même, cher lecteur, je fais un choix bizarre : je prends un épisode ultérieur à celui de l’année précédente, mais dans l’évangile qui nous est offert cette année-là. Oui je sais, c’est curieux parce que chaque évangile est une œuvre, avec sa propre logique et sa propre perspective : je suis le premier à le rappeler. Disons que je voudrais simplement éviter l’ennui, ou (plus noblement peut-être ?) avancer tout de même dans le récit tous les ans, et non seulement tous les trois ans…

     Je pense que personne n’a besoin qu’on lui rappelle que la Passion intervient au terme des évangiles, comme les ultimes épisodes auxquels tout a préparé : la passion et la résurrection, qui vont ensemble en fait. Il y a deux ans, mais dans l’évangile selon saint Marc, j’avais commenté le complot, dans lequel est inséré l’onction à Béthanie (Dimanche 25 mars : saisir les moments uniques.). L’an passé, mais dans l’évangile selon saint Luc, j’avais commenté le repas de la Pâque (Décisive offrande de soi : dimanche 14 avril). Cette année, je voudrais envisager le départ pour le Mont des Oliviers : c’est juste après la fin du repas pascal, et juste avant d’entrer dans le domaine de Gethsémani.

Mon modeste commentaire :

     « Et ayant chanté les hymnes ils sortent pour le jardin des oliviers. » Les hymnes, ce sont les chants du Hallel, plusieurs psaumes, toujours les mêmes, qui ont pour fonction de clore le dîner rituel qui célèbre la Pâque. Pour ceux qui veulent aller voir, ce sont les psaumes 112 à 117. Autrement dit, la célébration de la Pâque a été faite entièrement et jusqu’au bout : la seule différence, ce sont les bénédictions particulières que le Maître du Repas, Jésus en l’occurence, a innovées : au lieu des paroles rituelles, il en a prononcées d’autres, éminemment personnelles : « C’est mon corps », « C’est mon sang », « Faites cela en mémoire de moi ». Il a anticipé sa mort, faisant de l’offrande de soi un geste plus grand que la violence qu’il va subir, et nous a invité à faire de même. C’est la seule fois de sa vie, in extremis, qu’il aura institué quelque chose.

     Mais voilà, c’est fait, et maintenant ils sortent vers le fameux « jardin des oliviers ». C’est une hauteur qui est hors de Jérusalem, juste en face, à l’est de la ville basse et du Mont du Temple, de l’autre côté du torrent Cédron. Il semble que c’était le « lieu secret » du Maître et de ses disciples : Jérusalem était dangereuse pour eux étant donnée l’hostilité des autorités. Alors la stratégie était soit d’être avec les foules (qui les protégeaient par leur adhésion ou du moins leur intérêt et leur adulation), soit d’être en un lieu retiré où nul n’irait les chercher. Hors de la ville, les « gardes du Temple » ne se lanceraient pas à faire des recherches, ils ne sont pas assez nombreux et n’ont pas le droit de se muer en police. C’est l’autorité romaine qui pourrait faire une opération de police de grande ampleur dans la campagne environnante, mais les autorités religieuses n’ont pas d’accusation à formuler sur le plan criminel, civil ou politique.

     Donc, maintenant, les disciples et Jésus sont à part et en sécurité. « Alors il leur dit, Jésus : «Tous, vous serez scandalisés à cause de moi en cette nuit même ; il est écrit en effet : je frapperai le berger, et seront dispersées les brebis du troupeau. »… » Dans l’intimité et l’ambiance paisible de la nuit, dans la sécurité de ce moment, Jésus lance une bombe. Vous allez être scandalisés. Le [skandalone], c’est la pierre qui est au milieu du chemin et sur laquelle on butte, qui fait tomber. Il leur annonce qu’ils vont butter sur le chemin. Quel chemin ? Car le mot sous-entend un chemin. Peut-être celui sur lequel ils le suivent. Là, ils ne vont pas le suivre, ils vont chuter, ils ne vont pas parvenir à rester avec lui, à faire chemin avec lui. Le [én émoï], que j’ai traduit « à cause de moi« , est énigmatique : est-ce lui qui va les faire chuter ? Est-ce à cause de ce qui va lui arriver ?

     L’insécurité naît aussi de cette incertitude. Il leur annonce qu’il va leur arriver quelque chose. C’est bien étonnant quand on connaît la suite ! Car enfin, c’est bien à lui qu’il va arriver quelque chose, et pas la moindre des choses : son arrestation, son procès, sa condamnation, sa mort. Mais ce n’est pas cela qu’il leur dit à ce moment. Cette issue dramatique, il la leur a déjà annoncée, et plusieurs fois. Lui sait que l’un des Douze le trahit en ce moment même, celui qui est sorti pendant le repas de la Pâque. Il sait que tout va désormais se précipiter, que guidés par l’un de ses tout-proches, les gardes du Temple sauront où le trouver, et que cette opération menée de nuit échappera à la police romaine. Mais à cette heure, sa seule préoccupation va à ceux qu’il aime. C’est d’eux qu’il leur parle. Même la perspective la plus terrible ne le renferme pas sur soi : admirable disposition de l’esprit et du cœur. C’est tellement de ce renfermement sur nous-mêmes que nous avons besoin d’être tirés ! En cette période où la mort rôde, et où une peur entretenue nous la rend plus formidable encore, notre tendance est à considérer d’autres comme des menaces, à les confondre avec un virus (dont ils sont éventuellement porteurs, certes, mais sans qu’on les y réduise !). Or nous aussi pouvons en être porteurs, c’est nous qui constituons peut-être un danger… Ici, Jésus est visé personnellement par la mort, mais sa préoccupation est de permettre aux autres, à ceux qui l’entourent de ne pas se désunir.

     Cela m’amène deux réflexions annexes. La première, c’est que Jésus ne cherche pas à faire peur à ses disciples. La peur est un de ces moyens, spécialement puissant, par lesquels ceux qui ont un pouvoir l’imposent aux autres, et avec le consentement  de ceux-ci. C’est toujours la peur qui nous fait abdiquer notre liberté : faites tout ce que vous jugez bon, pourvu que vous nous protégiez. Mais « l’amour parfait bannit la crainte« .  Or Jésus ici ne cherche à dominer en aucune manière, il cherche au contraire à rendre les disciples maîtres d’eux-mêmes, il les met en liberté. Cela me permet très important à noter dans la période que nous traversons : il me semble que les responsables et les communicants cherchent plus à nous contenir par la peur qu’à nous rendre maîtres de nous-mêmes, et ce faisant, ils pourraient nous faire avaler toutes sortes de choses. Cela est une « technique » de gouvernement vieille comme le monde, que tous (l’Eglise aussi, hélas) ont employé ou emploient encore. Mais la peur nous replierait sur nous-mêmes, laissons-nous au contraire libérer d’elle, en étant capables d’affronter clairement ce qui se passe, avec raison et lucidité.

     Deuxième réflexion : Jésus dit clairement ce qui va se passer, et il le sait parce qu’il a compris les ressorts et les rouages. Ce n’est pas de sa part une conjecture, encore moins une annonce de visionnaire. C’est raison et lucidité, précisément. Or je suis scan-da-li-sé (ça va avec notre texte !!) par certains qui, aujourd’hui, présentent ce virus et cette pandémie comme un avertissement divin ou une punition divine !! Mais comment ose-t-on !? C’est lui qui ferait tant de morts ?! Et pour notre « bien » encore ?!! Jésus est ici clairement et nettement dans une attitude exactement opposée à ce genre d’élucubration. Lui, a soin des siens. La mort ? Il la prend pour lui et pour l’éviter aux autres. La peur ?  Il en délivre. Ni accusation ni châtiment, on ne trouve rien de ce genre dans ce texte d’aujourd’hui, pas dans sa bouche ni son attitude en tous cas. Je n’en dirai pas autant évidemment de la bouche et de l’esprit des responsables religieux, prêtres, scribes et pharisiens, qui le condamnent, et interprètent à cette aune ce qui advient tout du long. Le tout est de choisir de quel côté on veut se situer… S’il y a un motif de colère, c’est plutôt que certains prétendent s’appuyer sur leur qualité de disciple pour accuser le dieu de telles horreurs, et imaginer en plus que c’est piété ! Mais en voilà assez avec ces inepties. Revenons à la préoccupation de Jésus à  l’égard de ses disciples en cette heure … cruciale.

     La citation mise par Matthieu dans la bouche de Jésus est tirée du prophète Zacharie. Je la cite entière :  » Il arrivera, en ce jour, dit l’Eternel-Cebaot, que j’éliminerai de ce pays les noms des idoles, si bien qu’il n’en sera plus fait mention ; de même les prophètes et l’esprit d’impureté, je les ferai disparaître du pays. Que si quelqu’un se met encore à prophétiser, son père et sa mère, auteurs de ses jours, lui diront: «Tu ne vivras pas, parce que tu as dit des mensonges au nom de l’Eternel!» Et père et mère, auteurs de ses jours, le transperceront quand il s’avisera de prophétiser. Aussi, en ce jour, les prophètes auront-ils tous honte de leurs visions, lorsqu’ils voudront prophétiser ; ils ne revêtiront plus le manteau de poil pour mieux tromper. Chacun d’eux dira: «Je ne suis point prophète, je suis un homme qui travaille la terre, car dès ma jeunesse quelqu’un m’avait acquis.» Et si on lui demande: «Pourquoi ces plaies sur tes mains?» il répondra: «C’est que j’ai été maltraité dans la maison de ceux qui devaient m’aimer.» Epée, va te ruer contre mon pasteur, contre l’homme dont j’ai fait mon compagnon, dit l’Eternel-Cebaot ; frappe le pasteur pour que les brebis se dispersent ; mais je tournerai ma main vers les petits. Et il arrivera que, dans tout le pays, dit l’Eternel, deux tiers seront retranchés et périront, et qu’un tiers seulement y restera en vie. Et ce tiers, je le ferai passer au feu, et je l’affinerai comme on affine l’argent, je l’éprouverai comme on éprouve l’or. Il invoquera mon nom et moi, je l’exaucerai. Je dirai: «C’est là mon peuple!» Et lui dira: «L’Eternel est mon Dieu!»  » (Za.13,2-9) La citation est frappante (transpercé, plaies sur les mains, ceux qui devaient m’aimer…), ainsi que son contexte. Matthieu le sait bien, qui en n’en donnant qu’une partie, évoque chez ses lecteurs d’alors (qui savent tout cela par cœur) le rappel de tout l’ensemble.

     Dans le contexte du prophète Zacharie, cet oracle est clairement une lutte contre les faux-dieux pour l’établissement du culte du seul Yahvé (dont nous savons aujourd’hui que son établissement est particulièrement tardif), et du coup contre les faux-prophètes, qui délivrent de faux oracles au nom de faux-dieux. Cela se fera par un esprit différent habitant les mentalités des membres du peuple, au point que ce seront non les chefs du peuple, corrompus, mais les propres parents du faux-prophète qui le feront taire (et même de manière radicale, ce qui est horrible et violent !). Et dans ce contexte, Zacharie imagine cet ordre donné par le dieu Yahvé, de frapper les guides religieux (puisqu’ils sont faux, puisqu’ils mènent le peuple sur de fausses pistes) pour que leur troupeau soit dispersé : Zacharie cherche une interprétation positive à l’évènement traumatisant constitué par l’exil des élites du peuple en « Babylonie ». Et l’explication qu’il propose est que ces chefs étaient de mauvais guides ; leur suppression est finalement providentielle, car ceux qui les suivaient massivement, devenus « errants », sont désormais accessibles à de bons guides.

     On voit alors que l’utilisation faite par Matthieu de ce passage n’a pas grand chose à voir avec son sens premier, c’est même un renversement ! Car le guide, ici, n’est pas mauvais, au contraire ! La manière de citer est même fort peu scrupuleuse, puisque ce qui était une injonction devient simplement une pré-vision. On peut légitimement être troublé par cette manière d’utiliser les Ecritures… Ce qui demeure, pourtant, c’est le fait que, le guide disparu, ceux qui le suivent sont perdus, et surtout sont dispersés. Le verbe [diaskopidzoo] signifie littéralement, dissiper, disperser. L’idée est que l’on peut observer [skopéoo] à travers [-dia] : les rangs sont clairsemés, les gens suffisamment distant les uns des autres pour que nul ne fasse obstacle au regard. L’avertissement est donc double : les disciples ne vont plus être disciples sur deux points essentiels. D’un part ils vont se révéler incapables de suivre leur guide, d’autre part ils vont se retrouver isolés, à part les uns des autres, comme une conséquence du fait précédent. Cela fait ressortir le rôle du chef, qui est d’une part de mener quelque part et d’autre part de faire l’unité. Cela fait aussi ressortir la double attention du disciple (ou de n’importe quel membre d’un groupe) : ne pas se séparer de celui qu’il suit, rechercher l’unité avec les autres.

     Mais les paroles du Maître ne s’arrêtent pas là, il ajoute encore : « Après cependant mon réveil, je vous ferai avancer dans la Galilée. » Il y aura un après : cela c’est le message que tous doivent garder en mémoire, quelles que soient les circonstances et l’itinéraire de chacun. Cet « après » est déterminé par son [éguérthènaï] : il s’agit d’un verbe, à l’infinitif passif, et employé ici comme un nom (précédé de l’article neutre [to]). Le sens de ce verbe est réveiller, faire lever, ce qu’il a lui même fait tant de fois pour d’autres ; mais cette fois, c’est lui qui en sera le bénéficiaire, on pourrait traduire « après que j’aurai été relevé« , mais on perd le côté factuel du substantif, et surtout l’effacement du « je » pour laisser un autre (passif divin) être le seul agent nommé. « Après mon être-relevé » est lourd et obscur. Pardon pour cette arrière-usine de la traduction, tout ceci nous fait, j’espère, saisir ce dont il est question. En tous cas, il y aura un après, et là, rendez-vous est pris en Galilée, où dynamisme leur sera redonné : sous peu ils ne parviendront plus à être disciple, le Maître meurt et leur qualité de disciple meurt avec lui. Mais dès qu’un autre l’aura relevé, ils seront eux aussi relancés. C’est une belle espérance qui leur est donnée, en même temps qu’une attente qui leur est demandée. Pour les disciples aussi, il faut en passer par une passion, c’est-à-dire un temps où ils subissent, un temps où ils s’en remettent à un autre qui devient seul acteur. Et peut-être est-ce alors qu’ils seront vraiment disciples, quand ils auront été comme le Maître entièrement « agis » par un autre, livrés à l’action d’un autre, pour être enfin ce à quoi cet autre les appelle.

     Mais personne n’aime envisager ce genre de moment, ne plus pouvoir rien faire. Ni non plus de s’être trompé, d’être tombé. Et nous savons tous en ce moment comme cette « passion » est éprouvante. Nous vivons en ce moment une « passion », parce que nous en pouvons rien faire : il faut l’identifier, la nommer, pour qu’elle nous soit de quelque profit, qu’elle nous permette d’y consentir et par là même, qu’elle nous modèle en profondeur. Pierre, toujours prompt à réagir, chez qui la parole suit de près, et dont la pensée en général ne tarde pas, lui réplique : « Si tous sont scandalisés à cause de toi, moi jamais je ne serai scandalisé ! » Voilà, nous sommes prévenus : cela suffit pour faire exception. « Si l’on n’est plus que mille, eh ! bien, j’en suis ! Si même / Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; / S’il en demeure dix, je serai le dixième ; / Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » (Victor Hugo). Je ne tomberai pas, je ne buterai pas sur la pierre, je te suivrai sur ton chemin où qu’il aille. Propos généreux, peut-être présomptueux, peut-être même qui tombe à faux. Pierre (Tiens ! Et si l’on envisageait que son surnom « pierre » évoque aussi cette pierre-là, celé qui fait chuter ?) n’entend pas cette affirmation profonde, même si elle est paradoxale, que leur manière désormais d’être disciple, de suivre le chemin qu’il leur trace, c’est d’accepter de chuter et de se retrouver seul, jusqu’à ce qu’un autre les relève. Il veut résister.

porte_st Pierre en Gallicante
Portes de bronze, église Saint-Pierre en Gallicante, Jérusalem. La scène est transparente, même si elle n’est pas située comme chez Matthieu à l’extérieur (c’est Luc qui la situe à l’intérieur). Mais j’aime que ce soit sur la porte : pas moyen d’entrer sans en passer par là, pas moyen de célébrer la mort et la résurrection du sauveur sans en passer par nos chutes… relevées par un autre.

     « Jésus lui dit : Amen, je te dis qu’en cette nuit-ci, avant que le coq ne chante, tu m’auras repoussé trois fois. » Non, Pierre, pas plus qu’un autre tu n’échapperas à la chute. Personne n’échappe à la chute : elle fait partie de notre condition de disciple, qui est de suivre et non de précéder ou de marcher de notre côté. Que le guide vienne à manquer, que nous venions à le perdre de vue, et nous voilà perdus. Mais une fois encore, dans la construction interprétative de Matthieu, la chute n’est pas un déshonneur. Matthieu nous invite à comprendre nos chutes comme une participation à la passion du Maître, certes avec le cœur moins innocent, mais conduisant au même dessaisissement de soi, au même abandon entre les mains d’un autre pour être relevé. C’est là qu’est toute l’affaire, c’est là que l’on naît à une humanité nouvelle, en consentant à être fait. Celui qui nous a fait, notre créateur, ne nous a pas achevé, il a attendu pour cela notre consentement. Jésus dit même à Pierre la modalité concrète de sa chute, qui est pour cette nuit-même : tu vas me « repousser« . Le verbe [aparnéomaï] c’est vraiment repousser, refuser. Il s’agit bien d’une opération intellectuelle de négation, mais avec une nuance affective forte. Et la réitération insiste sur ce dernier aspect. Pierre va chuter précisément là où il croit être fort, dans son adhésion même. Méfions-nous de croire être fort… Notre faiblesse est tellement plus vigilante !

    Pierre insiste pourtant :  » «Même s’il me fallait avec toi mourir, je ne te repousserais pas !» Semblablement aussi disaient tous les disciples. » Il en est convaincu. Ils en sont tous convaincus. Ils sont prêts à mourir. On sent la surenchère propre aux instants qui ne sont encore dramatiques qu’en théorie, propre aux groupes. Les disciples, dans le calme et la sécurité de cette nuit encore sereine, dans la position de repli qu’est le Mont des Oliviers, se sentent forts. Et ce passage se clôt sur ces affirmations, auxquelles Jésus ne réplique plus rien. Cela ne servirait à rien. Du reste, insister serait désormais les enfoncer, les convaincre d’avance d’une culpabilité dont il a voulu précisément les garder. Alors il choisit le silence. Les disciples n’ont pas su l’écouter, lui, et du coup l’accompagner dans son chemin à lui. Il est seul avec sa mort : lui s’est préoccupé d’eux, mais l’inverse n’est pas vrai. En fait, leur « chute » est déjà commencée, il ne sont déjà plus sur un chemin de disciple, marchant là où va celui qui les guide, parce qu’ils le laissent aller seul son chemin. Leur belle unanimité de façade ne tiendra donc plus bien longtemps. Et de fait, remontant un peu vers le nord la même hauteur, Jésus se retrouvera seul à Gethsémani. Savoir écouter ceux qui nous entourent, c’est ne pas les laisser seuls. Cette écoute est toujours difficile, elle requiert un abandon, celui des sentiments (parfois très forts) que suscitent en nous ce que ces autres nous disent. Non pas nier ces sentiments, mais les nommer pour les mettre de côté, et rester dans l’attention aimante, la seule qui ne laisse pas seul.

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