Chasser le mal (Mc.1, 29-31)

29 Aussitôt sortis de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. 30 Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. 31 Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.

  Marc continue de nous faire voir Jésus en action, construisant en quelque sorte une « première journée ». Un changement de lieu justifie de mettre à part ce court passage : on était à la synagogue, et nous voilà dans un intérieur privé. Ce passage a déjà été commenté dans la première partie de la notice Retrouver le pouvoir de donner.

  Pour autant, notre passage s’enchaîne avec d’autres par son [éouthus], « aussitôt‘, initial : dans notre « moment 0 » initial, ce sont d’abord les disciples Pierre et André qui répondent « aussitôt » à l’appel du maître, puis c’est celui-ci qui aperçoit les fils de Zébédée au travail avec leur père et ses employés et « aussitôt » les appelle. Arrivé à Capharnaüm ils vont « aussitôt » dans les synagogues les jours de Sabbat, et c’est « aussitôt » que l’homme dans un esprit non-épuré l’interpelle dans la synagogue. « Aussitôt » ils sortent de la synagogue pour entrer chez André et Simon, et c’est « aussitôt » qu’on lui parle de la malade. Le mot établit comme un rythme, haletant, entre les épisodes, les liant comme par un même élan. Alors suivons le rythme que nous donne ce mot.

« Et aussitôt allant-au-dehors hors de la synagogue, ils allèrent à la maison de Simon et André avec Jacques et Jean. Or la belle-mère de Simon était couchée parce qu’elle avait de la fièvre, … » Dans quelle progression cette nouvelle étape s’inscrit-elle ? Marc vient de nous faire part de l’exercice par Jésus de l’essentiel de son ministère. Il proclame la parole, d’une manière qui déstabilise, et il face au « dérangement » profond provoqué, il invite chacun à faire un choix, celui de quitter l’éventuel « mauvais esprit » par la vertu duquel on se tiendrait à distance, ou on le tiendrait à distance de soi, et de se laisser atteindre et transformer par cette parole.

Marc nous a dit dès le début de l’épisode précédent qu’arrivé à Capharnaüm, « aussitôt » ils vont à la synagogue les jours de Sabbat. Non pas un jour de Sabbat, mais bien, littéralement, les sabbats, au pluriel. Ce fut une activité sur plusieurs semaines. Pendant une durée aussi longue, il a bien fallu habiter quelque part… Or, c’est seulement maintenant que Marc parle d’aller « à la maison » de Simon et André, avec Jacques et Jean, bref : tout le même petit groupe, le « nous » de Jésus. Alors on peut bien sûr faire l’hypothèse qu’ils ont logé ailleurs ou dormi à la belle-étoile, et que c’est seulement après l’épisode vif d’un sabbat avec l’homme au milieu de la synagogue qu’ils s’en sont allés chez André et Simon. Mais cela ne paraît pas très réaliste. Il me semble bien plus probable que Marc, après avoir peint une scène publique (Jésus à la synagogue), veuille maintenant peindre une scène domestique, intime (Jésus chez André et Simon). Et qu’après le volet « Jésus avec tout le monde en général », il veuille montrer Jésus dans le contact avec une personne en particulier. Notre « aussitôt » n’est pas un repère chronologique, mais bien un mot marquant une étape dans la pensée (comme quand mes élèves disent : « et après »).

Simon est un patron pêcheur, quelqu’un qui n’est pas sans ressources. Si la maison est celle « de Simon et André », c’est sans doute qu’ils en ont hérité de leur père. Simon y loge aussi sa belle-mère, signe qu’il est marié. Et voilà que celle-ci, justement, est prise de fièvre et alitée. A priori, cela ne devrait pas empêcher Simon et André de recevoir le groupe chez eux : eux sont là, mais aussi Mme Simon, et peut-être d’autres encore. Mais Marc note pourtant ce détail, parce qu’il va jouer un rôle important : dans l’intimité des relations, Jésus va révéler autre chose de lui-même et de son activité.

Mais c’est encore une nouvelle étape, et un nouvel aussitôt : « et aussitôt on lui parle à son sujet. Et s’approchant il la fit lever en la saisissant fortement par la main, et la fièvre la lâcha, et elle était à leur service. » On le met au courant. Personne ne demande rien, mais quand on fait les présentations, à la maison, on parle de ceux qu’on voit et aussi de ceux qui ne sont pas visibles, quoi de plus normal et de plus naturel ?

Mais lui fait une chose à laquelle nul ne s’attend : il s’approche de la malade, ce que ferait toute personne avec un peu de compassion, mais « il la fit lever en la saisissant fortement par la main » Il ne paraît pas lui demander son avis, et il ne s’agit pas d’une belle, forte et franche poignée de main pour dire bonjour (ce qui n’était absolument pas la coutume !!!), ni d’une forte pression d’encouragement disant silencieusement « je compatis, je suis à vos côtés ». Non, l’adverbe [kratésas] est de la même famille que notre démocratie : il s’agit du pouvoir, de la force pour l’exercer ! Ce qu’il fait, c’est qu’à la surprise de tous, il la fait lever, il la met debout, il la ressuscite, d’une main ferme et vigoureuse ! Et la fièvre la lâche, la laisse partir, n’exerce plus son emprise.

Ce qui vient de se passer, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé à la synagogue. Là-bas, Jésus n’a exercé d’autre pouvoir que celui de la parole. Et face à l’homme qui était dans un esprit non-épuré, il l’a appelé à sortir de cet esprit. C’est l’autre qui devait agir. Mais ici, face à un mal devant lequel la femme ne peut rien, c’est lui qui agit. Il la prend et la fait lever comme si tout allait bien… et tout va bien ! Dans l’intimité du petit nombre, en petit comité, Jésus exerce une action décisive contre le mal, mais pas contre n’importe quel mal : contre celui auquel on ne peut rien, contre celui avec lequel il n’y a a priori pas de compromis.

Et Marc n’arrête pas là son récit, il ajoute encore « et elle servait pour eux ». La guérison est là : ce n’est pas seulement la fièvre qui perd son emprise, c’est la femme qui est rendue à sa place, qui peut donner à nouveau, qui peut à nouveau aimer comme elle l’entend. Dans les catégories du temps, elle « sert », il n’y a pas de révolution sociale … Mais je pense que Marc a voulu montrer que la guérison opérée par Jésus allait jusqu’à rendre la personne à elle-même. C’est une chose dont il faut toujours se souvenir, quand on veut aider quelqu’un en faiblesse ou en difficulté : se mettre en situation de recevoir de cette personne, qu’elle expérimente qu’elle a toujours la place de celle qui a quelque chose à donner. C’est le terme du processus de guérison, c’est sa dynamique.

Ainsi, l’action de Jésus est aussi une action pour chasser le mal, mais pas n’importe quel mal, et pas n’importe comment. Il agit dans notre impuissance (jamais à notre place), et pour nous porter à donner de nouveau.

Exorcisme ? (Mc.1, 21-28)

21 Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. 22 On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. 23 Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : 24 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » 25 Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » 26 L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. 27 Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » 28 Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.

  Après « l’épisode zéro », préalable à toute son action et l’exercice de son ministère, voici maintenant Jésus en action : Marc raconte. C’est le tout premier épisode, celui qui va peindre dans notre esprit les premières impressions sur Jésus, et ces premières impressions sont toujours décisives. Pour Marc, il s’agit de bien peser ses mots et ses choix, car une première impression est durable ; si elle est mauvaise, il faut batailler pour la corriger. Mais si elle est conforme à ce qu’on veut, on construit et on affine, comme sur du velours. Nous avons déjà commenté deux fois cet épisode dans les articles Sortir et Délivrer une parole, délivrer une personne.

  Au centre de notre épisode, la présence d’un « esprit impur » ([pnéouma akatharton]) est frappante. [pnéouma], c’est un souffle, et nous en avons déjà rencontré un sous la plume de Marc : le souffle (sans autre précision) qui, sous la forme d’une colombe, est descendu en Jésus à son baptême, et qui l’a aussi « expulsé« au désert. Mais cette fois, il ne s’agit pas du même souffle, celui-ci est qualifié d’ [akatharton], c’est-à-dire qui n’a pas bénéficié d’un processus qui le rendrait propre, chimiquement pur, sans obstacle. Il me semble que qui dit souffle, dit aussi inspiration : il s’agit aussi d’une règle d’action, de la dynamique profonde qui fait la cohérence d’une vie et d’un agir. D’entrée, le Jésus de Marc, avec sa dynamique profonde, en affronte une autre.

  Cette dynamique non-épurée exerce une emprise, et l’expression de Marc est tout-à-fait étonnante : « Et aussitôt il y avait dans leur synagogue un homme dans un souffle non-épuré et il poussa un cri en disant…« . Marc nous interdit (mais, me semble-t-il hélas, sans beaucoup de succès, eu égard aux traductions communes) de nous représenter un homme qui est « possédé » par un « esprit » qui se trouve « en » lui : attention à des telles représentations plus mythologiques qu’évangéliques. C’est tout l’inverse, c’est l’homme qui est dans ce souffle ! Autrement dit, il est emporté dans un souffle et selon une inspiration qui l’enserrent. Cet homme n’est pas « habité », il n’est pas « possédé » c’est-à-dire en fait dépossédé de lui-même.

  Mais comment cela se traduit-il ? Marc dépeint cela au moyen d’expressions très imagées. D’abord il « pousse un cri« , il « vocifère« . Ce n’est pas la voix posée et paisible d’une personne qui dialogue normalement. Ses premiers mots sont littéralement : « Quoi entre toi et nous, Jésus nazaréen ?« . Il insiste sur la séparation, et la fait totale, rien de commun entre Jésus et tous les autres ici présents. Et c’est sans doute le sens qu’il met au titre qu’il lui reconnaît, « le saint du dieu » : est « saint » ce qui est séparé, à part. Comme si Jésus et ce qu’il propose était inaccessible, pas pour lui. L’homme emporté par cet élan non-épuré est totalement dans l’exagération, dans les oppositions absolues, et dans une forme de désespoir. Et son affirmation « Je sais qui tu es… » semble elle aussi exagérée : avec beaucoup de subtilité, Marc nous inspire l’idée que nous ne savons pas qui est Jésus, que nous ne pouvons pas l’affubler d’étiquettes toutes faites, qu’il doit être patiemment découvert sans a priori…

  Et puis, au milieu de ces deux paroles, se trouve celle qui est au centre de tout l’épisode : « Es-tu venu nous détruire ? » . Le verbe [apollumi] signifie bien « faire périr« , « détruire« . C’est le verbe employé dans l’Iliade pour dire le projet des Grecs face aux Troyens : détruire Ilion. Cela veut dire vaincre, mais aussi piller et raser la cité, et lui faire perdre définitivement toute influence dans le monde des hommes. Telle est la question que pose à Jésus son interlocuteur au milieu de la synagogue de Capharnaüm, en suggérant d’ailleurs une réponse positive. L’esprit non-épuré dans lequel il est, lui fait voir en Jésus un danger, et pas un petit. Il perçoit le bouleversement, la transformation totale, le renversement. Cet esprit et cette inspiration, dits non-épurés, sont donc caractérisés par l’exagération, le tout-ou-rien, la mise en opposition violente

  Cette attitude fait contraste avec l’attitude des autres dans la synagogue : ceux-ci sont plutôt marqués dès le début du passage par l’étonnement, mais aussi l’écoute, puis à la fin par la stupeur et l’admiration. Quand je dis « étonnement », le mot est à prendre en son sens originel, exact, car [ékplèssoo] signifie bien frappé, abattu par un coup, comme on est frappé par la foudre ou le tonnerre ! Le « coup » qu’ils subissent à écouter Jésus parler est ressenti par tous, cependant ils n’en viennent pas à vociférer comme cet homme. On perçoit à la fois donc, un contraste entre eux et lui, mais aussi une certaine continuité. L’homme au milieu de la synagogue traduit en fait une des réactions possibles à l’audition de Jésus : autrement dit, celle-ci remue tant de choses qu’elle met face à un choix interprétatif de ce qui se passe en soi. Le remue-ménage provoqué par sa parole qui, profondément, « dérange », bouleverse, est-il une promesse, pour un mieux, ou au contraire une menace, pour le pire ? Dans ce contexte, l’esprit ou l’influence non-épurés pourraient bien entraîner dans son sens, faire régner la peur, laisser croire que cette parole dérangeante est pour le pire, n’a pas de rapport avec nous, est trop différente et finalement ne nous concerne pas.

  Car cet homme au milieu de la synagogue, il est temps de le faire remarquer, n’est pas autrement qu’au milieu des autres : si Jésus a choisi (c’était notre épisode 0) de ne pas venir seul mais d’être lui-même « en réseau », d’intervenir comme un « nous », les hommes qu’il vient rejoindre sont à leur tour « en réseau », et s’il faut leur adresser la parole, celle-ci a des effets sur chacun individuellement mais aussi sur tous collectivement. La parole de Jésus provient de lui à travers un groupe, un réseau de relations, et elle s’étend à un autre réseau de relations dans lequel les réactions des uns et des autres sont transmissibles, communicables. Or la réaction d’un homme, apparentée en bien des points (mais pas tous) à celle de tous, peut bien s’étendre à tous à cause de cette parenté même. L’esprit non-épuré en lequel il se trouve est aussi bien une influence non-épurée.

  Comment Jésus réagit-il à cela ? Le mot sous lequel Marc place sa réaction est le verbe [épitimaoo], qui signifie d’abord accorder des honneurs, mais aussi faire renchérir (dans le sens d’augmenter la valeur) ou infliger, faire reproche. Que ce soit dans un sens positif ou négatif, nous sommes avec ce verbe dans l’ordre de l’évaluation. Autrement dit, l’action ou la réaction de Jésus vont faire ressortir la valeur à accorder à la réaction de cet homme dans un esprit non-épuré. Que se passe-t-il donc ? Il lui donne d’abord un ordre avec le verbe [phimoo], qui signifie « lier fortement la tête, museler » et, au sens figuré, « réduire au silence« . La traduction « Silence ! » est tout-à-fait juste bien sûr, mais le mot d’origine évoque une bride, un lien, quelque chose qui retienne. C’est une invitation faite à cet homme à ne pas « lâcher la bride » à tout ce qui l’agite.

  Et il ajoute : « Et sors hors de lui !« , ordre qu’il faut bien comprendre, en fonction de ce qui a été lu plus haut. C’est d’abord une parole qui distingue : un « toi » d’une part, un « lui » d’autre part. Le texte ne dit pas : « Sors de cet homme », ce qui est une interprétation, mais bien « sors de lui« , toute la question étant celle de l’antécédent du pronom « lui« . N’ayons donc pas une lecture « mythologique » de cet ordre donné, comme si un « démon » possédant cet homme devait sortir du corps qu’il avait pris pour demeure, car c’est bien à l’homme qu’il est donné ordre de sortir de cet « esprit non-épuré » dans lequel il se tient. La chose est très importante : face à la parole de Jésus et à l’impression dérangeante qu’elle produit, l’homme n’est pas le jouet d’une force sur laquelle il n’a nulle emprise. Mais il est de sa responsabilité de faire le pas de sortir, de quitter cette inspiration « brute », non dégrossie, de ne pas rester le jouet de ses impressions premières en se laissant porter aux extrêmes. Face à une parole dérangeante, qui nous secoue dans nos fondements, nous avons une responsabilité, nous avons à prendre position.

  Notons au passage que c’est la parole de Jésus qui a provoqué tout ce remue-ménage. Or, c’est encore avec sa parole qu’il intervient à ce point. Jésus est présenté par Marc comme l’homme de la parole, et uniquement comme cela. Il vient dire et déclarer, et il ne fait que cela. Il s’adresse aux autres, et ne fait que leur adresser la parole, sous différents modes certes, mais c’est ce qui unifie son ministère. Et il adresse cette parole depuis le groupe qu’il s’est constitué autour de lui, groupe qui n’a par conséquent pas non plus d’autre rôle que d’être porteur collectivement de cette parole : nous avons ici le noyau de ce que Marc pense de la « communauté chrétienne », ou de ce que nous appelons Eglise. Pas d’autre pouvoir ou puissance que ceux inhérents à la parole elle-même. Prendre d’autres moyens que ce « dire » ou ce « redire », c’est s’écarter du principe originel.

  Et quel est l’effet de cette parole de Jésus sur l’homme au milieu de la synagogue ? « Et le souffle non-épuré le déchirant et criant d’un grand cri, il sortit hors de lui« . Le verbe [sparassoo] se traduit « être agité convulsivement » quand il est intransitif (ou quand il n’a pas de complément d’objet, ce qui n’est pas le cas ici), mais il signifie bien « déchirer » ou « arracher » dans l’autre cas, qui est bien le nôtre. L’injonction de Jésus, qui a la première distingué entre l’homme et l’esprit sous l’influence duquel il se trouve, n’est pas obéie sans déchirement ni souffrance. Mais je tiens que le « il » est bien toujours l’homme, et le « lui » cet esprit. Obéissant à l’ordre de Jésus, peut-être touché et rejoint de n’être pas confondu avec l’esprit sous l’influence duquel il est, l’homme a fait ce pas requis, mais c’est un déchirement. Recevoir la parole de Jésus avec sa puissance dérangeante et transformante est un déchirement.

  Autour, on est stupéfait d’un tel effet. Et on se demande : « Qu’est-ce que cela ? Un enseignement nouveau selon l’autorité, et aux esprits non-épurés il commande et ils lui obéissent. » C’est avant tout la puissance de sa parole qui est repérée et mise en avant, même si l’interprétation des faits dont ils viennent d’être témoins se fait selon les préjugés du temps : ils pensent que le commandement a été donné à l’esprit non-épuré, quand il a été donné à l’homme.

  Au total, on voit que l’image de Jésus que donne Marc, la première en action, est celle d’un homme porteur d’une parole puissante, qui secoue tout le monde et provoque. Face à elle, chacun est appelé à être épuré, et justement, Jésus lui-même ne confond pas les personnes qu’il rencontre avec leurs réactions, il est le premier à distinguer entre la personne telle qu’elle est en profondeur et les influences mal maîtrisées qui la dominent. En même temps, il appelle à ce que chacun fasse le pas de quitter, quelque déchirement que cela suppose, ses réactions extrêmes, exagérées, son désespoir aussi, qui tend à penser que ce que Jésus propose est trop différent, trop d’ailleurs, pour s’offrir à être travaillé par cette parole.

Tableau récapitulatif des articles et références

Mt.1, 18-24Le fils de son amour, S’engager dans la nuit4° dimanche de l’Avent A
Mt.2, 1-12Une longue quête, Interview exclusive, Fixe ton étoile, L’étoile de la rencontre, L’enfant-espérance, Tous les chemins mènent à Béthléem, Quatre évangilesEpiphanie A-B-C
Mt.2, 113-15.19-23Un bel amour paternelSainte-Famille A
Mt.3, 1-12Refaire chanter sa vie, On fait du neuf2° dimanche de l’Avent A
Mt.3, 13-17Solidarité à tout vaBaptême du Seigneur A
Mt. 4, 1-11Tentation, Rester libre de la fascination, Le prix de la nouveauté, 1er dimanche de Carême A
Mt.4, 12-23Un groupe orienté et ouvert, Le laboratoire de la parole3° dimanche ordinaire A
Mt.5, 1-12a« Il est où, le bonheur, il est où ? », Un chemin de consolationToussaint
Mt.5, 13-16Révéler les saveurs, Au grand jour5° dimanche ordinaire A
Mt.5, 17-37La loi de la vie, Une parole fiable6° dimanche ordinaire A
Mt.5, 38-48A la mesure du père, Etre parfait ?7° dimanche ordinaire A
Mt.9, 36- 10, 8Béant devant les foules11° dimanche ordinaire A
Mt.10, 26-33Même pas peur, Prise de risque, Unifier sa vie12° dimanche ordinaire A
Mt.10, 37-42Famille chrétienne ?, Avoir du poids, Celui qui reçoit 13° dimanche ordinaire A
Mt.11, 2-11Douloureux passage à la nouveauté, Celui qui vient3° dimanche de l’Avent A
Mt.11, 25-30Père et fils, Solidarité et dépossession, S’émerveiller et se solidariser14° dimanche ordinaire A
Mt.13, 1-23Eux et nous, Combien de semeurs…?, La parole du royaume 15° dimanche ordinaire A
Mt.13, 24-43Tout ce qui grandit, Faut y aller !, Une leçon de discernement16° dimanche ordinaire A
Mt.13, 44-52Ton cœur est un trésor, Des acteurs, des objets et des moyens, Un seul coeur17° dimanche ordinaire A
Mt.14, 13-21A part18° dimanche ordinaire A
Mt.14, 22-33Illusions, Un vent de liberté, Danser sur les vagues19° dimanche ordinaire A
Mt.15, 21-28Que faire des limites ?, Demander, Sortir à la rencontre20° dimanche ordinaire A
Mt.16, 13-20Entre engagement et vision, Les portes d’Hadès, Le rôle de disciple21° dimanche ordinaire A
Mt.16, 21-27Aller derrière Jésus, Avec soi comme on est, et avec les autres, Je vais mourir22° dimanche ordinaire A
Mt.17,1-9Métamorphose, Eblouis ou éclairés ? , Des représentations à la réalité, La vision interdite, Les deux visions 2ème dimanche de Carême A ou fête de la Transfiguration
Mt.18, 15-20Quand il y a faute, La faute emprisonne, la parole délivre, S’accorder23° dimanche ordinaire A
Mt.18, 21-35Laisse aller !, Relancer, plutôt que nous soit rendu, Comportement d’un homme-roi24° dimanche ordinaire A
Mt.20, 1-16Premiers, derniers…, Estimer le fait d’œuvrer, non son résultat, Dimensions socio-économiques du royaume25° dimanche ordinaire A
Mt.21, 1-11Un pari fouRameaux A
Mt.21, 28-32Faire la volonté de dieu, A quand le vrai changement ?, Un délai26° dimanche ordinaire A
Mt.21, 33-43Se désapproprier, Jamais trop tard pour changer, Enjeux d’un synode27° dimanche ordinaire A
Mt.22, 1-14L’immense foule des hommes, Venez tous ! Ouvrez-vous à tous !, Invités par défaut ?28° dimanche ordinaire A
Mt.22, 15-21Vive la laïcité !, Halte au dogmatisme !, Une parole critique29° dimanche ordinaire A
Mt.22, 34-40Il s’agit d’aimer, Aimer est plein d’implications, Aimer son prochain comme soi-même30° dimanche ordinaire A
Mt.23,1-12Nous avons tous de quoi changer le monde, Tête et corps31° dimanche ordinaire A
Mt.24, 37-44Ouvrir les yeux, Passer à l’étonnement1° dimanche de l’Avent A
Mt.25, 1-13Faiblesse et intelligence, Venez comme vous êtes !, Pour qui es-tu présent ?32° dimanche ordinaire A
Mt.25, 14-30S’investir, croire qu’on a toujours quelque chose à donner, Le risque de l’autre, Rencontre par anticipation33° dimanche ordinaire A
Mt.25, 31-46Faire ou ne pas faire, telle est la question, L’unité est un consentement, Rencontre révélatriceLe Christ-Roi A
Mt.26, 30-35Nos chutes ont un sensDimanche de la Passion A
Mt.26, 57-68Procès devant CaïpheDimanche de la Passion A
Mt.28, 1-10Un nouveau dynamisme, pour un monde nouveau, Passer de la peur à la joieVigile pascale A
Mt.28, 16-20Rejoindre celui qui nous précède toujours, ImmersionTrinité B
Mc.1, 1-8Et si on commençait ?, Un grand élan de nouveauté, Commencement et changement2° dimanche de l’Avent B
Mc.1, 7-11Départ, InaugurationBaptême du Seigneur B
Mc.1, 12-15Guetter les signes d’amour, En harmonie avec le monde, Le retour du peuple, Changement d’époque 1° dimanche de Carême B
Mc.1, 14-20Changer d’attitude, se confier en l’action décisive de dieu, Un nouveau monde est là, Le risque de la fraternité3° dimanche ordinaire B
Mc.1, 21-28Sortir, Délivrer une parole, délivrer une personne, Exorcisme ?4° dimanche ordinaire B
Mc.1, 29-39Retrouver le pouvoir de donner, perdre ce qui divise, Il faut que ça bouge, chasser le mal, Réactions populaires, Pouvoir rectifiant de la prière5° dimanche ordinaire B
Mc.1, 40-45Dissocier le mal et la faute, Conséquences d’un bon mouvement, L’enjeu du ministère de Jésus6° dimanche ordinaire B
Mc.2, 1-12S’affranchir des cadres
Mc.2, 13-17Un peuple restreint et « pur », ou un peuple immense de pécheurs ?
Mc.2, 18-20Le sens de la pratique religieuse
Mc.2, 21L’esprit d’observance craque
Mc.2, 22Une parole agissante
Mc.2, 23-28Une liberté avec la loi
Mc.3, 1-6Impossible d’être passif devant le mal
Mc.3, 7-12Une situation complexe
Mc.3, 13-19Douze : une présence et une action plurielles
Mc.3, 20-35Prendre parti, Protéger (Mc.3, 20-21), Une campagne de communication (Mc.3,22-30), Le peuple de ceux qui le cherchent (Mc.3,31-35)10° dimanche ordinaire B
Mc.4, 1-3aEcouter
Mc.4, 3b-9Semailles
Mc.4,10-12Entrer en dialogue
Mc.4,13-20Comment recevoir
Mc.4,21-23Que faire de la parole reçue ?
Mc.4,24-25Précédé par la parole
Mc.4, 26-34Laisser la vie grandir, Voir le dieu à l’ouvrage, Dynamisme propre de la parole (Mc.4,26-29), La proportion et la dynamique (Mc.4, 30-32), 11° dimanche ordinaire B
Mc.4, 35-41Qui est dans la barque ?, Croire, c’est accepter la confiance12° dimanche ordinaire B
Mc.5,1-20Quand le « je » profond ré-émerge
Mc.5, 21-43Face aux enfants perdus ?, Ce qu’est une guérison, La prière d’un père (Mc.5,21-24a) Un plein rétablissement (Mc.5,24b-34), Au bout de son coeur (Mc.5,35-43)13° dimanche ordinaire B
Mc.6, 1-6aRévéler son âme, L’heure des choix, Absence de foi14° dimanche ordinaire B
Mc.6, 6b-13Témoins sans pouvoir, Entrer dans l’échange de gratuités, Les « apôtres »15° dimanche ordinaire B
Mc.6,14-16Implication politique
Mc.6,17-29Le piège du pouvoir
Mc.6, 30-34S’ouvrir à la diversité, S’arrêter un peu, Un jeu à trois pôles16° dimanche ordinaire B
Mc.6,35-44On ne peut pas les renvoyer : la logique de l’unité
Mc.6,45-52L’école du missionnaire
Mc.6,53-56chercher Jésus
Mc.7, 1-23Gare aux rites ! (Mc.7,1-8.14-15.21-23), Coopérer mais tout recevoir (Mc.7,1-8.14-15.21-23), Religion ou pouvoir ? (Mc.7,1-13, Avec le seul saint (Mc.7,14-16), Le choix du cœur (Mc.7,17-23)22° dimanche ordinaire B
Mc.7,24-30Justesse de ceux qui sont loin
Mc.7, 31-37Rester ouvert, Un chemin de liberté, Les doigts dans les oreilles23° dimanche ordinaire B
Mc.8,1-10Deuxième chance
Mc.8,11-13Question d’accréditation
Mc.8,14-21Examen de conscience du disciple
Mc.8,22-26Libérer l’expression du désir
Mc.8,27-30S’ouvrir par la foi, Deux étonnements, Ne rien dire de Jésus24° dimanche ordinaire B
Mc.8,31-33S’ouvrir par la foi, Deux étonnements, Un changement décisif24° dimanche ordinaire B
Mc.8,34-9,1Les disciples comme leur maître
Mc.9, 2-8Accepter d’être unique, Marche en montagne, Le Fils de l’Homme2° dimanche de Carême B
Mc.9,9-13Une prévision déroutante
Mc.9,14-29Ceux qui croient peuvent tout
Mc.9, 30-32Abus de pouvoir, Au nom du père, Faire face25° dimanche ordinaire B
Mc.9,33-37Abus de pouvoir, Au nom du père, Pouvoir d’un enfant25° dimanche ordinaire B
Mc.9, 38-40Communauté ouverte, Etre ou ne pas être … de la communauté26° dimanche ordinaire B
Mc.9,41-50Communauté ouverte, Etre ou ne pas être … de la communauté26° dimanche ordinaire B
Mc.10, 1-12Chercher la convergence des volontés, Dynamique de l’union, L’être humain porté ensemble27° dimanche ordinaire B
Mc.10,13-16Chercher la convergence des volontés, Dynamique de l’union, Comme un enfant27° dimanche ordinaire B
Mc.10,17-22Etre ou avoir ?, Une épreuve de vérité, Rien à faire28° dimanche ordinaire B
Mc.10,23-27Etre ou avoir ?, Une épreuve de vérité, Hors-gabarit28° dimanche ordinaire B
Mc.10,28-31Etre ou avoir ?, Une épreuve de vérité, Un nouvel ordre de priorités28° dimanche ordinaire B
Mc.10,32-34Leçon de réalisme
Mc.10, 35-40Choisir la non-puissance, Convertir le mode du pouvoir, Un désir fou29° dimanche ordinaire B
Mc.10,41-45Choisir la non-puissance, Convertir le mode du pouvoir, Que d’autres assignent à l’autorité ses tâches.29° dimanche ordinaire B
Mc.10, 46-52Affronter la vérité de son être, Accueillir le cri, Voir clair en soi30° dimanche ordinaire B
Mc.11,1-11Game over
Mc.11,12-14De saison
Mc.11,15-19Quand l’argent dévoie la relation au dieu
Mc.11,20-26Le désir boit à la source.
Mc.11,27-33Une question de légitimité
Mc.12,1-12Contrat non respecté
Mc.12,13-17L’autre, proximus et socius
Mc.12,18-27L’usage des Ecritures
Mc.12, 28-34Il s’agit d’aimer, Le plus proche, Une leçon d’interprétation31° dimanche ordinaire B
Mc.12,35-37Purifier l’espérance
Mc.12,38-40Notre échelle de valeurs, Situer l’autorité , Les mauvais scribes32° dimanche ordinaire B
Mc.12,41-44Notre échelle de valeurs, Situer l’autorité , Exercer son regard32° dimanche ordinaire B
Mc.13,1-2L’éphémère
Mc.13,3-4Une énorme ambiguïté
Mc.13,5-8Le bon but
Mc.13,9-13Les yeux fixés sur Jésus
Mc.13,14-20Le temple sera en effet détruit
Mc.13,21-23La tendance du cœur, enjeu capital
Mc.13, 24-27Dévoiler et unir, Le temple de la douceur, L’évidence du meilleur33° dimanche ordinaire B
Mc.13, 28-31Dévoiler et unir, Le temple de la douceur, Une double progression33° dimanche ordinaire B
Mc.13, 32-37Ouvrir l’œil, Disponibilité et promptitude, Une veille d’intensité, La fin rencontrée à chaque instant1° dimanche de l’Avent B
Mc.14,1-2Saisir les moments uniques, Conditions d’un procèsDimanche de la Passion B
Mc.14,3-9Saisir les moments uniques, Une femme prophèteDimanche de la Passion B
Mc.14,10-11Le procès rendu possible Dimanche de la Passion B
Mc.14, 12-16Vaincre la mort par la liberté du don, La liberté du don de soi, Préparation de la PâqueDimanche de la Passion B, Saint-Sacrement B
Mc.14,17-21Tentative d’infléchissementDimanche de la Passion B
Mc.14, 22-25Vaincre la mort par la liberté du don, La liberté du don de soi, Une anticipation transformante Dimanche de la Passion B, Saint-Sacrement B
Mc.14,26-31Que serons-nous dans l’épreuve ?Dimanche de la Passion B
Mc.14, 32-42Nuit de l’angoisse, L’égalité d’amour est un lutte.Dimanche de la Passion B
Mc.14,43-46Une opération éclairDimanche de la Passion B
Mc.14,47-50RéactionsDimanche de la Passion B
Mc.14,51-52Constance et fermeté d’un seul.Dimanche de la Passion B
Mc.14,53-54Les personnages du drame.Dimanche de la Passion B
Mc.14,55-59La nouveauté apportée par Jésus en question.Dimanche de la Passion B
Mc.14,60-65Cacophonie et silenceDimanche de la Passion B
Mc.14,66-72Le déniDimanche de la Passion B
Mc.15,1-5Le procès pénalDimanche de la Passion B
Mc.15,6-15Jeux de pouvoirDimanche de la Passion B
Mc.15,16-20dDéshumaniserDimanche de la Passion B
Mc.15,20e-27En croixDimanche de la Passion B
Mc.15,29-32Dérision généraleDimanche de la Passion B
Mc.15,33-39Inspiration et expirationDimanche de la Passion B
Mc.15,40-41Des femmes disciplesDimanche de la Passion B
Mc.15,42-47RideauDimanche de la Passion B
Mc.16,1-8
Mc.16,9-14
Mc.16,15-18
Mc.16,19-20
Mc.16, 1-7Tout neuf !, Un saut dans le videVigile Pascale B
Lc.1, 1-4Pourquoi lire l’évangile ?, Une église authentique3° dimanche ordinaire C
Lc.1, 26-38Quand chacun donne sa parole, Incarnation : c’est lui qui est dans les autres, Ce qui nous fait trembler le coeur4° dimanche de l’Avent B
Lc.1, 39-45-56Vivre une rencontre, L’élan et la parole, Une quête infinie4° dimanche de l’Avent C – Assomption de Marie
Lc.1, 57-66.80S’ouvrir au don de DieuSt Jean-Baptiste B
Lc.2, 1-14Une joie simpleNoël – nuit
Lc.2, 16-21Parole de berger !Saint-Marie, Mère de Dieu
Lc.2, 22-40Se ranger avec ses enfants vers le même horizon, Expérience de parents, Un vrai père, ChoisisLa Sainte-Famille B – Présentation du Seigneur A
Lc.2, 41-52Retournement et recherche, Famille sans modèleLa Sainte-Famille C
Lc.3, 1-6Reprendre sa trace profonde, Ajuster son cœur2° dimanche de l’Avent C
Lc.3, 10-18Justice sociale urgente, A la rencontre de l’espérance3° dimanche de l’Avent C
Lc.3, 15-16.21-22Solidarité jusqu’au dernier degré, La fête de la solidaritéBaptême du Seigneur C
Lc.4, 1-13De quoi avons-nous faim ?, Sans pouvoir1° dimanche de Carême C
Lc.4, 14-21Pourquoi lire l’évangile ?, une église authentique3° dimanche ordinaire C
Lc.4, 21-30Vivre mains ouvertes, Le dieu ne parle que par un étranger4° dimanche ordinaire C
Lc.5, 1-11Le risque et la solidarité, Germe de renouvellement5° dimanche ordinaire C
Lc.6, 17.20-26Disciple, mais pas pour soi, Porteurs d’une promesse6° dimanche ordinaire C
Lc.6, 27-38Chemin de gratuité et de gratitude, Au royaume de la compassion7° dimanche ordinaire C
Lc.6, 39-45Tous disciples, pas de maître, Voir clair8° dimanche ordinaire C
Lc.9, 11b-17Remise en place, Donnez à mangerSaint-Sacrement C
Lc.9, 28b-36Perdre le goût du pouvoir, Jésus prie2° dimanche de Carême C
Lc.9, 51-62Grande résolution, A sa suite13° dimanche ordinaire C
Lc.10, 1-12.17-20Sur de nouvelles bases, Agneaux au milieu des loups14° dimanche ordinaire C
Lc.10, 25-37Révolution sociale, Pris aux tripes15° dimanche ordinaire C
Lc.10, 38-42Sourcer son agir, Hospitalité16° dimanche ordinaire C
Lc.11, 1-13Désirs de disciple, Demander17° dimanche ordinaire C
Lc.12, 13-21Croissance mortifère, Remise en place18° dimanche ordinaire C
Lc.12, 32-48Tout changer par l’espérance, L’attention de la joie19° dimanche ordinaire C
Lc.12, 49-53Une démarcation dans le cœur, Un chemin de liberté20° dimanche ordinaire C
Lc.13, 1-9Dieu ne punit pas, Changer de critères3° dimanche de Carême C
Lc.13, 22-30Choisir ce qui est petit, Par la porte de service21° dimanche ordinaire C
Lc.14, 1.7-14Vivre, c’est s’ouvrir à la gratuité, Se risquer à donner de soi-même22° dimanche ordinaire C
Lc.14, 25-33Faire le point en soi-même, Mettre à distance23° dimanche ordinaire C
Lc.15, 1-32Bouleversement social, S’ouvrir à l’inespéré24° dimanche ordinaire C
Lc.15, 1-3.11-32Manger, avec qui ?, Un père désapproprié4° dimanche de Carême C
Lc.16, 1-13Accueillir et comprendre à tout prix, L’enjeu de la gestion25° dimanche ordinaire C
Lc.16, 19-31Le bouché, et ses débouchés, Si loin, si proche26° dimanche ordinaire C
Lc.17, 5-10Quand on commande, Coup de chiffon sur le miroir27° dimanche ordinaire C
Lc.17, 11-19A la source de l’émerveillement, Sa vie dans ses mains28° dimanche ordinaire C
Lc.18, 1-8Aller puiser à l’intérieur, Faut gueuler !29° dimanche ordinaire C
Lc.18, 9-14Ouverture en mineur, Se laisser modeler30° dimanche ordinaire
Lc.19, 1-10La promptitude et la joie, Inverser le flux31° dimanche ordinaire C
Lc.20, 27-38La résurrection et l’amour, Vivants !32° dimanche ordinaire C
Lc.21, 5-19S’attacher à une vie forte et fragile, Sur le qui-vive33° dimanche ordinaire C
Lc.21, 25-28.34-36Retrouver son humanité, L’attente d’un dévoilement1° dimanche de l’Avent C
Lc.22, 14-22Décisive offrande de soidimanche de la Passion C
Lc.22, 47-53Entraîné par la fouledimanche de la Passion C
Lc.23, 35-43Dans le Royaume, Le vigilantChrist-Roi C
Lc.24, 1-12Etonnons-nous !, Pas là !Vigile Pascale C
Lc.24, 13-35Chemin d’espoir, Résurrection d’un couple ?, Dérangés3° dimanche de Pâques A
Lc.24, 35-48Voir comme un aveugle, Impossible à reconnaître3° dimanche de Pâques B
Jn.1, 6-8.19-28Faire advenir la parole, Naître dans la nuit, L’inconnu d’aujourd’hui3° dimanche de l’Avent B
Jn.1, 29-34L’inattendu, Question de regard2° dimanche ordinaire A
Jn.1, 35-42Première suite de Jésus, Un nom nouveau2° dimanche ordinaire B
Jn.2,1-11Œuvrer à la joie, Un signe étrange2° dimanche ordinaire C
Jn.2, 13-25Faisons place nette, Une maison commune3° dimanche de Carême B
Jn.3, 14-21Aimer le monde, Chercher à croire, Etre engendrés de l’Esprit, Cosmos, Pour que le monde soit sauvé4° dimanche de Carême B – Trinité A
Jn.4, 5-42Donne-moi à boire, Êtres de désir, Donner et recevoir3° dimanche de Carême A
Jn.6, 1-15Eucharistie inclusive, La gratuité, enfin17° dimanche ordinaire B
Jn.6, 24-35Révéler sa beauté, Se disposer pour la gratuité18° dimanche ordinaire B
Jn.6, 41-51Le pain de la vie, Vivre ! 19° dimanche ordinaire B
Jn.6, 51-58Du pain, Devenir nourriture, L’offrande de soi en commun, Vivre pour l’éternitéSaint-Sacrement A – 20° dimanche ordinaire B
Jn.6, 60-69La chair n’est d’aucun secours !, La vie, librement21° dimanche ordinaire
Jn.8, 1-11Se mettre à bonne hauteur, #she too5° dimanche de Carême C
Jn.9, 1-41Maintenant vous dîtes que nous voyons, votre péché demeure, Le regard et l’action, Surpris par la nouveauté4° dimanche de Carême A
Jn.10, 1-10Entrer et sortir, Appel à sortir, La porte4° dimanche de Pâques A
Jn.10, 11-18Se laisser connaître et connaître à son tour, Berger4° dimanche de Pâques B
Jn.10, 27-30Feuille de route du responsable, Tenir sa place dans le troupeau4° dimanche de Pâques C
Jn.11, 1-45Sortir, Etat de faiblesse, L’ami5° dimanche de Carême A
Jn.12, 20-33Une attraction universelle, Chercher un sens à la mort5° dimanche de Carême B
Jn.13, 31-33a.34-35Prendre sur soi la mort de l’autre, Il n’y en a plus pour longtemps5° dimanche de Pâques C
Jn.14, 1-12Aller vers le père, Murmure intérieur, Une focalisation qui libère5° dimanche de Pâques A
Jn.14, 15-21Comment demander, Jusqu’où mène l’amour mutuel, Une relation pneumatique6° dimanche de Pâques A
Jn.14, 23-29Parole donnée, De quoi être soufflé !, En temps de trouble, L’accomplissement6° dimanche de Pâques C – Pentecôte C
Jn.15, 1-8Tailler au bon endroit, Vin de la joie et de la convivialité5° dimanche de Pâques B
Jn.15, 9-17L’école de l’amour, Vive l’amitié !6° dimanche de Pâques B
Jn.15, 26-27Laisser advenir l’espritPentecôte B
Jn.16, 12-15Laisser advenir l’esprit, Un souffleur opportun, Le cœur de la conversation, Faire aboutir le messagePentecôte B – Trinité C
Jn.17, 1-11aAction de grâce, Vivre et aimer, Demander la gloire7° dimanche de Pâques A
Jn.17, 11b-19Vivre résolument dans le monde, Vivre dans le monde7° dimanche de Pâques B
Jn.17, 20-26Je demande, Croire que tu m’as envoyé7° dimanche de Pâques C
Jn.18, 33b-37Vivre en frère, Le monde va quelque part : il s’agit d’entrer dans le mouvementChrist-Roi B
Jn.20, 1-9Où est-il ?Dimanche de Pâque (jour) ABC
Jn.20, 19-31Ouverture, Se jeter en lui, Faire signe, Une issue au confinement ?, Voir et croire, Paix à vous, Marque de clous, Vivre dans l’Esprit, Paix2° dimanche de Pâques ABC – Pentecôte A
Jn.21, 1-19Faire du nouveau, Berger d’espérance3° dimanche de Pâques C
Ac.2,1-11Se laisser interromprePentecôte A

Le risque de la fraternité (Mc.1, 16-20)

16 Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. 17 Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » 18 Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. 19 Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. 20 Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

  Après nous avoir présenté les axes fondamentaux de son annonce et de son ministère, Marc nous montre maintenant Jésus en train de vivre et d’agir. Et cela commence en une sorte « d’instant 0 », un préalable. Ce moment a déjà été commenté en deuxième partie des notices suivantes : Changer d’attitude, se confier en l’action décisive de Dieu et Un nouveau monde est là.

  Jésus se trouve « passant-à-côté à côté de la mer de Galilée » : voilà qui est fort redondant ! Le [para] (à-côté, près de ) se trouve à la fois en préverbe, [paragoon] et en préposition ; en ce dernier cas, toutefois, la préposition est construite avec l’accusatif, ce qui désigne le lieu où l’on va. Ainsi donc, le bord de mer est bien la destination que Jésus s’est donnée, la zone qu’il compte parcourir (et l’on se souvient qu’il vient désormais « dans la Galilée » en général). C’est à l’évidence une zone d’activité, où la vie des hommes est diverse et abondante. Il va où sont les hommes, le « désert » est bien fini. Et si l’on peut être plus ou moins proche de la mer (ou du lac, mais celui-ci est grand : six fois le Lac d’Annecy, un peu plus grand que le Bassin d’Arcachon), il est cette fois au bord, il le longe, c’est sans doute le sens de cette redondance. Et c’est sans doute la zone la plus habitée, où il y a le plus de monde. Jésus n’entend pas faire dans le « confidentiel », s’adresser à quelques-uns, mais il veut au contraire rejoindre le plus de personnes possibles.

  La scène qui va se reproduire deux fois, dans ce contexte, y prend un sens conséquent assez net : Jésus, s’il va à la rencontre des hommes, veut y aller aussi avec d’autres hommes. D’emblée, il ne veut pas être un solitaire allant à la rencontre des autres. Pourquoi ? Car certes, les Maîtres (les « rabbis ») avaient souvent des disciples autour d’eux : mais en général, ce sont ceux-ci qui demandaient à être de l’entourage, alors qu’ici, c’est une initiative du « maître » lui-même. Pourquoi une telle initiative ?

  Un homme seul qui se confronte aux autres livre un message tout-à-fait différent : la relation apparaît comme « moi et les autres », « moi face aux autres ». Les relations sont alors en quelque sorte triées et captées : seules vont compter les relations de chacun à lui, isolant de fait chacun de ses interlocuteurs. Ainsi, ce choix initial de Jésus dit alors quelque chose de capital, et c’est justement qu’il ne veut pas cela. Le réseau de relations dans lequel chacun vit est au contraire assumé, parce que le « leader » du groupe est lui-même dans un réseau de relations, et que s’approcher de lui peut se faire directement mais aussi par d’autres, et encore par ces deux procédés à la fois. Jésus ne veut pas conduire à lui-même, il ne veut pas « terminer » à lui les relations qu’il va créer.

  Cela est d’autant plus flagrant que ceux que Jésus « appelle » (« convoque« ) sont eux-mêmes en réseau : Simon et André sont frères, Jacques et Jean sont frères. Il ne prélève pas l’un en laissant l’autre, brisant à chaque fois une fratrie. Il prend au contraire la fratrie tout entière : ce qu’il laisse, c’est le père Zébédée, et ce sont les salariés de celui-ci.

  Cela montre aussi un choix précis : il ne prend pas la relation d’entreprise, il ne prend pas non plus la famille entière dans sa verticalité. Il y a comme une épure. Celle-ci n’a pas le sens d’un rejet (qui viendrait contredire le choix premier de se situer dans le réseau des relations tout entier) mais bien d’un centrement privilégié : la fratrie, la relation fraternelle, est mise au cœur. Or la fratrie est quelque chose de dangereux : le premier exemple que nous en ayons, dans la Bible, c’est Caïn et Abel, et cela finit mal… La fraternité n’est pas un rêve, tant s’en faut, mais elle est un horizon.

  Ce qui me semble marquer la fraternité, c’est d’abord l’absence de choix : mon frère m’est donné, et moi à lui, tel que nous sommes l’un et l’autre, que cela nous plaise ou non. Mais ce qui la marque aussi, c’est le lien du sang : nous avons mêmes parents, même origine, et c’est ainsi aussi qu’il nous appartient de nous reconnaître, de nous soutenir. Peut-être est-ce aussi cela qui guide le choix initial de Jésus dans l’inauguration de son ministère : prendre le risque de la fraternité, et viser les hommes à travers cette relation première, modéliser à partir de là, apprendre à s’accepter comme on est, mais reconnaître en chacun une commune origine. C’est peut-être bien une disposition pratique essentielle pour annoncer l’évangile du père, car ceux qui ont un même père sont forcément frères.

  Ce choix initial dans le mode de son ministère dit aussi autre chose : les disciples vont être d’emblée à la fois des sédentaires et des itinérants. Car disciples sont ceux qui « laissent » filets, métiers, père, compagnons de travail ; mais disciples aussi, ceux à la rencontre desquels ils vont aller ensemble. Jésus pose dès l’origine deux modes pour être disciples, deux modes pour répondre à l’évangile qu’il fait résonner, l’un qui est tout simplement de se faire auditeur là où l’on est et quoi que l’on fasse, l’autre qui épouse l’itinérance de Jésus, sur l’injonction de celui-ci (et pas de sa propre initiative), de sorte que l’évangile soit annoncé dans les relations. Entre ces deux modes, une interdépendance : ceux qui sont dans l’itinérance sont avec Jésus porteurs du message ; ceux qui sont dans la sédentarité apportent par leur accueil le soutien aux premiers. Une diversité féconde, posée dès l’abord de son ministère.

Changement d’époque (Mc.1, 14-15)

14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; 15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

  Nous voilà maintenant avec le dernier moment de l’entrée en scène de Jésus chez Marc : il y a eu d’abord, après le titre de l’ouvrage, l’entrée en scène de Jean-Baptiste, puis l’arrivée de Jésus dans la scène du baptême et de la mise au désert, avec une étonnante alternance d’initiative et de docilité à d’autres, aux motions de l’esprit notamment. Maintenant, Jésus reste seul en scène. J’ai déjà eu l’occasion de commenter ce passage dans les deux commentaires Changer d’attitude, se confier en l’action décisive de dieu, et Un nouveau monde est là.

  Cette fois-ci, la distinction est nette avec le passage précédent : Marc nous dit que ce qui vient se passe « après l’arrestation de Jean« . Mais il le dit avec un mot bien particulier, [to paradothènaï], littéralement « l’avoir été livré« . Comme on l’a déjà remarqué, c’est le mot-même qui sera employé pour Jésus à la fin de ce même évangile. Autrement dit, Jean sort de scène, il n’est plus en contact avec le public, mais il n’en devient pas moins insignifiant. Au contraire, il réalise dans son corps, physiquement, sa mission de prophète, en vivant ce que Jésus va vivre. Marc multiplie les annonces de la Passion dès l’entrée en scène de Jésus, il nous fait clairement comprendre au seuil de son ouvrage qu’il l’entend comme une vaste introduction à la Passion de Jésus (qui prend, c’est un fait, un volume considérable au regard de l’ensemble de son ouvrage).

  Du point de vue du temps, on n’a pas la moindre idée de celui qui s’est écoulé entre l’expérience du désert et l’arrestation de Jean-Baptiste : Marc n’en a cure. Il veut seulement nous montrer une succession. D’autres évangiles font voir une période de cohabitation des deux ministères, avec certains aller-retours, certains échanges, entre Jean et Jésus. Mais pas chez Marc. Pour lui, il y a clairement un changement d’époque entre Jean et Jésus. Jean était encore témoin d’un avenir, d’une promesse : s’il y a changement d’époque aussi radical, c’est que nous sommes passés du côté de l’accomplissement.

  Nous allons revenir sur ce sujet de l’accomplissement dans un instant, mais notons d’abord que « Jésus vint dans la Galilée« . Quand Jean exerçait, Jésus est « venu depuis [apo] Nazareth de Galilée« , c’est le lieu d’origine de son mouvement, là d’où il sort. Maintenant que Jean n’exerce plus, il vient (exactement le même mot) « dans [éïs] la Galilée« . Il ne « revient » pas à Nazareth, mais avec la même initiative de rencontre qui l’a fait venir vers le peuple cherchant à revenir vers son dieu au baptême de Jean, il vient dans la Galilée, sous-entendue : la région tout entière. Du reste, quand il passera à Nazareth, les choses se passeront assez mal : peut-être justement parce que les gens interprèteront sn passage comme un retour, alors qu’il vient autrement, chargé d’une autre mission. Il me semble que Marc veut nous faire comprendre que le ministère de Jésus qui commence maintenant s’exerce dans le même élan, avec la même intention, que sa venue vers Jean pour être baptisé. Il est le témoin du dieu qui va à la rencontre de son peuple cherchant à revenir vers lui. Venir vers Jean et venir en Galilée sont un seul et même mouvement, l’un symbolique, figuré, l’autre concret, propre. D’une certain manière, c’est à partir de maintenant que Marc commence vraiment son « histoire » de Jésus, celle qui va le conduire vers cette fin tragique.

  Autre rupture, Jean « proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés« , quand Jésus « proclame l’évangile du dieu« . Le ministère du baptiste se résumait dans une action symbolique (un rite, en quelque sorte) liée à un changement intérieur à apporter. Il ressemble beaucoup à ce qu’est devenu le ministère dans l’Eglise aujourd’hui, soit dit en passant : la place des rites y est devenue prépondérante, avec un certain moralisme prédominant. Comme quoi, le changement du Baptiste à Jésus est fort, et loin d’être évident à tenir dans le temps !! Jésus, quant à lui, « proclame l’évangile du dieu« : c’est beaucoup plus gratuit. La proclamation en question arrive comme un « exposé », comme une réalité qu’on mettrait sous le regard, ou dont on ferait voir l’évidence ou les signes, mais dont on tient compte ou non. Nous avons déjà rencontré chez Marc ce terme d’ « évangile » : dans le titre qu’il donne à son ouvrage. « Evangile » y est associé à Jésus, à Christ, à fils et à dieu. Et le titre donne l’ouvrage de Marc, où son contenu, comme le seul commencement ou origine de l’évangile : autrement dit, l’évangile déborde ce qui est relaté par Marc, il dure encore, il se prolonge indéfiniment dans le présent. Le message de Jésus proclame l’évangile du dieu, il proclame la filiation à ce dieu, il proclame que celle-ci se réalise par son « oint« , son Christ, il proclame que Jésus est la réalisation concrète de tout ceci.

  Autrement dit, pour Marc, Jésus est en personne l’initiative du dieu qui vient à la rencontre de son peuple, des hommes qui cherchent à revenir vers lui. Et cette initiative consiste dans une exposition, dans le fait de placer là, devant tous et chacun, l’aventure de la filiation, offerte par le dieu même.

Beauté offerte, présentée, que l’oeil n’a qu’à recueillir : le tout est d’y être présent.

  Si ce que je comprends est juste, cela donne beaucoup de force au contraste formé par les contenus des deux proclamations, celles de Jean et celle de Jésus. Jean proclame : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » Il cherche à déporter l’attention de ceux qui l’écoutent de lui-même vers un autre. Il part du fait qu’on est venu à lui et veut conduire plus loin, éveiller une nouvelle attente. Il fonctionne par comparaison, tant des personnes (« il est plus fort« , « je ne suis pas digne… ») que des pratiques (« je vous ai baptisé…« , « lui vous baptisera…« ). Jésus proclame : « Les temps sont accomplis : le règne du dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile.  » Il ne parle à aucun moment de lui-même, mais il ouvre les yeux sur l’occasion, le temps, qui s’offre désormais à tous. Ce n’est plus le futur, c’est un présent. Le fameux « accomplissement » que nous avons évoqué plus haut est là : dans ce présent désormais rempli, c’est-à-dire qu’il est moins un temps un temps pour attendre un futur qu’un double présent. Un temps où quelque chose nous est présenté, et un temps dans lequel nous pouvons nous aussi y accéder, être présents.

  Ce qui est présent (présenté), c’est le « règne de dieu« , c’est-à-dire la réalisation de la promesse messianique ( le « messie », c’est le « roi » oint, consacré, par le dieu lui-même. S’il règne, le dieu accomplit sa promesse). La question est : comment être nous aussi gouvernés par lui ? Comment entrer dans ce royaume où c’est lui qui exerce la royauté ? Il y a deux conditions, l’une qui prolonge ce que Jean-Baptiste a commencé en proclamant un baptême de conversion : « Convertissez-vous« , l’autre, totalement nouvelle, « croyez à l’évangile« . Si l’évangile est ce que nous avons dit plus haut, le fait rendu accessible d’être avec le dieu dans une relation de filiation par l’entremise de son christ, le point clé est d’y croire : croire que le dieu a offert une telle chose, croire que c’est possible, croire que c’est à portée, croire enfin que, dans l’initiative où il est à notre égard de venir à la rencontre de ceux qui cherchent à se retourner vers lui (à se « convertir« ), ce n’est pas tant de nous que dépend la réalisation d’une telle grandeur que de lui. Croire qu’il fait, lui, ce qu’il montre et déclare, sans que nous en soyons la mesure.

Le retour du peuple (Mc.1, 12-13)

12 Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert 13 et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

  Jésus, le personnage principal de l’évangile de Marc, vient d’entrer en scène, en venant depuis Nazareth se faire baptiser par Jean. Voilà maintenant un deuxième temps de l’entrée en scène de Jésus, avec son passage au désert. J’ai déjà eu l’occasion de commenter deux fois ce passage, Guetter les signes d’amour et En harmonie avec le monde. A vrai dire, ce deuxième temps d’entrée en scène est plutôt une sortie de scène ! Voilà notre personnage au désert, c’est-à-dire à part de tout et de tous. C’est une nouvelle surprise, quand on l’attendrait a priori effectuant une première action éclatante.

  Notre passage commence par un « aussitôt » (en grec, [éouthus]), mot que nous avons déjà rencontré il y a peu : c’est celui qui introduit ce qui se passe après le baptême de Jésus. Rappelons-nous : « Il est baptisé dans le Jourdain par Jean. Et aussitôt, remontant hors de l’eau, il voit les cieux se déchirer et l’esprit comme une colombe qui descend en lui… ». Cet « aussitôt« -là était suivi, on vient de le relire, par une mention de l’action de l’esprit : or c’est encore le cas dans cet « aussitôt« -ci. Voilà qui me fait réaliser que j’ai eu tort de penser d’abord, que l’épisode que nous abordons était réellement distinct du précédent chez Marc. Au contraire, tout semble montrer que j’aurais dû les aborder ensemble. Et l’on a sans doute pour Marc le schéma suivant : 1) Jésus remonte hors de l’eau (il redevient actif, après avoir été baptisé par Jean) ; 2) Jésus reçoit une double initiative « d’en-haut » qui consiste en 2a) une vision de l’esprit descendant en lui accompagnée de l’audition d’une déclaration paternelle, et 2b) une motion de l’esprit qui le fait changer de contexte. Ce double « aussitôt » n’en est en fait qu’un seul, il nous met aux prises avec un double déclenchement du fait de la sortie des eaux par Jésus. Je dis déclenchement, parce que nous avons il me semble mis en lumière la semaine passée qu’il n’y avait pas de relation de cause à effet entre l’action de Jésus et l’initiative céleste, mais plutôt une logique d’échange, de don et de contre-don, d’une gratuité en réponse à une autre. Gardons cela présent à notre esprit, et commençons par essayer de bien comprendre notre texte d’aujourd’hui, puis nous pourrons essayer de replacer ce que nous aurons compris dans le contexte qu’il nous semble apercevoir maintenant.

   »…l’Esprit pousse Jésus au désert… », ou plutôt comme on l’a déjà remarqué dans nos deux commentaires précédents, l’esprit l’expulse ([ékballoo]) au désert. Le verbe est très fort, et nous avons déjà noté que c’est celui que Marc va employer bien souvent pour parler de l’action de Jésus lui-même avec les « démons » ou les « esprits impurs » : lui aussi les expulse, les jette dehors. Il s’agit d’une action souveraine, irrésistible, qui s’impose à celui qui la subit sans qu’aucune résistance soit possible. Mais quel peut bien être le sens de cette motion de l’esprit qui s’impose à Jésus ?

  Du désert, il a déjà été beaucoup question en peu de temps, en ce début de l’évangile de Marc. La première mention vient avec la citation inaugurale du prophète Isaïe « Une voix ! Quelqu’un crie dans le désert : préparez le chemin du seigneur… » (Is.40,3) : il s’agit du retour des exilés. Le prophète annonce l’expiation achevée de la faute qui avait valu au peuple l’exil, il annonce désormais la consolation. A travers le désert (celui qui sépare Babylone de la Terre promise, si on coupe au plus court), une route se trace pour qu’ils reviennent au plus vite. Le désert est à l’évidence, matériellement, un lieu de désolation, un lieu austère : le peuple, pour rentrer au plus vite, doit passer par ce dépouillement qui ouvre à la joie d’une communion retrouvée avec son dieu. Et justement -deuxième mention-, Jean « baptise dans le désert« , c’est-à-dire que l’exercice de son ministère est à comprendre comme l’étape du retour vers le promesse. Dans cette austérité et ce dépouillement qui marquent le retour du peuple vers son dieu, le baptême de Jean se situe comme une étape décisive, un acte qui pose le choix de la « conversion » c’est-à-dire du retour, d’une vie désormais en marche vers la rencontre du dieu et de sa promesse.

  Or nous avons montré à l’étape précédente que Jésus « vient » à la rencontre, il prend l’initiative de la rencontre. Mais il s’agit cette fois de la rencontre avec le peuple dans ce baptême : Marc le présente comme si lui venait depuis le point d’arrivée du peuple, car la Galilée est aussi le premier point de la Terre promise atteint si l’on vient en ligne droite depuis Babylone ! Autrement dit, Marc présente Jésus comme venant jusqu’au désert à la rencontre du peuple de retour. En filigrane, c’est le dieu qui ne reste pas en attente du retour de son peuple, mais qui prend l’initiative de venir le trouver où il est. Cela éclaire-t-il cette « expulsion » ? Il me semble que oui, et deux deux manières.

  D’abord, cela montre bien l’initiative divine. L’esprit qui a l’initiative de « descendre en [Jésus]« , et la voix céleste, manifestent l’approbation divine de l’initiative de Jésus d’aller ainsi à la rencontre du peuple en recevant le baptême. Et dans le même temps, d’une façon irrésistible, ce même esprit envoie Jésus dans le désert où se trouve le peuple qui veut revenir vers son dieu. Le dieu prend à son compte l’initiative de Jésus, la fait sienne. Ensuite (mais peut-être cela vient-il plus dans l’esprit du lecteur que dans l’intention de Marc lui-même ?), cette « expulsion » évoque fortement celle du « bouc émissaire » vers le désert. On peut aller relire cela en Lv.16 : en fait, les boucs sont deux, et ils font partie de la mise en œuvre du sacrifice d’expiation (expiation qui est bien le contexte du « désert » tel qu’Isaïe 40 l’évoque, et que Marc le reprend). Ce sacrifice reprend de nombreux traits de celui, fondateur, qui instaure la première alliance (Ex.24), le sang (du premier bouc) -qui est le signe de la vie- asperge l’autel -qui est le signe du dieu-, autrement dit, c’est de nouveau la vie en communion avec le dieu qui est ré-offerte. Mais la réalité historique qui brise cette communion, les péchés, doit pour cela être effacée : les péchés sont transférés via l’imposition des mains des prêtres sur le deuxième bouc, lequel est ensuite chassé, « expulsé » au désert (où on ne sait pas ce qu’il devient, il est abandonné -puisqu’il s’agit d’abandonner ses péchés). Il me semble ainsi que Marc nous invite, dès l’abord de son évangile, à voir aussi dans « son Jésus » celui qui va être chargé des péchés du peuple, pour les faire disparaître et ôter ainsi tout obstacle à la communion du peuple avec son dieu.

  Cette fois-ci, pourtant, on sait ce que devient ce « bouc émissaire » : « Et il était dans le désert quarante jours, éprouvé par le satan, et il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. » Il y a bien rencontre avec le « Azazel » de Lv.16, appelé cette fois « le satan« , qui sans doute lui fait subir un peu ce qu’il veut (le deuxième bouc est « livré à Azazel »). Mais aussi il y a restauration de la première création, car dans ce contexte même Jésus refait la communion avec les « bêtes sauvages » comme au premier Eden, et refait la communion avec les êtres célestes, la communion de tous les vivants du ciel et de la terre. J’ai déjà montré cela dans les deux commentaires précédents. Ce par quoi Marc nous fait comprendre que, loin de devenir la « créature » du Satan, son instrument, Jésus va épuiser sur lui-même le pouvoir de celui-ci, qui ne va pas pouvoir en faire sa « chose », et il va au contraire restaurer l’harmonie de toute la créature, retrouver le fil originel de l’intention du Créateur.

  Au total, donc, le premier Jésus que nous montre Marc est celui qui a l’initiative de venir à la rencontre de son peuple en partageant avec lui, dans son désir de revenir à son dieu, le combat pour se dépouiller de ce qui le retient loin de celui-ci. Il va le faire jusqu’à subir la sépulture mais il va se relever. Or le dieu se saisit lui-même de cette initiative et la fait sienne, il s’investit totalement en Jésus et le déclare son fils, met son esprit en lui, et le charge précisément de tout ce qui retient le peuple loin de lui, afin que le pouvoir de l’adversaire s’épuise sur lui, reste sans force désormais, et que la créature soit tout entière restaurée dans la perspective première. Quel tableau inaugural !!

Inauguration (Mc.1, 9-11).

09 En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. 10 Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. 11 Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

  Je n’ai pas eu un nombre incalculable de réponses, mais toutes celles que j’ai eues, en commentaire ou en « off », allaient dans le même sens sans exception : passer à un commentaire suivi d’un évangile. Alors tentons cette aventure (ç’en est une !) ensemble, et commençons sans attendre.

  Nous avons déjà lu et commenté le début de l’évangile de Marc, et assez récemment : si vous souhaitez le relire d’abord, je vous y renvoie : commencement et changement. Et vous trouverez là le lien vers deux autres commentaires de ce commencement : il s’agissait des versets 1 à 8 du premier chapitre de Marc, et je passe directement aux versets 9 à 11 qui semblent constituer une unité. J’en ai déjà fait une sorte de commentaire, départ, sous la forme d’un dialogue fictif entre Jésus et sa mère après cet épisode.

   »Et il arriva en ces jours-là… » le lien avec ce qui précède est à la fois évident et assez lâche. Evident, de par ce « et » : après le titre de l’ouvrage, Marc nous a dépeint le ministère de Jean-Baptiste. Il nous l’a montré comme correspondant à une parole du prophète Isaïe, il nous l’a montré en action, et il nous a donné le cœur de sa proclamation. Tout ceci est donc une sorte d’arrière-plan, de contexte, dans lequel peut maintenant survenir l’évènement qu’il veut nous dire. Mais je disais que le lien était aussi assez lâche : c’est que « en ces jours-là » n’est pas vraiment très précis ! On pourrait d’ailleurs traduire « en ces jours bien particuliers« , car le grec [ékéïnos] désigne un objet à distance, mais qui peut aussi être « mis à distance », c’est-à-dire désigné avec emphase. Cela qualifie les jours dont il est maintenant question, mais ne fait pas un lien précis, déterminé, causal, avec le contexte précédent. Nous avons clairement un contexte, un décor, et maintenant l’entrée en scène du personnage principal. Son arrivée n’est pas déterminée par ce qui précède, il ne vient pas comme une conséquence nécessaire. Au contraire, il entre souverainement en scène, et c’est plutôt lui qui est la cause des dispositions qui précèdent. Mais voyons l’évènement.

   »…vient Jésus depuis Nazareth de Galilée et il est baptisé dans le Jourdain par Jean. » C’est la première fois, dans l’évangile de Marc, que Jésus apparaît. Il a été nommé dans le titre, mais on ne l’a encore ni vu ni entendu. Maintenant il est là. Et il apparaît « venant » : il a l’initiative du mouvement de la rencontre. Marc nous dit d’où il vient : « depuis Nazareth de Galilée« , un village totalement inconnu et qui n’a jamais trouvé place dans l’Ecriture. Voilà qui fait contraste avec Jean-Baptiste lui-même, qui est posé comme l’accomplissement d’une parole prophétique ; Jean-Baptiste réalise quelque chose d’annoncé : Jésus, non. Il sort de l’inconnu, du non-dit, de l’imprévu.

  Ce Jésus de Marc est fort original ! Quelle place dans nos vie prend l’imprévu, et l’inconnu ! L’inconnu et l’imprévu sont bouleversants, ils viennent par essence renverser les habitudes, déranger le cerveau qui n’aime rien tant que prévoir. Il y a toutes sortes d’imprévus dans nos vies, mais surtout deux grandes catégories, que nous faisons après coup : celui dont nous regretterons toujours qu’il ait eu lieu (si seulement … !), et celui dont nous sommes reconnaissants (mais heureusement que…!). Et comme ce sont des catégories après coup, il arrive que le déroulement et la profondeur du temps fassent changer un imprévu de catégorie. Il n’est donc pas impossible qu’un jour, qu’un dernier jour, tout l’imprévu se retrouve dans la deuxième catégorie, celle dont nous sommes reconnaissant. Mais pour le moment, l’imprévu, quelle que soit sa couleur, peut être interprété par nous comme une venue de Jésus.

  Jésus « vient » (ici, il est actif), et « il est baptisé dans le Jourdain par Jean. » : là, il est passif. C’est Jean qui agit, et c’est ici seulement que le lien se fait entre le contexte, le décor précédemment tendu, et le personnage qui est entré en scène. Lien surprenant là encore : c’est le décor qui a une action sur le personnage -quand habituellement, c’est l’inverse qui se produit : tout de suite, le personnage principal fait quelque chose ! Ici, le personnage posé par Marc a l’initiative de la rencontre, mais il choisit de subir ensuite, d’accepter ce qu’elle sera avec toutes les conséquences que cela aura. Impossible de ne pas penser d’emblée à la fin qu’aura l’évangile de Marc, à la longue passion de Jésus, conséquence de sa rencontre avec les hommes.

  D’autant plus impossible de ne pas y penser, que être « baptisé dans le Jourdain« , c’est être enseveli dans ses eaux ! Le Jésus de Marc est immédiatement posé dans cette double réalité d’initiative de sa part et de conséquences dramatiques pour lui. L’incipit de Marc est on ne peut plus littéraire, il résume d’un coup l’essentiel de ce qu’il va nous dire. Et ce n’est pas tout, car là ne s’arrête pas l’épisode conté par Marc : « Et aussitôt, remontant hors de l’eau, il voit les cieux se déchirer et l’esprit comme une colombe qui descend en lui ;… » Il a été baptisé, plongé, enseveli : passivement. Mais de nouveau il prend l’initiative. Il remonte, il sort. Les mots sont transparents pour qui a lu la fin de Marc : son Jésus est aussi d’emblée celui qui ne restera pas dans la mort qu’il subira.

  Or il y a ici du nouveau : dans cette nouvelle initiative de sa part ses cache une nouvelle passivité. Jésus acteur, puis passif ou victime, puis de nouveau acteur, devient maintenant spectateur. Quelque chose se passe, qu’il subit aussi, mais dont le Baptiste n’est plus l’auteur. Jésus voit « les cieux se déchirer« , ce qui est aussi dans Isaïe. Jean-Baptiste est précédé d’une parole d’Isaïe, qu’il vient en quelque sorte accomplir. Mais Jésus est suivi d’une parole d’Isaïe, comme s’il en déclenchait la vérité. C’est qu’Isaïe disait : « On dirait que jamais tu n’as régné sur nous que jamais nous n’avons été désignés de ton nom. Ah! Puisses-tu déchirer les cieux et descendre! Puissent les montagnes s’effondrer devant toi! » Il appelait la réalisation effective du règne du dieu sur son peuple, il aspirait à ce que rien n’y fasse plus obstacle : car il constatait aussi que ce règne n’était que de nom, qu’il n’était pas une réalisation. Et Marc place cette réalisation comme postérieure et conséquente à la « remontée » de Jésus de son ensevelissement dans les eaux. Ce qui va rendre effectif le règne du dieu, ce sera cette remontée -cette résurrection.

  Mais il ne voit pas que les cieux qui se déchirent, il voit aussi « et l’esprit comme une colombe qui descend en lui ;…«  La venue de l’esprit est placée par Marc elle aussi comme une conséquence de la remontée de Jésus de son ensevelissement. C’est même un mouvement-miroir de celui de Jésus : c’est le verbe [anabaïnoo] qui dit sa remontée, quand c’est le verbe [katabaïnoo] qui dit cette descente, la même racine verbale, avec deux préverbes différents, l’un qui évoque le mouvement de bas en haut, l’autre le mouvement de haut en bas. C’est une réponse parfaite. Comme si l’initiative – passion de Jésus avait comme double conséquence sa « remontée » et la « descente » de l’esprit. Et l’esprit descend [éïs aouton], en lui. Il y a bien l’idée d’entrer, de pénétrer. Là, pour moi, l’évocation est plutôt celle de la Genèse : à la création du monde, « l’esprit du dieu planait au-dessus des eaux« , mais désormais, il pénètre dans. Marc nous suggère une nouvelle création, un bouleversement cosmique.

   »Et une voix advint des cieux : Tu es mon fils, l’aimé, en toi je me suis plu« . Au début du passage, Jésus advint. Maintenant, une voix advint. Le premier advenait de Nazareth, la voix advient des cieux. Rencontre de deux initiatives, gratuites, libres et souveraines l’une comme l’autre. Elles ont un rapport, mais de causalité. Elles ont un rapport, mais plutôt de gratuités qui se répondent. C’est une symphonie. La mention du fils fait directement écho au titre, comme le nom de Jésus y faisait lui aussi écho : « Commencement : de l’évangile, de Jésus, de Christ, de fils, de dieu. » En le déclarant « fils« , la voix inaugure au milieu des hommes la présence de celui-ci : commencement. Mais en s’exprimant depuis les cieux et en assumant d’être son père, la voix est aussi le commencement de « dieu » avec nous. Dans la scène du baptême, Marc a choisi de résumer tout ce qu’il veut nous dire dans son évangile. Il va falloir déployer tout cela dans la lecture qui va maintenant suivre…

Quatre évangiles (dimanche 7 janvier)

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

  Revoilà le célèbre conte de Matthieu mettant en scène des mages. Dans les précédents commentaires de ce passage de l’évangile de Matthieu, toujours le même chaque année, j’ai essayé d’adopter le point de vue des mages, Une longue quête, de Joseph, Interview exclusive, puis d’Hérode, Fixe ton étoile ; je me suis ensuite concentré sur l’étoile, L’étoile de la rencontre, puis sur la figure de l’enfant, L’enfant espérance, et l’an passé sur le rôle de l’Ecriture, Tous les chemins mènent à Bethléem.

  J’aimerais, en ce début d’année, prendre un peu de recul et réfléchir sur ce que nous faisons, en lisant et commentant les évangiles. Car la fiction mise en scène par Matthieu, et ce que nous en avons tiré les années précédentes (je renvoie aux commentaires dont les liens sont ci-dessus), nous fait bien voir que trouver Jésus, mener sa quête, ne passe pas nécessairement par les Ecritures : les mages ont abouti en se laissant guider par d’autres repères. Alors nous, que faisons-nous ? Quel sens donnons-nous à scruter les Ecritures ?

  En particulier, scruter les évangiles suppose de les prendre comme ils sont, de chercher à les re-situer, de chercher à les comprendre sans contresens, avec le recul mais aussi l’engagement nécessaire. Si le texte prend la forme du conte, n’en faisons pas un récit d’histoire. Si le texte est une parabole, n’en faisons pas un discours argumentatif. Et pourtant aussi, si l’auteur nous propose une fiction, entrons dans cette fiction, puisqu’il veut par là nous dire quelque chose, et non pas nous divertir. Car le but reste la recherche de Jésus : si nous lisons les évangiles, c’est avant tout pour cela. Comme les mages inventés par Matthieu, mais tellement illustration de son propos, nous cherchons Jésus.

Matthias Storm, l’Adoration des Mages, Huile sur toile, Musée des Augustins, Toulouse.

  Nous avons cependant une chance unique, dans le christianisme : c’est que nos textes fondateurs ne sont pas uniques mais quadruples. Les évangiles sont quatre. Aucun ne se prétend recueillir le propos de Jésus lui-même : ce sont des témoignages, qui assument le point de vue du témoin. C’est pour cela que la forme donnée par chacun des auteurs à son témoignage est si précieuse à conserver : elle dessine une intention précise, un point de vue unique. Il ne faut pas le gommer, le diluer. Les évangiles peuvent dirent des choses contradictoires : par exemple, Matthieu dit que la famille de Jésus habitait à Bethléem au moment de sa naissance, quand Luc dit qu’elle habitait Nazareth. Il est évident que, pris à ce niveau, ces affirmations sont inconciliables. Et si l’on cherche des quatre évangiles à n’en tirer qu’un seul, c’est chose impossible : on fera les contorsions qu’on veut, on n’aboutira jamais à quelque chose de satisfaisant.

  Cela veut dire que scruter les évangiles suppose un renoncement préalable, comme les mages qui sont partis, qui ont quitté leurs palais et leur mode de vie. Il nous faut renoncer à l’idée que nous allons avoir par eux un accès immédiat à Jésus que nous cherchons. Mais alors quel intérêt y a-t-il à se tourner néanmoins vers eux ? Eh bien, nous allons recevoir le témoignage de quelqu’un qu’on appelle Matthieu, et aussi le témoignage de quelqu’un qu’on appelle Marc, et encore le témoignage de quelqu’un qu’on appelle Luc, et enfin le témoignage de quelqu’un qu’on appelle Jean. Ils vont nous dire chacun comment ils voient Jésus, comment ils le trouvent, ce qui les fait vivre chez lui. Chacun avec ses intentions, à la fois leur envie de partager leur trésor et leur envie d’influencer notre regard.

  Comme les mages ont reçu à Jérusalem le témoignage d’Hérode, avec ses intentions cachées, nous allons recevoir le témoignage de ces quatre. Et nous avons besoin de ces quatre : c’est une différence avec la communication très politique d’Hérode : il reçoit lui-même les conclusions des scribes, mais c’est lui qui en communique ce qu’il veut aux mages. Pour nous, nous recevons quatre points de vue, avec leurs accords, leurs originalités, et aussi leurs contradictions, ce qui est tout sauf totalitaire. Notre vue fonctionne sur les données de nos deux yeux, c’est par là que nous avons l’effet de relief et de profondeur, par là que ce que nous voyons peut vraiment nous être utile pour connaître et avancer en ce monde. Ici, ce ne sont pas deux, mais quatre témoignages qui nous sont donnés.

  Et notre renoncement, pas si simple, c’est à vouloir accorder ces quatre : vouloir les accorder, c’est manipuler les faits eux-mêmes (puisque le fait de base, c’est que nous avons quatre témoignages, et non pas un seul). C’est se fabriquer le Jésus que nous voulons, non parvenir à celui que nous cherchons. C’est pour cela que j’en veux autant à ceux qui nous fabriquent le lectionnaire, et qui sautent des passages, qui passent sans prévenir d’un évangile à l’autre, qui nous maintiennent dans l’idée que tout cela c’est pareil. Ils font un peu la même manipulation qu’Hérode, toute proportion gardée, en construisant une idéologie (fût-elle « chrétienne »), au lieu de libérer les cœurs dans la recherche de Jésus. Je ne les accuse pas formellement, mais je fais remarquer que c’est l’effet obtenu.

  Mais voilà : de même que les mages sont passés par Jérusalem et ont entendu le témoignage (biaisé) des Ecritures, mais qu’ils cherchaient au préalable « le roi des Juifs qui vient de naître » et qu’ils reviennent ensuite à leur étoile pour trouver grâce à elle celui qu’ils cherchaient, de même nous aussi, nous ne trouverons Jésus que si nous le cherchons déjà avant d’aborder les évangiles et si nous continuons à le chercher avec les moyens qui sont les nôtres. Finalement, je dirais que le but de lire quatre évangiles, c’est de pouvoir écrire chacun le sien, mon évangile personnel, mon propre regard sur Jésus qui vient de mon expérience avec lui.

  Arrivé à ce point, cher lecteur, il faut que je vous pose une question : je ne sais pas pourquoi vous venez vous-même lire quelque chose dans ce blog. Jusqu’à présent, j’ai choisi de m’appuyer toujours sur l’évangile donné par le lectionnaire pour le dimanche qui suit. Mais avec ce que je viens de dire, vous comprendrez la question que je me pose depuis un bon moment déjà, celle de cesser cet appui-là, pour lire et commenter de manière continue un évangile (pourquoi pas Marc tout de même, cette année ?), de manière à lui laisser toute sa consistance. Ma question : qu’en pensez-vous ? Est-ce une bonne idée ? Cela vous aiderait-il ? Aidez-moi à choisir, servez-vous pour cela du cadre ci-après par lequel vous pouvez poster un commentaire. Précisez-moi, si c’est cela que vous craignez, de ne pas le publier : car je peux très bien lire votre commentaire sans en autoriser la publication, si cela vous agrée (mais en l’absence de précision, par respect pour vous, je publie toujours). Mais dites-moi vous aussi votre point de vue !

 Et je vous souhaite à tous une très bonne année, dans la recherche personnelle et collective de Jésus.

Choisis (dimanche 31 décembre)

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

  Nous continuons ce dimanche, dit « de la sainte famille », avec l’évangile de Luc. Le passage qui nous en est donné est dans la deuxième partie de cette construction faite par Luc pour introduire à son évangile, construction où la fiction qu’il écrit vise -à l’antique- à montrer déjà les grands traits de ce que son « héros » sera dans sa vie, ainsi qu’à orchestrer déjà certains des grands thèmes qui vont l’occuper. Nous avons déjà rencontré ce texte deux fois. La première, j’ai essayé de donner un commentaire général en faisant ressortir la visée générale du texte puis d’en montrer le détail en ce sens, Se ranger avec ses enfants vers le même horizon ; la deuxième fois, j’ai pris le parti d’adopter le point de vue d’un des personnages de Luc, nommément de Marie, en la faisant parler, et de faire voir à partir de là le regard que Luc pose sur Joseph dans son texte, Un vrai père.

  Mais cette année, je suis frappé par le thème de la mort dans ce passage. Pas très gai me direz-vous ? Il y est pourtant, et pas de manière annexe. Comme il est d’ailleurs présent dans bien des familles : en ces périodes de fêtes, certaines familles vivent pour la première fois ces fêtes comme une famille, une naissance accueillie dans l’année fait de ces moments une première fois tout-à-fait unique. Mais pour d’autres, c’est plutôt la perte d’un ou plusieurs êtres chers qui trouve maintenant une résonance douloureuse. Ainsi va la vie.

  Luc situe cet épisode au moment du « rachat du premier-né ». Il a à cœur, dans les récits de l’enfance qu’il construit de toutes pièces, de montrer un Jésus déjà dans l’obéissance à la loi, avec perfection. Cela trouvera plus loin ses résonances, dans les conflits avec les Pharisiens qui l’accuseront précisément de lui être infidèle. Le message de Luc est par conséquent : pas de meilleur observateur de la loi que Jésus.

  Luc choisit donc de mettre en scène la jeune famille au temple, pour le quarantième jour après la naissance. Il s’agit, aux termes de la loi, du rachat du premier-né. Qu’est-ce à dire ? Un rituel agraire très ancien voulait que le premier-né, homme ou animal, soit sacrifié au dieu. Le sens est sans doute que la vie n’appartient qu’à lui, que c’est lui qui a le pouvoir de la donner et de la reprendre, et qu’en lui sacrifiant tout premier-né, l’homme reconnaît n’être pas le maître de la vie. La disparition des sacrifices humains a conduit à ce qu’au premier-né de l’homme soit substitué un animal : une vie pour une vie, on « rachète » l’être humain. Ainsi donc, le choix que fait Luc de construire un épisode dans le contexte de ce rituel-là met déjà Jésus aux prises avec la mort.

  Il me semble important d’approfondir un peu le sens de ce rituel primitif : le but n’est pas, en sacrifiant le premier-né, de le tuer, d’anéantir sa vie. Ce serait totalement contradictoire avec le sens profond de ce rituel, qui est de reconnaître le pouvoir absolu du dieu sur la vie. Si l’homme s’arrogeait, en la sacrifiant, le pouvoir sur cette vie, il défierait le dieu, au contraire de lui rendre hommage. Le sens est plutôt de se défaire de cette vie, d’en faire l’oblation totale : définitivement, je n’ai plus cette vie en mon pouvoir, je m’en défais au point de ne plus la posséder ou en user du tout. Et c’est pourquoi aussi le « rachat », la substitution, est possible : parce que ce qui compte, ce n’est pas la mort de la victime mais que l’offrant ne puisse plus détenir cette vie. Le dieu seul en sera le détenteur.

  Alors la mort est bien présente, mais pas en tant qu’elle menacerait l’enfant. Elle est là comme séparation, plus précisément comme mise à part. C’est une transformation de la mort. Et il me semble qu’elle prend aussi ce sens dans la bouche de Syméon : « Il avait été averti par l’Esprit saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le messie du seigneur« . Sa disparition (la mort comme menaçante) est retardée par une promesse, celle de voir. Et quand il a vu, sa mort change de sens : elle devient pour lui aussi mise à part : « Tu peux laisser ton serviteur s’en aller…« .

  Cette transformation de la mort, de menace en mise à part, me semble au cœur de notre texte. Un certain regard posé sur ce monde, sur les rencontres faites, une certaine estime pour les attentes que nous avons au cœur et que nous vivons comme des promesses, peut véritablement changer notre regard sur notre mort. Et pour ceux qui restent ? Car si celui qui s’en va peut chanter son « Nunc dimittis » dans une action de grâce véritable, dans une paix profonde, sûr en fait d’une mise à part et non d’un retranchement, ceux qui restent demeurent sous le coup de la menace, vivent une séparation dont ils ne perçoivent pas qu’elle soit une mise à part.

  A moins, peut-être, de voir dans la mort des bien-aimés cette même mise à part. A moins de s’en remettre à ce qu’ils disent ou ont dit eux-mêmes de leur mort, si nous avons la chance d’avoir recueilli une parole à ce sujet. La paix de ceux qui s’en vont, s’ils l’ont, est celle qui va nourrir notre propre cœur, notre propre souvenir. Les savoir mis à part, c’est les savoir aimés. Et les savoir aimés, c’est pour nous la vraie paix : ils ne sont pas tombés dans ce trou sans fin où ils seraient perdus, ils sont recueillis dans un amour immense qui les a choisi. Et alors nous pouvons nous aussi faire le « sacrifice » du rachat : non pas donner la mort, ou tuer le souvenir dans notre vie, mais bien au contraire choisir de laisser aller celui qui s’en va, d’en faire l’oblation totale à celui qui l’aime plus que nous n’avons pu l’aimer.

Ce qui nous fait trembler le cœur (dimanche 24 décembre)

Le texte de l’évangile, sur le site de l’AELF.

  C’est le célèbre évangile de l’Annonciation qui nous est donné aujourd’hui : aucun lien bien sûr avec celui de la semaine dernière, qui était pris dans l’évangile de Jean ; et aucun lien non plus avec l’évangile de Marc dont nous sommes sensés avoir commencé la lecture, puisque celui-ci est tiré de Luc ! On trouvera deux commentaires de ce texte magnifique avec les deux liens suivants : Quand chacun donne sa parole et Incarnation : c’est lui qui est dans les autres. Je voudrais cette fois-ci m’arrêter à cette parole de notre passage : « À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.« 

  D’abord re-situer ce passage. L’ange Gabriel entre chez Marie, et la salue de ces paroles peu ordinaires : « Grâce sur toi, comblée de grâce, le seigneur est avec toi ! » Ce sont presque trois salutations en une ! Or, juste auparavant dans le récit de Luc, le même Gabriel est apparu à Zacharie, qui va être le père de Jean-Baptiste. Et il ne l’a pas interpellé ou salué d’aucune manière : il est juste apparu « à droite de l’autel de l’encens« . Ainsi dans le cas-là, le messager se contente d’impressionner par sa présence. Mais dans ce cas-ci, il met tout de suite une parole, ce qui est ouvrir son cœur. Il joue à jeu ouvert.

  La première de ces paroles est la salutation classique en grec, mais elle reçoit un écho immédiat par le nom qui suit, et ne sonne par conséquent banale en rien. On pourrait légitimement la traduire par « salut » ou « bonjour« , mais l’écho du mot [khâris] le rend impossible. Le « réjouis-toi » n’est pas faux. Mais il est plat. Ou alors il faut dire après « comblée de joie » : ce qui compte, c’est l’écho, c’est la redondance. Car le mot qui suit est normalement le nom propre de la personne, ce que la prière chrétienne a fait dans « Je vous salue, Marie…« . Mais ce n’est pas ce qu’il dit. Le nom propre qu’il lui donne, c’est « comblée de grâce« , ou « toute gracieuse » ou « parfaite de grâce« . Le nom propre qu’il lui donne dit que la grâce l’a façonnée, a fait d’elle ce qu’elle est, a aboutit à une perfection. Or, à tout cela, Gabriel ajoute encore s’il était besoin : « le seigneur est avec toi ! » A l’entendre, on croirait que le dieu qui l’a envoyé, il le retrouve ici-même, à son point d’arrivée.

  On peut comprendre désormais le trouble et la surprise. Tout de même, une question de traduction. A traduire au plus près, on a : « Mais celle-ci, à cette parole, est bouleversée et calcule d’où sort un tel embrassement ! » Je crois que c’est un peu plus significatif, un peu plus fort, plus précis aussi. Je continue ma comparaison, car je pense que Luc a ordonné son texte tout exprès, mettant en parallèle l’annonce à Zacharie et l’annonce à Marie. « Zacharie se trouble à sa vue, une crainte tombe sur lui. » Ce qui trouble (et même plus : le mot évoque la tempête en mer, ou le tremblement de terre) Zacharie, c’est la vue de Gabriel. Et le voilà comme écrasé par la crainte, qui lui tombe dessus littéralement. C’est la scène classique de l’apparition du messager du dieu, et son effet immédiat : le destinataire s’effondre, perd toute force, et doit être relevé. Marie, de son côté, ne semble pas le moins du monde troublé par cette présence : c’est la parole qu’il a dite qui l’atteint au cœur. Le texte dit « Gabriel entra et dit…« , tout laisse à penser qu’il n’est pas seulement entré dans la maison, mais jusqu’à son cœur.

  Le mot qui dit son bouleversement est le même que celui de Zacharie, mais pas tout-à-fait : c’est un composé. Pour Zacharie, c’est [tarassoo], qui évoque, je l’ai dit, le tremblement de terre, l’ébranlement profond, la secousse qui atteint les fondements. Pour Marie, c’est [diatarassoo] qui ajoute avec le préverbe une idée de différence, ou une idée de traversée. Si c’est l’idée de traversée, il me semble que cela marque qu’elle est traversée jusqu’au cœur, comme on vient de le dire. Mais si c’est plutôt l’idée de différence, alors c’est la suite qui le fait comprendre : elle « calcule d’où sort un tel embrassement.« 

  Elle « calcule« , c’est-à-dire que l’activité cérébrale tourne à plein régime ! Il y a de ces mots qui vous retournent le cœur, et dont on se demande ce qu’ils cachent, s’ils ont été dits par hasard ou à dessein, si celui qui les prononce mesure quel effet ils produisent. Cette femme est touchée au cœur, mais doit elle se laisser toucher ainsi ? Et si ce n’était qu’en elle que ces mots avaient un tel effet ? Quelles sont les intentions de celui qui les prononce ? Joue-t-il ? Est-il sérieux ? Pense-t-il ce qu’il dit ? Car le mot d’ « embrassement« , de « baiser » est employé par Luc dans le texte. C’est ainsi que Marie reçoit cette parole. C’est une rencontre d’amour, et le trouble, et la secousse, et le tremblement qui la prend, vient d’une rencontre d’amour.

  Et plus précisément, sa question est « d’où sort? » Elle va droit à l’origine. Comme si d’emblée, Gabriel était reconnu comme un simple messager. Marie n’est pas basée sur la vue, mais sur l’écoute. Ce qu’elle voit ne la trouble pas un instant. Elle est dans l’écoute. C’est le message qui compte, tout de suite. Et ce message la touche à ce point qu’elle tend à en identifier l’origine, comme si une longue fréquentation du dieu l’avait rendue à ce point familière qu’elle reconnaît quand il lui parle. Le mode importe peu, que ce soient ses oreilles de chair, ses tympans, qui sonnent, est de peu d’importance. Seule compte la teneur du message, et elle reconnu à ses oreilles des mots qui ressemblent trop à ceux qui résonnent si souvent à son cœur.

   Femme merveilleuse, tout en familiarité avec son dieu, qui sait reconnaître les mots qui viennent de lui sans erreur, et qui tremble d’amour dès que c’est lui. Il me semble que cette attitude peut nous parler aussi, nous inviter, en ce vingt-quatre décembre veille de Noël, à chercher nous aussi à reconnaître une parole qui nous est dite, et qui nous traverse jusqu’au cœur. Ne pas être indifférents, mais ne pas non plus tomber dans la crainte à cause de ce que nous voyons (et tant d’images nous écrasent aujourd’hui). Mas tendre l’oreille, et chercher ce qui est parole du dieu dans ce qui nous fait trembler le cœur.